‹ ŒuvresChapitre 85 sur 134 · RICHARD II TOMBE ALI POUVOIR · texte numérisé non relu

RICHARD II TOMBE ALI POUVOIR

tre à point par belles paroles adournées de l beaulx 2 samblans, se ils povoient. Et demandèrent au conte en disant : « Monseigneur, quel chose vous plaist-il ? Le roy est à la « messe ; il nous a cy envoies pour parler à vous. » — « Je le vous diray, respondy le conte d'Erby. Vous sçavés « que j'ay à relever la duchié de Lancastre. Si vieng en « partie pour celle cause et pour autre chose parler au a roy. » — « Monseigneur, respondirent ceulx, vous soies « le très-bien venu. Monseigneur le roy vous verra vou- « lentiers et orra aussi, et nous a dit que vous venés vers « luy vous douzième tant seulement. » Le conte respondy : « Il me plaist. » Il entra ou chastel luy douzième, et puis tantost on referma le guichet, et demourèrent les autres au dehors.

Or considérés le grant dangier et le grant péril où le conte d'Erby se mist alors ; car on l'euist aussi aisé occis 3 là dedens et toute sa compaignie, que on prenderoit ung oiselet en une 4 gaiole 5. Mais il ne 8 considéra 7 pas le péril où il estoit, ainchois ala tousjours avant et fut mené devant le roy. Quant le roy le vey, si mua couleur, ainsi que celluy qui se tenoit grandement avoir méfiait 8 envers 9 luy. Le conte d'Erby parla tout hault sans faire nulle honneur, ne révérence, et demanda au roy : « Estes-vous pas « encoires desjeusné ? » Le roy respondy et dist : « 10Nen- « nil11. Il est encoires assés matin. Pourquoy le dittes- « vous ? » — « Il seroit heure, dist le conte d'Erby, que « vous 12 desjeusnés 13, car vous avés à faire ung grant « chemin. » — « Et quel chemin ? » dist le roy. — « Il « vous fault, dist le conte d'Erby, venir à Londres. Si

H Couleurs et faulx. — 3 (Comme faire on de voit par droit et par raison.) — *-5 Cage. — •-' Glosa. — 8-9 A. — w" Oïl. — itiS Deussiés avoir desjeuné.

« vous conseille que vous mengiés et beuvés une fois : si « chevaucherés plus lyement. » Dont respondy le roy qui fut tous mérancolieux et effraie de ceste parole : « Je n'ay « pas encoires faim, ne vou lente de mengier. » Dont dirent les chevalliers qui vorrent flatter le conte d'Erby et qui bien veoient que les choses aloient diversement : « Sire, « croies monseigneur de Lancastre vostre cousin ; car il ne « vous veult que tout bien. » A dont dist le roy : « Je le « vueil. Faittes couvrir les tables. » On se hasta de couvrir. Le roy lava * et s'assist 2 : on le servy. On demanda au conte d'Erby se il vouloit seoir et mengier. Il respondy que nennil et qu'il n'estoit pas en jeun.

Entreus que le roy Richart séoit à table et qu'il mengoit (ce fut petit, car il avoit le coeur si destraint qu'il ne povoit mengier), tout le pays d'environ de Fluich où le roy se tenoit, fut couvert de gens d'armes et d'archiers, et bien les povoient veoir ceulx du chastel par les fenestres qui regardoient sus les champs, et les vey le roy, quant il se leva de la table, car il n'y sist pas trop longuement, mais fist ung très-brief disner et de coeur mérancolieus, et demanda au conte d'Erby son cousin quels gens c'estoient, qui se tenoient sus les champs. Il respondy que ils estoient Londriens le plus : « Et que veulent-ils ? » demanda le roy. — « Ils vous « veulent avoir, dist le conte d'Erby, et mener à Londres « et mettre dedens la Tour de Londres. Par autre voye ne « vous povés-vous excuser, ne passer. » — « Non ! » dist le roy qui s'effroia grandement de ces paroles, car il sçavoit bien que les Londriens le haioient, et dist ainsi : « Et vous, « cousin, n'y povés-vous pourveir ? Je ne me mets point « voulentiers en leurs mains ; car je scay bien que ils me « hayent et ont hay ung long temps, je qui suis leur sire. »

1 Les mains. — ' A table.

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