COMPLOT ET PRISE DARMES
Hostidonne vint à Windesore où le roy Henry se tenoit ,
et se humilia grandement envers luy, comme celluy qui le
cuidoit par doulces paroles décepvoir et faire aler à celle
feste, et l'en prya moult doulcement et affectueusement.
Le roy qui n'y pensoit que tout bien, luy accorda légière-
ment, dont le conte de Hostidonne fut moult resjouy, et se
départy du roy et prist congié, et encontra le Chanonne de
Robersart nommé messire Jehan, et luy dist : « Appareille-
« toy, Robersart, pour venir à nostre feste. Je te prom-
« mets que, se 1 je te rencontre sus les rencs à la jouste ,
« je le te donray belle ou tu 2 moy. » Respondy messire
Jehan de Robersart : « Par ma foy, se le roy va à vostre
« feste, je n'y faulray pas que je n'y voise. » Adont luy
frappa le conte de Hostidonne en sa main et dist : «Grant
« merchis î » et passa oultre.
Plusieurs chevalliers et escuiers d'Angleterre, ausquels la congnoissance de ceste feste estoit venue, s'appareillièrent et ordonnèrent leurs harnas, et en estoient 3 armoieurs 4, selliers et tous ouvriers en la cité de Londres moult ensonniés. Il fut dit au roy de ceulx qui à conseillier l'avoient et à garder : « Sire, à ceste feste n'avës-vous que « faire, ne point vous n'yrés ; car nous avons de costé oy « murmurer aucunes choses qui ne nous sont point plai- « santés, ne agréables, et temprement nous en sçaurons « la vérité. » Le roy crut 5 bon 6 conseil et ne fut pas à ceste feste, ne nuls de ses chevalliers, et n'y ot ainsi que nulluy, fors seulement ceulx qui le vouloient 7 murdrir.
Quant le conte de Hostidonne, le conte de Saslebéry, le conte de Kent et le seigneur Despensier veirent que ils avoient failly à leur entente et que point ils n'auroient le roy
1 Tu viens et. — * A. — »-* Lormiers.. Heaumiers. ~ 5-6 Son. — 7 Occire et.
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par la manière que ils le cuidoient avoir, si parlèrent ensemble et dirent : « Il le nous fault aîer quérir à Winde- « sore et esmouvoir * les 2 pays. Nous metterons Magdelain « en habit royal, et le ferons chevauchier aveuc nous , et « donrons à entendre que c'est le roy Richart qui est délice vré. Tous ceulx qui le verront ou qui en orront parler, « le croiront, et par ainsi destruirons-nous nos ennemis. »
Ainsi comme ils le proposèrent, ils le firent, et se misrent tous ensemble d'une aliance, et se trouvèrent bien cinq cens hommes ou plus, ungs et autres. Et misrent ce dit Magdelain en droit habit roial et le firent chevaulchier avecques eulx, et s'en vindrent 3 vers 4 Windesore où le roy Henry tenoit son 5 estât. Dieu luy aida 6 proprement 7, car nouvelles luy vindrent que le conte de Hostidonne, le conte de Saslebéry, le jeune conte de Kent et le seigneur Despensier et moult d'autres chevauchoient et venoient vers Windesore, et faisoient Magdelain, ung clerc de chappelle, qui fut au roy Richard, chevauchier aveuc eulx, et donnoient à entendre que le roy Richard estoit délivré, et le créoient moult de gens sus le pays et disoient : « Nous l'avons veu, » et cuidoient bien de luy que ce fuist le roy Richart. Et fut dit au roy Henry : « Sire, déparjés-vous de icy à toute « haste et chevauchiés vers 8 Stanes 9 et par Cartesée « vers Londres, car ils viennent cy tout droit. »
Le roy crut ce conseil, et montèrent luy et ses gens tantost à cheval, et se départirent de Windesore, et chevauchèrent tout le chemin que je vous ay nommé. Et ne furent gaires eslongiés, que ces gens qui occir le vouloient, furent venu à Windesore; et entrèrent en la porte du chastel, car ils ne trouvèrent nulluy qui leur dévéast, et alèrent partout quérant de chambre en chambre, et proprement ens es
M Le. — V A. — 8 Tinel et. — 6 7 Premièrement. — 8'9 Scènes.