MISSION DE LÉVÈQUE DE CAMBRAY
fourme et remonstra comment le roy de France et le roy d'Allemaigne l'avoient là envoyé. Quant le dit évesque vint sus les procès comment on estoit en ordonnance et estât qu'il convenoit que il se soubsmesist ad ce que de résigner lapapalité, et ' que celluy 2 de Romme le devoit ainsi faire, si mua couleur moult grandement et esleva sa voix et dist : « J'ay eu moult de payne et de traveil pour l'Eglise, et par « bonne élection on m'a 3 créé 4 pape, et on veult que je me « soubmette à ce que je renonche. Ce ne sera tant que je « vive, et vueil bien que le roy de France sache que pour « ses ordonnances je ne feray rien, mais tendray mon nom « et ma papalité jusques au morir. » — « Sire, respondy « l'évesque de Cambray, je vous tenoie à plus froit et plus « prudent, saulve vostre grâce et révérence, que je ne r> « treuve. Demandés jour de conseil de respondre et de parce 1er à vos frères les cardinaulx, et vous Taures ; car vous « tout seul ne poés pas résister contre euls, se ils s'accor- « dent à ceste oppinion, ne à la puissance du roy de France « et du roy d'Allemaigne. » Dont se trairent avant deux cardinaulx qui là estoient, lesquels il avoit créés, qui tantost congneurent que les choses ne povoient tourner à bien, et dirent ainsi : a Père saint, l'évesque de Cambray « 6 parole7 bien. 8 Ouvrés 9 après sa parole, et nous vous en « prions. » Adont respondi-il : « Voulentiers. » Si se 10 deffinèrent n pour celle heure les parlemens,et retourna l'évesque 12 à son hostel, et n'ala point veoir nuls des cardinaulx, mais s'en souffry et dissimula.
Quant ce vint à l'endemain, on sonna au matin la campane du concitoire, et fut faitte convocation de tous les cardinaulx qui en Avignon estoient, et vindrent tous au palais
'-2 L'autre qui se tenoit à pape. — s-* Mis. — 5 Vous. — *-7 Parle. — 8-9 Faites. — i0ti Faillirent. — " De Cambray.
et se mirent en concitoire, et là fut levesque de Cambray, maistre Pierre d'Ailly, qui en latin remonstra tout au long son message et ce pour quoy il estoit là venu. Quant il ot parlé, on luy respondy et dist qu'on auroit conseil ] de respondre quant ils seroient bien conseilliés, mais il convenoit que il se départesist de là. Il 2 se dépar ty 3 et alla ailleurs esbatre, et entrues Bénédict et ses cardinaulx parlementèrent ensemble, et furent longuement sus cel estât, et sembloit à aucuns moult dur et moult contraire de deffaire ce que fait et créé estoit ; mais le cardinal d'Amiens proposoit et disoit : « Beaus seigneurs, veullons ou non, il nous conte viendra obéyr au roy de France et au roy d'Allemaigne « puisque ahers et conjoins ils se sont ensemble ; car sans « euls nous ne povons vivre. Encoires nous 4 passerions 3- « nous bien du roy d'Allemaigne, se le roy de France vouée loit 6 demourer delés 7 nous, mais nennil : il nous mande « que nous obéissons ou il nous clorra les 8 huis 9 de nos « bénéfices, sans lesquels nous ne povons vivre. Vérité est, « Père saint, que nous vous avons pourveu et créé en la « papalité, par fourme et condition que vous devés à vostre « povoir aidier à refourmer l'Église et mettre en ,0 une il « union ; et ainsi l'avés-vous tousjours, jusques à cy, dit , « tenu et maintenu. Si respondés de vous-meismes par si « attemprée et ordonnée manière que nous vous en sachons « gré ; car mieulx vous devés congnoistre vostre courage que « nous ne le congnoissons. » Dont respondirent plusieurs cardinaulx et tous d'une sieulte : « Père saint, le cardinal « d'Amiens parole moult bien , et nous vous prions tous « générallement que vous parlés et dittes ce que faire en « voulés. » Dont respondy et dist ce Bénédict : « L'unité
1 Et avis. — " Le fist. — 4-5 Chevirions. — a"7 Tenir pour. *-9 Fruits. — 4<MI Bonne.