GRÉGOIRE XIII A AVIGNON
avoient-ils assés l pour euls tenir deux ou trois ans, mais la bûche à faire le feu leur défailly, et ne sçavoient de quoy faire le feu, ne cuire leurs viandes, et se commencèrent à esbahir. Et toutes les septmaines avoit le mareschal Bouchicault nouvelles du roy de France, et le roy pareillement de luy et de lestât de ce Bénédict, et bien mandoit le roy à son mareschal que point ne se partesist de là sans achiéver son fait, et, tout achiévé, aussi jamais il ne laissast ce pape Bénédict yssir du palais, mais mesist bonnes gardes sur luy, réservé ce que mengier et boire bien et largement luy fuist administré 2.
La conclusion de ce pape Bénédict fut telle que, quant il vey que il estoit si astraint et que le mareschal Bouchicault estoit en la ville du gré de tous et que bûche leur estoit faillie et leurs pourvéances amenrissoient tous les jours et secours et confort de nul costé ne leur 3 estoit apparant 4, il vint à merchy parmy ce que aucuns cardinaulx en pryèrent, et se porta le traittié par l'ordonnance dessusditte que jamais du palais d'Avignon ne partiroit jusques à tant que 5 unité 6 seroit en l'Église. Et furent mises sus luy bonnes et espéciales gardes , et les cardinaulx d'Avignon aveuc plenté de riches hommes se obligièrent ad ce que ils le garderoient de si près que ils en renderoient bon compte, mort ou vif : autrement ne s'en vouldrent-ils chargier, et il souffist assés audit mareschal de France. Et les cardinaulx qui tenoient leurs bénéfices en France, de quoy ils vivoient, rendirent grant payne à ce traittié et composition faire , et dirent tous 7 d'une féaulté 8 que ils vouloient demourer aveuc le roy de France.
* Par raison. — * S'il advenoit qu'il en fust à son dessus. — *** Venoit. — 5 • Union. — 7 s D'une sieulte... D'un accord.
Ainsi se déportèrent ces besoingnes, et se départirent iceulx gens d'armes d'Avignon et de là environ, et retourna chascun en son lieu. Et 1 revint ledit mareschal Bouchicault en son pays, et tantost après ce, il se ordonna pour aler en Honguerie par devers le roy Loys de Honguerie ; car 2 il 3 avoit rescript en France devers le roy et ses oncles et les chevaliers 4 de France , que l'Amourath avoit assamblé sa puissance de gens d'armes de Turs, d'Arabes, de Persans, de Tartres, de 5 Surs 6 et de tous ceulx de sa secte. Si vouloit estre ledit roy de Honguerie aussi au devant de luy et cornbatre par meilleure ordonnance que il ne euist fait autreffois.
Le conte d'Erby qui se tenoit à Paris à l'ostel de Clichon moult près du Temple, y fuist voulentiers aie pour moins couster au roy de France ; car toutes les septmaines il avoit en deniers appareilliés pour payer ses menus frais cinq cens couronnes d'or, et les recepvoient ses gens ou nom de luy, et à ceste délivrance n'avoit point de faulte. Si se sentoit 7 à trop 8 grandement tenu le conte d'Erby au roy de France pour celle grâce que on luy faisoit, et le recongnoissoit grandement bien ; et quant les nouvelles vindrent du roy de Honguerie en France, il y entendy moult voulentiers. Et luy fut advis que c'estoit ung voyage honnourable pour luy et pour passer la saison légièrement et oublier le temps ; et en parla aux plus espéciaulx de son conseil. Bien luy conseilloient ses gens d'aler ou dit voyage, mais que il venist à plaisance au duc de Lancastre son père, et envoya en instance de ce le conte d'Erby en Angleterre le plus pro-4 chain de ses chevalliers à sçavoir que 9 il 10 en diroit et conseilleroit.
1 Apriès cest exploit. — ,s Le roy de Honguerie. — * Et seigneurs. — 8 6 Suriens. — 78 Moult. — 9-*° Le duc de Lancastre son père.
d'aller combattre les turcs. 153
Quant le chevallier qui se nommoit Dimoch, fut venu en Angleterre, il trouva le duc de Lancastre en ung chastel à 1 trente milles 2 de Londres, que on appelle Harfort : se luy recorda lestât de son fils. Quant le duc de Lancastre oy parler le chevalier de créance de Testât de son fils et de la bonne voulenté que il avoit d'aler en Honguerie pour emploier sa saison et passer le temps qu'il avoit de non retourner en Angleterre, 3 il se contenta grandement 4 de toutes ces choses 5 et dist au chevallier 6 : « Vous 7 in estes 8 le bien « venu, et vos paroles et les lettres de mon fils demandent « bien à avoir conseil. Vous vous reposerés icy dalés nous, « et entreus nous nous adviserons. Et aussi vous estes venu « pour entendre à nos fils et filles les enffans de nostre fils, « car de tout ce vous fault-il reporter nouvelles par delà. » « — Monseigneur, respondy le chevallier, vous dittes vérité. » Ainsi demeura messire Dimoch en Angleterre par l'ordonnance du duc de Lancastre.
Or ot le roy de France title et cause d'escripre au roy d'Allemaigne et à son conseil comment il tenoit Bénédict qui s'estoit nommé 9 long 10 temps pape à sa voulenté, et tous ses cardinaulx aussi, et ainsi qu'il fist, et y envoia si espéciaulx messages que le patriarche de Jhérusalem, messire Charles de ll Hangiés 12 et encoires de ses chevalliers. Et trouvèrent le roy d'Allemaigne à 13 Strazeborg 14 et firent leur message bien et à point et tant que il et ses consauls s'en contentèrent. Et dirent que sus ce ils 15 s'esploiteroient16, mais ils verroient voulentiers que le roy d'Angleterre s'i voulsist déterminer, et il s'en estoit fait fort qu'il le 17 feroit 18.
** Vingt lieues. — 5-* Si fu moult content. — s Et pensa sus. — 8 Dimoch. — 7"8 Soyés. — °-10 Un. — "-" Hangiers. — '3"u Strasbourg. — '*•'• Esploiteroient. — "-*• Luy feroit faire.