‹ ŒuvresChapitre 118 sur 134 · PROLONGATION DES TRÊVES · texte numérisé non relu

PROLONGATION DES TRÊVES

driens roy pour eschever les grans dommages de luy et de ses enffans, dont les Londriens orent pitié.

Quant le l roy Richart de Bourdeaulx, estant sus le charriot 2, ainsi que dit est, ot esté en la rue de Cep plus de deux heures , 3 ils se départirent 4 de là, et charrièrent les charretiers avant, et les chevalliers tous quatre sieuvirent derrière. Et quant ils furent au dehors de Londres, les quatre chevalliers montèrent à cheval, car là ils trouvèrent leurs varlets qui les attendoient, et puis 5 chevauchèrent 6 fort avant, et tant exploitèrent que ils vindrent en ung village où il y a ung manoir du roy et de la royne, qu'on dist Langlée, à trente miles de Londres. Là est le roy ensevely, que l'en dist Richart de Bourdeaulx 7.

Nouvelles 8 s'espardirent par toute Angleterre et ailleurs que le roy Richart estoit mort. On n'en attendoit autre chose ; car bien povoient sçavoir et concepvoir toutes gens que jamais du chastel de Londres ne partiroit en vye. Sa mort fut cellée et couverte quant à la royne sa femme, et fut ordonné et commandé que point ne luy seroit dit encoires. Ceste ordonnance fut tenue ung 9 long 10 temps moult bien et sagement.

De toutes ces advenues estoient-ils assés infourmés en France, et n attendoient autre chose chevalliers et escuiers qui la guerre désiroient, que ils chevauchassent de pays en autre sus les frontières. Toutesfois tant de leur royaulme comme de l'autre, advisé fut et regardé ens es consaulx des deulx roys de France et d'Angleterre pour le meilleur, que les trièves fuissent tenues, et trop plus prouffitable

•-• Char et Richard de Bourdeaulx sus. — 5-* Il se party. — s-6 Cheminèrent. — 7 Dieu luy fasse merci à l'âme ! — s Vinrent et. — 9-'° Grant.

ENTRE LA FRANCE ET i/ANCxLETERRE. 257

seroit pour toutes parties que la guerre. Et se approuvèrent aucuns traitteurs, par le moyen que je vous diray, à estre en la marche de Calais pour tant que le roy de France n'estoit mye en trop bonne disposition de son sens, ne n'avoit esté depuis l l'an renouvelle 2, que la congnoissance luy fut venue des tribulations et 3 contrariétés 4 de son beaufils le roy Richart d'Angleterre ; et encoires 5 luy redoublèrent-ils moult grandement quant il sceut comment il estoit mort, sicques le duc Phelippe de Bourgoingne s'en ensonnia du costé de France plus que nuls autres 6. Et en la ville de Saint-Omer et à Bourbourg 7 estoient le duc de Bourbon, messire Charles de Labreth, messire Charles de Hangiers et messire Jehan de Chastel-Morant, et des prélats de leur partie, le patriarche de Jhérusalem, l'évesque de Paris et l'évesque8 d'Àussoirre 9. Et de la partie des Anglois y estoient venus le conte de Northombrelande, le conte de Rostelant, le conté Devensiere, messire Henry de Persy 10, messire Yon Fils-Warin, et des prélats le bon évesqué de Vincestre et l'évesque n de Lincolle 12.

Les Franchois traittoient pour ravoir par devers euls la jeune royne d'Angleterre, mais les Anglois ne vouloient nullement entendre du rendre, ainchois respondirent que moult voulentiers ils la veoient en Angleterre sur son douaire et que s'elle avoit perdu son mary, on l'en luy 13 avoit pourveu ung 14 bel, jeune et gent où assés tost elle s'enclineroit ; car Richart de Bourdeaulx luy estoit trop vieil, et celluy que ils nommoient, luy venoit tout à point : c'estoit le prince de Galles, ainsné fils du roy. Henry.

A ce traittié ne s'accordoient en nulle manière les Franchois, car jamais ne l'eussent passé sans le conseil et sans

*-* Le jour. — *-4 Anois. — 8 Ces souffrances. — 6 7 Et vint à Saint- Omer. Et à Bourbourg. — 8 9 De Beauvais. — 10 Fils au conte de Northombrelande. — Uit D'Ély. — 13-44 En avoit ung pourveu.

l'ordonnance et congié du roy son père. 1 Toutesfois 2 à celluy temps il'n'estoit mie en bon estât, mais de sa santé moult débilité, et si ne trouvoit-on nul médechin, ne autre qui se congneust en sa maladie. Si fut ce traittié mis arrière, et reprins en main celluy de la triève, et moult bien démené et tellement par l'accord de toutes les parties, que il fut ordonné et juré à tenir vingt-et-six ans à venir, et quatre 3 que elles avoient duré, ce furent trente ans, ainsi que la première convenance et obligation le contenoit, et furent lettres escriptes et séellées de ceulx qui la puissance en avoient par bonnes procurations des deux roys dessusdis de France et d'Angleterre. Ces choses faittes et achiefvées, tout homme, tant d'une partie que d'autre , retourna en 4 sa contrée 5, et racomptèrent comment ils avoient exploittié.

Je ne vous ay encoires pas déclairé, ne dit que le conte Mareschal, par lequel toutes ces tribulations estoient advenues en Angleterre, devint, après qu'il eut passé mer, mais je le vous diray. Il se tenoit à Venise, et quant telles nouvelles luy vindrent que 6 Henry duc de Lancastre estoit couronné 7 roy d'Angleterre et que le roy Richart de , Bourdeaulx estoit mort, il prist ces choses en si grant 8 desplaisance qu'il s'en accoucha au lit, dont il entra en une maladie et en hideur, et puis en frénaisie, tellement que oncques puis n'en leva, ainchois en moru tantost après. De luy je ne sçay à parler plus avant.

Comme vous povés entendre, advindrent ces meschiefs et ces tribulations sus les plus grans seigneurs d'Angleterre, en Tan de grâce mil CCCC ung mains.

1-8 Or. — 3 Ans. — 4-s Son lieu. — 6-7 Le roy Henry estoit. 8 Desdain et.

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