‹ ŒuvresChapitre 16 sur 134 · DC COMTE DE NEVERS · texte numérisé non relu

DC COMTE DE NEVERS

vindrent bien et l arréement * , ainsi que bien le sceurent faire, devers TAmourath, et prindrent tous congié à luy et le remerchièrent de ses biens fais et de ses courtoisies. Le dit Amourath parla au conte de Neyers, voire par la bouche d'un ■ latinier qui transportait la parole , et dist ainsi : « Jehan , je sçay assés et suis bien infourmé que tu « es en ton pays ung grant seigneur. Tu es joeune et « ad venir , et pourras ou poeuis , espoir , prendre et « recueillier en ton courage 3 à vergoingne ce meschief « qui t'est ainsi advenu en ta première chevallerie , et que « voulentiers pour 4 esconser 5 ce blasme et recouvrer ton « honneur tu assambleras ta puissance pour venir sur moy « et 6 donner bataille. Se je faisoie de celadoubte et se je « vouloie , avant ta délivrance je te feroie jurer sur ta foy « et sur ta loy que jamais tu ne t'armeroies contre moy , « ne tous ceulx qui sont en ta compaignie 7. Mais nen- « nil ; ce serement à toy, ne à autre , ne à euls ne feray-je « jà faire , ainchois vueil que , quant tu seras retourné « par delà , et il te vendra à plaisance , que tu assambles « ta puissance et viengnes encontre moy. Tu me trouve veras tousjours tout prest à toy et tes gens recueillier « sus les champs par bataille. Et ce que je te dis , tu le « peuls dire ainsi à tous ceuls ausquels tu auras ta plai- « sance d'en parler , car ad ce suis-je né pour faire armes « et tousjours conquester avant. » Ces haultes paroles et notables entendy messire Jehan de Bourgoingne, conte de Nevers , et aussi firent tous ceulx qui en sa compaignie estoient , et bien leur en souvint tousjours depuis tant que ils vesquirent.

*-• En point. — s En blasme et. — i-8 Estouffer. — • A moy. 7 Qui avés esté mes prisonniers.

Depuis ces paroles et le congié prins, toute l'affaire des seigneurs de France estoit ordonnée, et sçavoient bien quel chose ils dévoient faire. Si se départirent de l'Amourath, et furent ■ les seigneurs de France, de là où le roy Basaach estoit,2 accompaigniés 3 de Alibasaach et du 4 Soubs- Basaach 5 à grans gens et délivrés et rendus au seigneur de Matelin et au seigneur 6 d'Arapne 7 et à ceulx qui estoient cause de leur délivrance. Et quant les gallées furent prestes , tous entrèrent dedens (ceulx qui partir dévoient) 8 , et avant leur département partout fut compté et payé et fait , tant que on leur portoit en la ville de Bruse et ailleurs où ils ayoient conversé , bonne grâce. Et lorsque ils furent entrés ens es gallées et que elles se désancrèrent , les gens de l'Amourath se départirent et retournèrent devers 9 le roy Basaach 10, et les gallées du seigneur de Matelin exploittièrent tant par mer qu'elles vindrent à port. Si furent le conte de Nevers et tous les seigneurs de France receus à grant joye n.

La dame de Matelin, femme audit seigneur , estoit moult révérente et sçavoit 12 d'honneur 13 tout ce que on en povoit 14 sçavoir 15 et estoit dame pourveue et garnie sur toutes autres, tant qu'en la contrée de Grèce n'avoit la pareille ; car en sa jeunesse elle avoit esté nourrie et introduitte en l'ostel de 16 l'empereis 17 de Constantinoble 18 madame Marie de Bourbon, ouquel elle avoit 19 grant foison 20 apris et retenu ; car en France tous les seigneurs et toutes les dames sont trop plus honnourables et en tous endrois mieulx pourveus que en nulle autre terre. Si se tint la

'Le conte de Nevers. — *-5 Aconvoyés. — *-s Sourbasaach. — e-7 D'Abyde. — 8 Et qui tenus prisonniers en la ville de Bruse en Turquie estoient. — 9M0 L'Amourath leur seigneur. — M Et honneur. — •"-*• Des honneurs.. D'amours. — ,4<5 Faire. — <a L'empereur de Constantinople aveuc — 1817L'emperière. — 48 Nommée. — 19"*° Grandement.

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