SCENE I
DURAITTE.
Eh ! je n'ai pas encore trouvé en mon cliomin cette Lisette si aimable; j'en sais mauvais gré à mon étoile.
PASQUIN-
Ce n'est pas votre étoile, monsieur, c'est moi qui al pris 'soin de vous cacher Lisette; je l'ai trouvée trop jolie pour vous la faire connaître. Mais cette digression vous fait oublier qu'il s'agit entre vous et moi d'une petite règle d'arithmétique. Il y a huit ans que je vous sers ; à vingt-cinq écus de gages , somme totale, six cents livres : sur quoi j'ai reçu quelques coups de canne et quelques coups de pieds au cul; partant reste toujours six cents livres , que je vous prie de me donner présentement.
DORANTE , d'itîi Ion de colère.
Quoi ! j'ai eu la pat'ence de garder huit ans un coquin comme toi !
PASQUIN
Tout autant, monsieur.
DORANTE
Un maraud !
PASQUi:iT.
Oui , monsieur.
DOKAÎfTE.
pen
PASQUIX.
Huit ans un valet à pendre !
Ah!
nORVNTE.
A noyer , à écraser !
PASQUIN
Il y a du malheur à mon affaire. Vous avez été jusqu'à présent très-content de mon service, et vous cessez de l'être dans le moment que je vous demande mes gages.
DORANTE , se radoucissant,
Pasquin , ce n'est pas d'aujourd'hui que je suis la dupe de ma bonté. Va, mon cher, je reux bien encore ne te point chasser de chez moi.
PASQUiy.
Vraiment, monsieur, ce n'est pas vous qui me chassez; c'est moi qui vous demande mon congé, et les six cents livres.
DOEAÎfTE.
Non, mon cœur, tu ne me quitteras point. Tu ne sais ce qu'il te faut. La vie champêtre ne convient point à un intrigant , à un fourbe.
SCKNK I. 7
PISQUIN.
Je sais bien que j'ai tous les talens pour faire fortune à la Tille ; mais je borne mon ambition à Lisette, à qui j'apporte en mariage les six cents livres dont je vais vous donner quittance.
( // tire de sa poche un papier. ) DORAKTE , lui arrêtant la main.
Peste soit du faquin ! tu n'as que tes affaires en tête; parlons un peu des miennes. J'épouse demain la petite fermière Agatbe, J'ai si bien fait , par mon manège , que le père est à présent aussi amoureux de moi que sa fille. Elle a dix mille écus, Pasqtiin.
PASQUIN
Vous n'avez que vos affaires en tète; reparlons Un peu des miennes.
DORAWTE.
. Agathe m'attend chez elle à quatre heures ; et, avant que d'y aller, j'ai à régler certaines choses avec le notaire.
P.VSQTriI^.
Monsieur, il n'y a que deux mots ; mri< affaire.
DORAWTE.
Le notaire m'attend , Pasquiu.
PASQUIS.
Mon congé, et mes gages.
DORAKTE.
Oh ! puisque tu veuA absolument que nous sortions d'affaires ensemble....
PASQUIN
Si ce n'était pas pour une occasion aussi pressante....
DORANTE
II faut faire un effort....
Pa'.QUIN.
Je ne vous importunerais pas,
Quelque peine que cela me fasse....
PASQUIW.
Voici la quittance.
DORà^UTB. y p renant. la (quittance et embrasant l'asqtdn.
Va, je te donne ton congé.-
PASQUIW.
Et mes gages, monsieur?
DORAKTE.
Tu m'attendris , Pasquin ; je ne veux pas te voir davantage.