‹ ŒuvresChapitre 51 sur 134 · LE COMTE MARÉCHAL ET LE COMTE DE DERBY · texte numérisé non relu

LE COMTE MARÉCHAL ET LE COMTE DE DERBY

« cause de ce que il a mis le pays en tourble et esraeu paroles « et eslevé, dont nuls n'a la congnoissance, fors ce qu'il en a « donné à entendre , ordonne ses besoignes et wide le « royaulme d'Angleterre et quière place et terre là où « mieulx luy plaist \ et en soit banny par telle manière « que jamais n'ait espérance d'y retourner. Après, je dy et « ordonne que le conte d'Erby nostre cousin, pour la cause « de ce qu'il nous a courrouchié et que aucunement il est « cause en aucune manière de ce péchié et condempnation « du conte Marescal, se ordonne à ce que dedens quinze « jours il wide le royaulme d'Engleterre et voist querre et « eslire place là où il luy plaist, et soit 2 banny 3 de nostre « royaume le terme de dix ans sans y point retourner, se « nous ne le rappelions. Mais , tant que à luy, nous « mettons et ordonnons nostre grâce de rappel ou de « relaxation toutesfois et quantesfois que bon nous sem- « blera et plaira. »

Geste sentence 4 contempta 5 assés 6 les seigneurs qui là estoient, et dirent ainsi : « Monseigneur d'Erby pourra « bien aler jouer et esbatre hors de ce rovaulme deux ou « trois ans. Il est jeune. Quoyque il ait jà "' assés 8 traveillié « d'aler en Prusse, au Saint- Sépulcre, au Quaire et à « Sainte-Katherine , il reprendra autre voyage pour oublier « le temps, et il saura bien où aler. Velà ses serours : « l'une est royne d'Espaigne ; l'autre , royne de Portingal. « Si porra moult légièrement passer le temps 9 delés elles, « et le verront tous seigneurs, chevalliers etescuiers, ens es « dis royaulmes moult voulentiers. Et aussi pour le présent « les armes sont moult reffroidies, sicques, luy venu en « Espaigne, ad ce que il est de grant voulenté et 10de légier « esperit H, il les esmouvera et mettera sus ; et se pourra

1 Pour demourer. — *"5 Eschivé. — * Plaisy et. — *-6 Grandement. — 7-8 Souffisamment. — * Et soy tenir. — 10-41 De légier.

« faire ung voiage en Grenade et sur les mescroians, par « quoy il emploiera mieulx son temps que de séjourner en « Angleterre. Ou il pourra aler en Haynnau delés son « frère et son cousin le conte d'Ostrevan qui le recueillera « à joie et à liesse et qui bien l'amera delés luy et bien l'em- « ploiera, car il a guerre aux Frisons. Et, se il est en Hayn- « nau, il orra souvent nouvelles de son pays et de ses « enffans, sicques il ne puet fors que bien aler où qu'il « voist. Et le rappellera ung de ces jours le roy d'Angle- « terre parmy les bons moiens qui s'en ensonnieront, car « c'est la plus belle flour de tout son chappel : si ne l'a que « faire de trop eslongier s'il veult avoir l l'amour 2 et la « grâce de son pueple. Mais le conte Mareschal a trop dur « party, car on luy 3 a baillié 4 oultréement 5 sa paine, sans « nulle espérance avoir de jamais retourner en Angleterre. « Et, au voir dire, bien l'a desservy, car tous ces meschiefs « sont advenus par luy et par ses paroles : si fault qu'il le « compère. »

Ainsi parloient et devisoient plusieurs chevalliers et escuiers d'Angleterre les ungs aux autres au jour que le jugement fut rendu du conte d'Erby et du conte Mareschal par la bouche du roy Richart d'Angleterre et non par autre advocat.

Quant ces deux contes dessus nommés sceurent leur fin et la sentence que le roy avoit donnée et rendue sur euls, si furent tous pensifs et à bonne cause, et fort se repentoit le conte Marescal de ce que fait avoit , mais il n'y povoit pourveir ; et quant il commença 6, il cuida estre autrement aydié et soustenu du roy que il ne fut , car, se il cuidast

••• L'onneur. — *-* Availle. — *"5 Haustèrement.. Hautement. — • La noise.

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