ACTE I, SCENE II. 5y
THALER
Suffit, je m'entends bian. Mais enfin m'est avis Que votre Démocrite en tient pour Criséis.
STRABON
Pour Criséis ?...
THALER
Il a l'ame un tantet férue.
STRABOa-,
Son ! bon !
THAtER,
Je vous soutiens que je ne suis pas grue j Je flaire un amoureux , voyez-vous, de cent pas. Je vois qu'il est fâché quand il ne la voit pas.
STRABOîr.
Il est tout occupé de la philosophie.
THALER
Qu'importe ? quand on voit une fille jolie...
Le diable est bien malin , et fait souvent son coup.
STRABOîf.
Parbleu, je le voudrais , m'en coûtât-il beaucoup.
THALER
[Mais vous , qui près de lui passez ainsi la vie , Que diantre faites-vous tout le jour?
STRABOîf.
Je m'ennuie; Voilà tout mon emploi.
THALER
Bon! vous vous moquez bian.
Et peut-oa s'ennuyer lorsque l'on ne fait riau ? '
t]o DÉMOCRITE.
STRABON
Animé d'une ardeur vraiment philosophique. Je m'étais figuré que , dans ce lieu rustique , Je serais affranchi du commerce des sens , Et n'aurais pour mou corps nuls soins embarrassans ; Qu'entièrement défait de femme et de ménage , Les passions sur moi n'auraient nul avantage : Mais je me suis trompé, ma foi , bien lourdement; Le corps contre l'esprit regimbe à tout moment.
Et que fait Démocrite en cette grotte obscure ?
STRABON
Il rit.
THALER
Il rit! de quoi?
STRABON
De l'humaine nature.
Il soutient, par raisons, que les hommes sont tous Sots, vains, extravagans , ridicules, et fous. Pour les fuir , tous les jours il est dans sa caverne ; Et la nuit, quand la lune allume sa lanterne , Nous grimpons l'un et l'autre au sommet des rochers Plus élevés cent fois que les plus hauts clochers; Aux astres , en ces lieux , nous rendons nos visites : Nous voyons Jupiter avec ses satellites ; Nous savons ce qui doit arriver ici-bas ; Et je m'instruis pour faire un jour des almauachs.
THALER
Des ahnanachs! morgue, j'en voudrais savoir faire.