COMPLOT ET PRISE D'ARMES
maisons des chanonnes fustèrent-ils, et cuidoient trouver le roy, mais non firent. Et quant ils veirent que ils orentfailly, si furent moult courrouchiés, et se départirent de là, et s'en vindrent ce jour logier à Collebruch, et faisoient moult de peuple par force et par traittié aler avecques euls, et disoient que le roy Richart estoit en leur compaignie. Les aucuns le créoient, et les autres non.
Le roy Henry qui se doubtoit de trahison, se hasta de chevaulchier, et se vint bouter par derrière ens ou chastel de Londres , et se mist en la Tour, et ot grosses paroles à Richart de Bourdeaulx et luy dist : « Je vous ay sauvé la « vie et en ay eu beaucoup de payne, et vous me voulés « faire murdrir par vostre frère mon serourge et par le « conte de Saslebéry, le conte de Kent vostre nepveu et le « seigneur Despensier. Mal pour vous, quant vous *avés ce « ordonné. » Richard de Bourdeaulx se excusa trop fort et dist, se Dieu luy peuist aydier et valloir à l'âme, de tout ce il ne sçavoit riens et ne tendoit jamais à avoir plus grant estât et que bien luy souffissoit. La chose demoura en ce point pour celle fois.
Le roy Henry manda le maieur de Londres et tous ses plus espéciaulx amis et leur recorda de point en point toute la chose tout ainsi comme elle aloit et avoit aie. Les Londriens en furent moult esmerveilliés et dirent au roy : m Sire, il fault que vous mandés vos hommes ; il convient « aler au devant, ainchois que ils multiplient plus. Nous « vous avons fait roy, et demourés roy, qui qu'en ait « envie, ne qui qui vous vueille l grever. » Tantost le roy fist lettres escripre par moult de clers, et furent mis varlets et messagiers en euvre pour resveillier chevalliers et escuiers, etrescripvy le roy devers son connestablele conte de
* Nuire ou.
Northombrelande et son mareschal le conte de 1 Wesmelan 2 et à tous chevalliers et escuiers en Excesses, en Lincole et partout où il les pensoit à avoir. Et tous ceulx qui ces nouvelles sceurent et ouirent, au plus tost que ils porrent, vindrent devers le roy Henry de Lancastre.
Les dessus nommés le conte de Hostidonne et le conte de Saslebéry et les autres de 3 leurs aliances 4 eurent conseil et advis que ils se trairoient vers Londres, car il ne povoit estre qu'il n'y eust aucuns Londriens qui amoient le- roy Richart, et se trairoient de leur partie. Sise départirent de Collebruq et s'en vindrent cejourlogier à 5 Branforde 6 à 7 six 8 milles de Londres. Oncques 9 ung seul Londrien ne se tray 10 vers eulx, ainchois se tindrent en leur ville. Et quant ils veirent ce, ils se trairent au matin vers Saint- Albans, une grosse ville et abbaye, et là se logièrent et y furent ung jour, et à l'endemain ils alèrent à n Berkamstede 12.
Ainsi avironnoient-ils le pays et faisoient13 entendant14 de ce Magdelain que c'estoit le roy Richart. Et vindrent en une grosse ville 15 que on dist Souxestre , et là avoit ung 16 vaillant homme " qui gardoit la ville et le pays de par le roy Henry. Quant ces trois contes et le seigneur Despensier furent venus à Souxestre, ils se logièrent et furent une nuit assés en paix, car le bailly n estoit pas fort assés pour les combatre : si s'en dissimula au mieulx qu'il polt. Et quant ce vint au matin, le conte de Saslebéry et le seigneur Despensier se départirent du conte de Hostidonne et du conte £e Kent et dirent que ils chevaucheroient oultre en pays pour acquerre encores 18 beaucoup 19 d'hommes à leur oppi-
*-2 Wesmelant. — 3-* Leur ordonnance et aliance. — B-6 Brande-
forde. — 7-* Sept. — 9"10 Londriens ne se trairent. — "-12 Berca-
•messe. — 13U Entendre. — *5 Et forte. — " t7 Bailly. — 18"49 Moult.