SCENE V
ALBERT, ÉRASTE, CRISPIN
ALBERT, bas.
Je ne veux point sitôt entrer dans le logis ,
Pour donner tout le temps que les barreaux soient mis ;
Leurs plaintes et leurs cris me toucheraient peut-être.
( haut. ) Cà , de quoi s'agit-il? Parlez ; vous voilà maître ; Mais surtout soyez bref.
ÉRASTE
Je suis fâché , vraiment.
Que pour moi votre fille ait un tel traitement.
ALBERT
Qu'est-ce à dire, ma fille ?
ÉRASTE
Est-ce donc votre femme?
ALBERT
Cela sera bientôt.
ÉRASTE
J'en suis ravi dans l'ame :
Vous ne pouvez jamais prendre un plus beau dessein, Et vous faites fort bien de lui tenir la main. Tous les maris devraient faire ce que vous faites ; Les femmes aujourd'hui sont toutes si coquettes !...
ALBERT
J'empêcherai , parbleu , que celle que je preuds Ne suive la manière et le train de ce temps.
CRISPIN
Ah! que vous ferez bien! Je suis si soûl des femmes !
Et je suis si ravi quand quelques bonnes âmes
Se servent de main-mise un peu de temps en temps ! . ..
ALBERT
Ce garçon-là me plaît , et parle de bon sens.
ÉRASTE
Pour moi , je ne vois rien de si digne de blâme Qu'un homme qui s'endort sur Ta foi d'une femme ; Qui , sans être jamais de soupçons combattu , Compte tranquillement sur sa frêle vertu ; Croit qu'on fit pour lui seul une femme fidèle. Il faut faire soi-même eu tout temps sentinelle ; Suivre partout ses pas ; l'enfermer, s'il le faut ; Quand elle veut gronder , crier encor plus haut ; Et, malgré tousles soins dontl'amour nous occupe , Le plus fin, quel qu'il soit, en est toujours la dupe.
ALBERT
Nous sommes un peu grecs sur ces matières-là : Qui pourra m'attrapper bien habile sera ; Chaquejour là-dedans j'invente quelque adresse. Pour mieux découcerter leur ruse et leur finesse. Ma foi , vous aurez beau , messieurs leurs partisans. Débonnaires maris, doucereux courtisans , Abbés blonds et musqués , qui cherchez par la ville Des femmes dont l'époux soit d'un accès facile,