‹ ŒuvresChapitre 86 sur 134 · RICHARD II T0MRE AU POUVOIR · texte numérisé non relu

RICHARD II T0MRE AU POUVOIR

Dont respondy le conte d'Erby et dist : « Je n'y voy autre

« pourvéance, ne remède, fors que vous vous rendes à moy ;

« et quant ils scauront que l vous serés mon prisonnier, ils

« ne vous feront nul mal, mais il vous fault ordonner, et

« toutes vos gens, de venir à Londres et tenir prison en

« la Tour de Londres. » Le roy qui se veoit en dur party

(et tous ses esperits se esbahissoient fort comme celluy qui

se doubta que de fait les Londriens ne le voulsissent occir),

se rendy au conte d'Erby son cousin comme son prisonnier,

et se obliga et enconvenença à faire tout ce que il voul-

droit, et aussi firent tous les chevalliers du roy et les

escuiers et officiers. Tous se rendirent audit conte d'Erby

pour eschever plus grant dommage et péril. Et le conte,

présent ses hommes qu'il avoit là amenés, les prist 2 comme

ses prisonniers, et ordonna tantost que chevaulx fuissent

prestement ensellés et tout traire en la court et les portes

du chastel à ouvrir.

Quant les portes du chastel furent ouvertes, moult de gens d'armes et d'archiers entrèrent ens ou chastel à grant habandon. Là fist faire le duc de Lancastre ung ban et commandement très-espécial que nuls ne s'avançast de prendre chose qui ou chastel fuist, ne mesist la main sus homme, ne varlet, sus 3 à estre déshonnouré \ car tout estoit en sa garde et protection. Ce ban et commandement fut oy et tenu, car nuls ne l'euist osé enfraindre, ne passer. Et amena le conte d'Erby son cousin le roy Richart du chastel amont jusques en la court, tout parlant ensemble, et luy fist avoir son estât tout entier sans muer, ne 5 brisier 6, ainsi comme il le avoit eu en devant. Et entreux que on séelloit les chevaulx, le conte d'Erby et le roy Richart se devisoient l'un

1 Je vous ay prins sur ce point et que. — * Et mist sus. — 3 4 Peine d'estre pendu et traisné au gibet. — 5~6 Changer.

à l'autre de paroles, etestoient moult fort regardés d'aucuns Londriens qui là estoient, et advint une chose dont je 1 fuy infourmé, que je vous diray.

Le roy Richart avoit ung lévrier, lequel lévrier on nommoit2Blemach 3, très bel lévrier oultre mesure, et ne vouloit ce chien congnoistre nul homme fors le roy seulement, et lorsque le roy devoit chevauchier, celluy qui l'avoit en garde, le laissoit aler, et ce lévrier venoit tantost devers le roy et le festoioit et luy mettoit 4 ses deux pies sus ses espaules. Et adont en advint que le roy et le conte d'Erby parlans ensemble emmy la place de la court du dit chastel et leurs chevauls tous ensellés (car tantost ils dévoient monter), ce lévrier nommé Blemach qui coustumier estoit de faire au roy ce que dit vous ay, laissa le roy et s'en vint tout droit au duc de Lancastre , et luy fist toutes les contenances telles que en devant il 5 faisoit 6 au roy Richart, et luy assist ses deux pies sus 7 les espaules 8, et le commença moult grandement à conjouir. Adont le duc de Lancastre qui point ne congnoissoit le lévrier , demanda au roy et dist : « Mais que veult Ce lévrier faire ? »

— « Cousin, respondy lors le roy, ce vous est une moult « grande signifiance et à moy une très-petite. » — « Com- « ment, dist le duc de Lancastre, l'entendés-vous ?» — « Je l'entens ainsi, dist le roy. Cestuy lévrier vous recueille « et festoie aujourd'huy comme roy d'Angleterre que vous « serés, et j'en seray déposé et débouté, et le lévrier en a « congnoissance naturelle ; si le tenés delés vous, car il « vous sieuvra et 9 jà ne vous eslongera 10. » Le duc de Lancastre entendy et notta bien ceste parole, et conjouy

1 Froissart , acteur de ceste histoire. — *s Match.. Math. — 4 Incontinent qu'il estoit eschappé. — 5-6 Estoit accoustumé de faire.

— 7 •• Le col. — M0 II m'eslongera.

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