SE REND EN ALLEMAGNE
estre yssu par ce party du royaulme d'Angleterre, il l'euist encoires à commenchier. Et convint que il se l ordonnast 2 sur ce que taillé et ordonné luy estoit, et ordonna ses besoingnes et fist ses finances à prendre aux Lombars à Bruges. Et se party d'Angleterre et vint à Calais, dont en devant il avoit esté capitaine et gouverneur, et reprist là aucunes besoingnes qu'il avoit laissies derrière, et prist congié aux bourgois de Calais.
Au département il avoit ordonné son chemin tout tel qu'il le tenroit. Point ne vouloit aler en Frence, ne en Haynnau (il n'y avoit que faire), mais vint à Bruges, et fut là environ quinse jours, et de Bruges ala à Gand et à Malines, et de Malines à Louvain, et de Louvain 3 à Saint-Tron , et puis à Treth- sur-Meuse, et puis à Aix et de là à Coulongne , et là se tint ung 4 temps.
Nous nous souffrirons à parler de luy, et parlerons du conte d'Erby qui pareillement se ordonna à yssir hors d'Angleterre, ainsi que dit et sentence estoit du roy.
Quand le terme vint que le conte d'Erby deubt partir, il vint à Eltem devers le roy , où estoient 5 son père et son oncle le duc d'Iorch, et en sa compaignie le conte de Northombrelande. Aussi y estoit son fils messire Henry de Persy et grant foison de barons et de chevalliers 6 d'Angleterre qui moult l'aimoient et qui courrouchiés de ceste 7 advenue 8 estoient, et de ce que il convenoit que il widast le pays ; et la greigneur partie de ces seigneurs estoient aies aveuc le dit conte d'Erby pour savoir la diffinitive intention du roy.
A la9 venue 10 de ces seigneurs, le roy Richart se resjouist grandement par samblant et leur fist très-bonne chière, et
Délibérast. — 3 A Destre et de là. — * Espace de. — 5 Le duc de Lancastre. — 8 Et d'escuyers. — 7-8 Fortune. — V° Vue.
fut la court l moult 2 renforchie de 3 leur venue , et là furent le conte de Saslebéry et le conte de Hostidonne frère du roy et qui à femme avoit la fille au duc de Lancastre et serour au conte d'Erby, et se trairent ces deux seigneurs darrains nommés, je ne sçay se ce fut par dissimulation ou autrement, delés le conte d'Erby.
Quant ce vint au congié prendre, le roy d'Angleterre s'umilia par samblant 4 grandement devers son cousin, et luy dist, se Dieu luy peuist aidier, que les aaties et paroles qui avoient esté entre luy et le conte Mareschal luy desplaisoient grandement, et ce que dit et fait avoit, c'estoit pour le meilleur et pour appaisier le peuple qui moult avoit murmuré sus ceste matière : « Et pour ce, cousin, à considérer « raison, dist-il au conte d'Erby, et 5 que vous aies allé- « gance de vostre peine, je vous relaxe la taxation faicte de « dix ans à six ans. Si vous ordonnés et advisés sur ce. » Le conte d'Erby respondy et dist : « Monseigneur, grantmer- « chis ; encoires me ferés-vous bien plus grant grâce quant « il vous plaira. *»
Tous les seigneurs qui là estoient, se contemptèrent assés du roy pour celle fois ; car il les recueilly gracieusement, et se partirent du roy, et s'en retournèrent les aucuns à Londres aveuc le conte d'Erby. Toutes les ordonnances, lesquelles appartenoient au conte d'Erby, estoient toutes prestes, et jà envoiées les plusieurs et les plus grosses pour Testât du dit conte à Douvres et pour passer oultre à Calais.
Le conte d'Erbv estant à Londres fut conseillié du duc de Lancastre son père, que, luy venu à Calais, il ne presist nul autre chemin, mais s'en alast tout droit devers le roy de France et ses cousins les seigneurs de France, car par euls povoit-il avoir plus de adresches de confort et de conseil que
'.* Grandement. — 4'5 Grande à. — * Moult. — 5 Afin.