LE DUC DE GLOCESTKR EST ARRÊTÉ
qu'il pot : envis luy donna le roy. Toute ffois il remonstra tant de belles paroles et d'excusations qu'il s'en party , et y fut mis et estably ung autre en son lieu, et s'en vint messire Thomas de Persy demourer l chiés soy 2, et là se tint.
Le roi avoit , delés luy , joeune conseil et qui trop doubtoit ce duc de Glocestre, et disoient les aucuns à la fois au roy : « Très-chier sire , il vous fait moult péril-
« leus servir. Nous avons veu que tous ceulx qui vous
« ont servy du temps passé, voire ceulx ausquels vous
« aviés mis vostre amour et grâce, en ont eu povre guerre-
« don : messire Simon Burlé, qui fut si vaillant et si sage
« chevallier et si preud'homme et tant amé de vostre sei-
« gneur de père 3, et qui tant de peine et traveil ot pour
« vostre mariage, premier. Le duc de Glocestre vostre oncle
« le fist morir honteusement , car il luy fist trenchier la
« teste comme à ung traittre 4 , et plusieurs en a fait
« morir ainsi que vous sçavés, ne toute vostre puissance
« ne les en povoit aidier 5. Très-chier sire , nous n'en
« attendons tous les jours autre chose ; car , quant il
« vient devers vous (ce n'est pas moult souvent) , nous
« ne osons les yeulx lever 6. Il nous regarde sur la teste r
« et semble que nous luy faisons grant tort de ce que nous
« sommes si prochains de vous et en vostre service. Chier
« sire , sachiés que tant qu'il vive , il n'y ara paix en
« Angleterre , et n'oserés à nulluy bien faire. Encoires
« oultre il vous manache de vous et de vostre femme
« madame la royne enclorre en ung chastel et vous là
« tenir en subjection et nourrir à portion. Vous estes ung
« roy perdu, se vous ne 7 advisés à vostre fait et au nostre 8
*-* En son manoir. — 5 Que Dieu absolve. — * Devant tout le monde. — * Ne garder. — "Ne regarder personne du monde. — 7'8 Vous advisés et nous.
par l'ordre du ROI. 25
« aussi. Vostre femme n'aura garde; elle est joeune et « fille du roy de France. Si ne l'osera-on courrouchier , « car trop de maulx en vendroient l . Vostre oncle de Glo- « cestre , pour vous faire plus enhayr de vostre poeuple , « fait semer parmy la cité de Londres parolles telles « (nous les avons oyes) : que vous n'estes pas digne de « porter couronne, ne de tenir si noble hiretage comme le « royaulme d'Angleterre est et les appendences, quant vous « avés prins à femme la fille du roy de France 2 nostre 3 « adversaire , et que par ce vous vous estes trop fourfais « et amenry et que trop avés affoiblie et anéanty la sei- « gnourie d'Angleterre 2 , et les courages des vaillans « chevalliers 3 qui tousjours ont vaillamment continué la « guerre et vouloient continuer , affoiblis et descouragiés , « et mettes le royaulme d'Angleterre en adventure d'estre « perdu , et que c'est dommage et 4 pitié 5 très-grant que « on le vous sueffre et a souffert jusques à cy. Les Fran- « çois dient en France , ainsi que renommée court , dont « ceulx de ce pays ont grant vieuté et haynes sur vous , « que on leur veult oster les armes. La cause est pour ce « que trop soingneusement vous avés entendu à leurs trait- « tiés et donné et prins trièves le plus par force et le moins « par amour (car les nobles de ce pays dont on est ens « es guerres servy et aidié , ne s'i vouloient accorder), et « que vous n'avés pas trop soingneusement visitté les « lettres données et accordées et jurées à tenir et séellées « du roy Jehan de France et de ses enffans , desquelles « les enffans vivans n'ont nulles tenues , mais les ont « enfraint cautelleu sèment ; et ont les François trouvé « cautelles et voyes oblicques par lesquelles ils ont renou-
1 En Angleterre. — 2 Et le royaume. — 3 Et escuyers et nobles du pays. — *'5 Péchié.
â(> LE DUC DE GLOCESTER EST ARRÊTÉ
« vellé la guerre, et tollu, osté et usurpé tous les drois que « vos prédécesseurs ont eu eu la querelle, et repris, telle- « ment quellement , terres , pays et séneschaussies en « Acquitaine , cités , chasteaulx et villes ; et tout ce vous « avés anéanty et négligié , et avés monstre povre cou- « rage , et que vous avés 1 doubte de 2 vos ennemis , et « n avés point poursieuvy les accidens de la matière , et « la bonne et juste querelle que vous aviés et avés encoires. « Si vous considérés bien tous les poins et articles de la « querelle sur lesquels procès vos prédicesseurs sont « mors, premièrement vostre seigneur de père , le prince « de Galles et d' Acquitaine et le bon roy Edouard vostre « tayon , qui tant de payne , de soing et de dilligence « mirent à le augmenter. Chier sire , ung jour vendra , « ce dient les Londriens et aussi font autres en Angle- « terre, nous ne le vous povons plus celler, que toutes ces « choses vous seront si renouvellées quelles vous cuiront « lorsque remédier n'y sçaurés. »
Le roy Richart d'Angleterre nottoit bien toutes ces paroles que on luy disoit , en son retrait et grant secret, et tant les notta et pensa sus, comme ymaginatif qu'il estoit , que ung petit après ce que ses deux oncles le duc de Lancastre et le duc d'Iorch se furent départis de sa compaignie et aies en leurs manoirs , ainsi que cy-dessus est dit , il mist 3 oser 4 et hardement ensemble et dist en soy-meismes qu'il valloit mieulx que premièrement il 5 destruisist 6 autruy , que il fuist destruit , et que briefment il auroit tel son oncle de Glocestre en ses mains , tellement qu'à tousjours mais on seroit asseuré de luy. Et pour tant qu'il ne povoit faire celle emprinse seul , il s'en descouvry à ceulx en qui il avoit la greigneur fiance : ce
<s Doubté. — 5-* Ose. — M Desconfist.
par l'ordre du roi. 27
fut au conte Mareschal son cousin l, conte de Northinghen , et luy dist de mot à mot tout ce que il vouloit 2 que il feist 3. Le conte Mareschal qui plus amoit le roy que le duc de Glocestre , car il luy avoit fait moult de biens , tint la parole du roy en secret , fors à ceulx desquels il se vouloit aidier , car il ne povoit faire son fait seul. Les paroles qui s'ensieuvent , vous esclarchiront la manière et l'ordonnance du procès.
Le roy d'Angleterre s'en vint sus fourme et manière d'esbatement et pour chassier aux dains en ung très-bel manoir à vingt mille de Londres, que on dist Havringhuesle-Bourg en la marche de Excesses et assés près de Plaissy (à 4 vingt 5 milles ou environ) là où le duc de Glocestre 6 se tenoit continuellement et toute sa famille 7. Le roy se party à ung après disner du dit Havringhues-le- Bourg, et ne menoit point tout son estât après luy, mais l'avoit laissié à Eltem delés la royne, et s'en vint à Plaissy entour le point de cinq heures , et faisoit très-bel et moult chault, et quant il entra ou chastel de Plaissy, on ne s'en donnoit garde , quant on dist : « Vescy le roy. » Et avoit jà le duc de Glocestre soupe , car il fut en son temps moult sobre et petit séoit à table tant du disner comme du souper. Il vint à l'encontre du roy emmy la place du chastel, 8 et 9 le honnoura tout ainsi que on doit faire à son seigneur et que bien le sceut faire. Aussi 10 fist n la duchesse et ses enffans qui là estoient. Le roy entra en la salle. On couvry une table pour le roy l2 et servy ung petit soupper ls , et jà avoitil dit au duc son oncle : « Beaulx oncles , faittes enséeller « vos chevauls , non pas tous , mais cinq ou six. Il faut « que vous me tenés compaignie jusques à Londres , car
1 Et qui estoit. — ■-* Que se fist. — *-5 Dix. — 6"7 Continuellement tenoit son hoatel. — 89 On. — *^lt Firent. — ,,,ï Et petit souppa.