ACTE III, SCENE IV. m
En ce lieu plus qu'ailleurs je suis, moi, dans ma sphère.
AGÉLi.S.
Si Criséis le veut , je consens à tout faire.
( à Criséis. ) Parlez , expliquez-vous.
CRISÉIS.
Seigneur, l'obscurité Conviendrait beaucoup mieux à ma simplicité: Mais , s'il faut devant vous dire ce que l'on pense , Ce beau lieu me retient sans nulle violence; Et , s'il m'était permis de me faire un séjour , Je n'en choisirais point d'autre que votre cour.
STRABOîî , à part.
Quel heureux naturel ! le charmant caractère ! Je ne répondrais pas mieux qu'elle vient de faire,
dÉmocrite , a Criséis.
C'est fort bien fait! la cour a pour vous des appas. Quoi! vous pourriez vous plaire en un lieu de fracas. Où l'envie a choisi sa demeure ordinaire , Où l'on ne fait jamais ce que l'on voudrait faii-e , Où l'humeur se contraint , où le cœur se dément. Où tout le savoir-faire est un rafiuement. Où les grands , les petits , sont d'une ardeur commune Attelés jour et nuit au char de la fortune?
AGÉLAs , a Démocrite.
La cour, qu'en ce tableau vous nous représentez , Vous ne la prenez pas par ses plus beaux côtés.
STRABOW.
£hî non.
DEMOCRITE.
AGET.A.S.
Quelque aigreur que cette cour vous laisse, Conveuez que toujours l'esprit , la politesse , Le bon air naturel , et le goût délicat , Plus qu'en nul autre endroit y sout dans leur éclat.
STRABOW.
Sans doute.
AGÉr.AS.
Que le sexe y tient un doux empire ; Qu'on rend à la beauté les respects qu'elle attire; Et que deux yeux charmans , tels qu'à présent j'en vois , Peuvent prétendre ici les honneurs dus aux rois. Mais une autre raison , que près de vous j'emploie. Et qui vous comblera d'une parfaite joie , Doit , malgré vos dégoûts , vous fixer à la cour.
DEMOCRITE.
Et quelle est, s'il vous plaît, cette raison ?
AGÉLAS.
L'amour.
L'amour ! De passions me croyez-vous capable !
AGÉLAS.
Me préserve le ciel d'uu jugement semblable !
DEMOCRITE.
Démocrite est-il homme à se laisser toucher?
( a part. ) Je ne le suis que trop ! J'ai peine à me cacher.
AGÉLAS.
Libre de jiassiou.s , dégagé de faiblesse »