‹ ŒuvresChapitre 38 sur 134 · TYRANNIE · texte numérisé non relu

TYRANNIE

Quant les deux seigneurs frères furent là venus, ils orent parlement ensemble et dirent que ce ne faisoit pas à souffrir que de avoir mort et murdry leur frère si hault prince et si vaillant que le duc de Glocestre pour paroles et pour oiseuses ; car voirement, quoyque il euist parlé ' volagement 2 de chault sang à rencontre des trièves données et séellées entre France et Angleterre, si n'en avoit-il point ouvré de fait , et que dentre faire et dire il y avoit grant différence, ne point pour paroles ne povoit avoir desservy mort si crueuse ; et dirent qu'il convenoit qu'il fuist amendé. Et furent les deux frères sus ung estât que pour tourbler toute Angleterre, car bien y avoit qui le conseilloit, et par espécial le lignage du conte d'Arondel, lequel estoit moult grant et moult fort en Angleterre, et aussi cil du conte de Staffort.

Le roy d'Angleterre pour ces jours se tenoit à Eltem et avoit mandé et semons tous les hommes de fief qui de luy tenoient et qui foy luy dévoient, et avoit amassé et pourveu autour de Londres et en la conté de Kent et en 3 Soussexes 4 plus de dix mille archiers, et avoit son frère messire Jehan de Hollande delés luy et le conte Mareschal et le conte de Saslebéry et grant foison de chevalliers et barons d'Angleterre, et manda aux Londriens que point ils ne recueillassent le duc de Lancastre. Les Londriens respondirent et dirent que ils ne sçavoient chose ou duc de Lancastre, par quoy ils le deuissent reffuser, et demoura le duc de Lancastre à Londres, et aussi fist son fils le conte d'Erby, et aussi le duc d'Iorch, lequel duc avoit ung fils qui se nommoit Jehan et conte de Rostelant, et estoit si bien du roy que nuls mieulx de luy ; car le roy Richart, aveuc le conte Mareschal, l'amoit oultre mesure. Et le

1t Voulontairement. — *-* Excestre.

conte de Rosteland se dissimuloit grandement de la mort son oncle le duc de Glocestre, etmonstroit assés que ileuist voulentiers veu que paix fuist entre toutes les parties, et bien disoit que le duc Thomas son oncle avoit eu tort en plusieurs cas par devers le roy son nepveu.

Les Londriens considéroient pareillement le grant meschief qui povoit advenir en Angleterre par la discention des oncles du roy et des aliances des ungs et des autres, et regardoient, que, puisque ce meschief estoit advenu, on ne le povoit recouvrer, et que le duc de Glocestre en aucune manière en avoit esté cause par trop parler et vouloir esmouvoir tout le royaulme l et rompre et brisier les trièves, qui données, jurées et scellées estoient entre France et Angleterre. Si s'en dissimulèrent grandement les Londriens, et 2 veirent 3 bien, les plus sages que ce ne faisoit pas à amender pour le présent, et doubtèrent le roy de France et sa puissance, et leurs marchandises à perdre. Si commencèrent à traittier et à aler par cause de moyen dentre le roy d'Angleterre et le duc de Lancastre son oncle, lequel duc ot aussi plusieurs ymaginations ; car la mort de son frère de Glocestre luy tournoit à très-grant desplaisance , et aussi il considéroit que le roy Richard son nepveu estoit grandement alyé par mariage au roy de France, car il avoit à femme sa fille, et avoit le dit duc deux 4 ses filles par delà la mer, lune royne d'Espaigne et l'autre royne de Portingal, qui povoient très-grandement mains valloir des François, se il esmouvoit guerre à rencontre du roy son nepveu. Et convint le dit duc adont brisier son courage, voulsist ou non, de toutes choses, et descendre à la prière des Londriens et aucuns prélats d'Angleterre, qui de ce se 5 ensonnyoient 6 en bien comme bons

* D'Angleterre. — M Avisèrent. — * De. — 56 Entremettoient. XVI. — FROISSART. 6

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