‹ ŒuvresChapitre 59 sur 134 · LE, MARÉCHAL BOUCIQUAUT ASSIÈGE · texte numérisé non relu

LE, MARÉCHAL BOUCIQUAUT ASSIÈGE

valliers, escuiers et gens d'armes, sur tout le païs de Velay, de Viviers et d'Auvergne jusques à Montpellier, car commission et puissance avoit de ce faire de par le roy de France. Et manda au séneschal de Biauquaire que il clouist tous les passages tant par la rivière du Rosne que par terre, à la fin que riens ne peuist entrer, ne venir en Avignon; et il-meismes s'en vint au Pont-Saint-Esperit, et fist clorre la rivière du Rosne, par quoy riens n'alast aval (c'est à entendre pourvéances) en la cité d'Avignon. Et fist le dit mareschal son mandement et amas de gens d'armes, et toutes gens le vindrent servir, les aucuns par obéissance, et les autres pour pillier et rober sur ceulx d'Avignon ; et vindrent devers le mareschal de France messire Raymond de Thouraine à grant joye, qui estoit tout prest de chevauchier, le sire de la l Vote 2, le sire de Tournon, le sire de Montclau, le visconte d'Uzès, et furent tantost 3 grans 4 gens d'armes, et envoia le dit mareschal de France deffier par ung hérault et dedens son palais ce Bénédict et tous les cardinaulx et tous ceulx d'Avignon.

Ces nouvelles furent moult dures aux cardinaulx et à tous ceulx d'Avignon ; car ils congneurent bien que longuement ils ne povoient soustenir ceste guerre à l'encontre du roy de France, car sa puissance estoit trop grande. Et eurent conseil les cardinaulx et les hommes d'Avignon d'aler parler à Bénédict, ainsi que ils firent, et luy remonstrèrent sagement que nullement ils ne povoient, ne vouloient soustenir la guerre contre le roy de France; car il les convenoit vivre et avoir 5 leurs marchandises cours tant par terre comme par la rivière.

Ce Bénédict leur respondy fellement et dist : « Vostre u cité est forte et bien pourveue. Je manderay des gens

•-" Volte. — 5-* Grant nombre de. — 5 Leur chevance et.

BENOÎT XUI A AVIGNON. 127

« d'armes en la rivière l de Jennes et ailleurs, et à nostre fils « le roy d'Arragon, gonfannonier de l'Eglise, que il me vien- « gne 2 souscourir 3 , Il le fera, car il y est tenu pour deux « raisons : je suis de son lignage, et aussi il doit toute « obéissance au pape. Vous vous esbahissés de trop petit. « Partes- vous de cy et gardés vostre ville, et je garderay « mon palais. » Autre response ne porent avoir les cardinaulx, ne les hommes d'Avignon, et retournèrent chascun à son hostel.

Ce pape que je nomme Bénédict, avoit de long temps fait pourveoir son palais de vins, de grains, de lars, de huille et de toutes autres choses, qui à pourvéances de forteresses 4 porent appartenir 5, et il de sa personne estoit assés 6 hauster 7 et trop cruel, et ne sesbahissoit point pour petit de chose.

Le mareschal de France se départy du Pont-de-Saint- Esperit, et passa, et toutes ses gens d'armes, parmy la cité d'Orenge, et entrèrent en la conté de Venèse, qui est terre de TÉglise. Si fut tantost toute courue, et passèrent ces gens d'armes au pont de 8 Sorges 9, et furent maistres et seigneurs de toute la rivière, et laissa dedens la ville de Sorges le mareschal grans gens d'armes pour garder la ville et le passage et aussi pour la garnison de Noves qui se tenoit pour le pape. Et s'en vint le dit mareschal logier à Saint- Verain près d'Avignon, et ses gens tout la environ. Et tousjours venoient gens d'armes de tous lés, et fut la ditte cité d'Avignon si enclose devant et derrière par terre et par la rivière que riens n'en yssoit, ne entroit fors que par congié ; car à Ville-Noeufve qui est au dehors de Avignon et sus le royaulme de France, se tenoit pour le mares-

1 Et en la ville. — 8-s Servir. — *-5 Appartenoient. — 6'7 Hault.

— s"9 S orgues.

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