‹ ŒuvresChapitre 162 sur 212 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

ALBERT , CPJSPIN.

CRisPiN, a part.

Mon maître , qui m'atteud au cabaret prochain , M'envoie ici devant pour souder le terrain. V oilà , je crois , notre homme ; il faut feindre de sorte.

ALBERT

Que faites-vous ici seul , et devant ma porte ?

cRisPi:f.

Bon jour, monsieur.

ALBERT

Bonjour.

CRISPIIT.

Vous portez-vous bien ?

ALBERT

OuL

CRISPIN

En vérité , j'en ai le cœur bien réjoui.

ALBERT

Content, ou non content, quel sujet vous attire, Et quel homme êtes-vous ?

CRISPIÎÏ.

J'aurais peine à le dire, J'ai £ait tant de métiers, d'après le naturel.

?.5j les folies amoureuses.

Que je puis m'appcler un homme universel. J'ai rouru l'univers; le monde est ma patrie: Faute de revenu , je vis de l'industrie , Comme bien d'autres font ; selon l'occasion , Quelquefois lionnète homme , et quelquefois fripon. J'ai servi volontaire un an dans la marine; Et , me sentant le cœur enclin à la rapine , Après avoir été dix-huit mois flibustier , L'n mien parent me fit apprenti maltôtier. Jai porté le mousquet en Flandre , en Allemagne ; Et j'étais miquelet dans les guerres d'Espagne.

ALBERT

( a part. ) Voilà bien des métiers! Du bas jusques eu haut, Cet homme me paraît avoir l'air d'un maraud.

( haut, ) Que faites-vous ici? parlez.

CRISPIÎT.

Je me retire.

ALBERT

IS'on, non; il faut parler.

CRispiiî, à part.

Je ne sais que lui dire.

ALBERT

Voas rae portez tout l'air d'être de ces fripons Qui rûdent pour entrer la nuit dans les maisons.

CRispi:».

Vous me connaissez mal; j'ai d'autres soins en tèt«. Taadis que le hasard dans ce séjour m'arrête.

ACTEI, SCENE V. 253

Ayant ponr bien des maux des secrets merveilleux. Je m'amuse à chercher des simples dans ces lieux.

ALBERT

Des simples ?

CRISPIN

Oui, monsieur. Tout le temps de ma vie 3'al fait profession d'exercer la chimie. Tel que vous me voyez, il n'est guère de maux XDù je ne sache mettre un remède à propos; Pierre , gravelle , toux , vertige, maux de mère. On m'a même accusé d'avoir un caractère. Il ne s'en est fallu qu'un degré de chaleur Pour être de mon temps le plus heureux souffleur.

ALBERT

Cet habit cependant n'est pas de compétence.

CRISPIW,

Vous savez que l'habit ne fait pas la science ; Et je ne serais pas réduit d'être valet. Si je n'avais eu bruit avec le châtelet. Mais un jour on verra triompher l'innocence.

ALBERT

Vous avez , dites-vous... ?

CRISPIS-.

Voyez la médisance!

Certain jour, me trouvant le long d'un grand chemin, Moi troisième, et le jour étant sur son df'clin. En un certain bourbier j'aperçus certain coche : En homme secourable aussitôt je m'approche; Et , pour le soulager du poids qui l'arrêtait, 2. 22

J'ôtai du magasin les paquets qu'il portait. On a voulu depuis , pour ce trait charitable , De ces paquets perdus me rendre responsable : Le prévôt s'en mêlait ; c'est pourquoi mes amis Me conseillèrent tous de quitter le pays.

ALBERT

C'est agir prudemment en affaires pareilles.

cRispiy.

J'arrive de la guerre , où j'ai fait des merveilles : Les Ardeunes m'ont vu soutenir tout le feu , Et batailler un jour seul contre un parti bleu. J'ai, dans le Milanais , payé de ma personne. Savez-vous bien , monsieur , que j'étais dans Crémone?

ALBERT

Je vous crois. Mais, après tous ces exploits fameux. Que voulez-vous enfin de moi ?

Ce que je veux ?

ALBERT

Oui.

CRISPIN

Rien. Je crois qu'on peut, quoique l'on en raisonne^ Se promener ici , sans offenser personne.

ALBERT

Oui; mais il ne faut pas trop long-temps y rester. SerTiteur.

CRISPIK,

Serviteur. Ayast de nous quitter ,

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