‹ ŒuvresChapitre 95 sur 134 · Affectueusement. — w Entendre. — B Mort · texte numérisé non relu

Affectueusement. — w Entendre. — B Mort

« je ne peuls estre si bien de mon pueple comme j'estoie en « devant. Cousin, tout considéré, je sçay bien et congnois1 « que grandement je me suis mesprins envers vous et « envers plusieurs nobles de mon sang en ce pays, par a lesquelles choses je sens et congnois que jamais je « vendray à paix, ne à pardon. Et pour tant, de bonne et « libérale volenté, je vous vueil résigner leritage de la « couronne d'Angleterre, et vous prie que le don et résigna- « tion prendés amiablem'ent. »

Quant le duc de Lancastre 2 entendy 3ceste parole, si respondi et dist : « Il convient que à ceste parole soient veus « et appelles plusieurs des trois estas d'Angleterre. Et je « ay rescript et mandé les prélats et les nobles dé ce pays, « et des consauls des bonnes villes ; et dedens trois jours « il en y aura assés pour faire deuement la résignation que « vous voulés faire, et par ce point vous appaiserés et « adoulcirés grandement l'ayr et le raaltalent de plusieurs « hommes d'Angleterre; car pour obvier à tous maléfices a qui très-fort estoient eslevés en Angleterre par faulte de « justice, qui de longtemps n'avoit ne lieu, ne règne, ay-je « esté de delà la mer mandé, et me veult de fait le poeuple « couronner, et court voix et renommée par toute Anglece terre que à la couronne je ay et ay eu tousjours plus « grande action de droit que vous n'avés eu. Et quant « nostre tayon le roy Edouard, de bonne mémoire, vous « esleva et couronna, il luy fut dit et remonstré; mais il « amoit tant son fils et avoit amé le prince de Galles, que « nuls ne luy peult brisier son propos et oppinion que « vous ne fuissiés roy. Et, se vous euissiés les euvres du « prince de Galles enssieuvy et creu bon conseil, ainsi « que bon fils à son léal povoir en tout bien doit enssieu-

1 Assés. — *-5 Oy.

(( vir les oeuvres de son père, vous fuissiés demouré roy et « en vostre estât. Mais vous avés tousjours fait du cona traire, et tant que commune renommée court parmy « Angleterre et ailleurs que vous ne fustes oncques fils au « prince de Galles, mais d'un clerc ou d'un chanoine ; car « j'ay oy dire à aucuns chevalliers de l'ostel du prince mon « oncle, que pour tant que le prince se sentoit meffait de « mariage, car vostre mère estoit cousine germaine du roy « Edouard, et la commençait à acqueillier en haynne pour « la cause que le prince n'en avoit point de génération, et «. si estoit sa commère par deux fois des enffans que il « avoit tenus sus fons, qui furent à messire Thomas de « Hollande, elle qui bien sçavoit tenir le prince ' et qui « concquis l'avoit en mariage par subtilité et cautelle, se « doubta que mon oncle le prince par 2 une diverse « voye 3 ne se voulsist desmarier, et fist tant qu'elle « fut grosse, et vous ot, et encoires ung autre devant vous. « Du premier on ne scet que dire, mais de vous, pour tant « que on a veu vos meurs et conditions trop contraires et « différentes aux vaillances et prouesses du prince4, on dist « et parole en ce pays et ailleurs que vous fustes fils 'd'un « clerc ou d'un chanoine ; car pour le temps que vous fustes « engendré et nés à Bourdeaulx-sur-Géronde il en y avoit « grant nombre de moult beaulx et jeunes en l'ostel du « prince. Et telle est la renommée de ceuîx de ce 5 royaulme 6, « et bien en avés par expérience monstre les euvres, car « 7 vous avés tousjours esté 8 encline à la plaisance des France çois et à vouloir 9 traittier 10 avecques eulx paix à la con- « fusion et grant déshonneur du royaulme d'Angleterre. Et « pour tant que mon oncle de Gîocestre et le conte d'Aron-

1 En ses lacs. — î 5 Un divorse. — * De Galles. — s'6 Pays. — 7-* Vous estes tousjours. — 9"10 Faire.

« del le vous remonstroient bien sagement et loyaulment et « vouloient garder l'onneur de ce ' pays 2 et à leur povoir « enssieuvir les oeuvres vertueuses de leurs pères, les « avés-vous trahiteusement fait morir. Tant que à moy, v( je vous ay prins sus et vous deffenderay et alongeray « vostre vie, en nom de pitié, tant que je pourray, et prieray « pour vous envers les Londriens et les hoirs de ceulx que « vous avés indeuement fait morir. » — « Grant merchis, « cousin, dist le roy Richart, je me confie plus en vous « que en tout le demourant d'Angleterre. » — « Vous « avés droit, dist le duc de Lancastre ; car, se je n'aloye « ou fuisse aie au devant de la voulenté du poeuple, vous a eussiés esté ou sériés pris du poeuple et dégradé à grant « confusion et desrision, et mort par les malles euvres « qui de vous sourdent et qui vous font avoir celle payne « et ce dangier. »

Le roy Richart entendoit et considéroit bien toutes les paroles que le duc de Lancastre luy remonstroit, et ne sçavoit que dire, ne que respondre 3 ; t;ar très-bien veoit que force et argumens ne luy povoient en riens 4 prouffiter 5, mais 6 très-bien 7doulcour, amour et simplesse, et se humilioit tout ce qu'il povoit, et prioit tousjours au duc de Lancastre que sa vie luy fuist saulvée.

Quant le duc de Lancastre eust esté en la Tour de Londres avec le roy Richart plus de deux heures et tousjours le plus parlant à luy, en luy remonstrant les ygnorances et mésusances dont il estoit accusé et qui estoient toutes clères, il prist à luy congié. Et se départy et retourna par la rivière de la Thamise en son hostel et là se tint. Et renforcha encoires à l'endemain ses mandemens par toutes

12 Royaume. — 5 A rencontre. — *-s Valoir. — fl-7 Fors que.. Que mieulx lui valoit.

les mettes et limitations d'Angleterre. Et vindrent à Londres son oncle le duc d'Yorch, le conte de Rosteland son fils, le conte de Northombrelande et son fils messire Henry de Perssy, ausquels le duc de Lancastre fist l moult 2 bonne chière, et vindrent là grant foison de prélats, archevesques, évesques et abbés.

Adont vint le duc de Henry de Lancastre accompaignié de ces seigneurs prélats, de ducs, de contes, de barons et de chevalliers et grant nombre des plus notables hommes de Londres, au conseil, ens ou chastel, et tous montés à cheval, et descendirent en la place et entrèrent dedens le chastel, et fut mis le roy Richart hors de la Tour, et vint en la salle appareillié et ordonné comme roy, en mantel ouvert, tenant le 3 ceptre 4 et la couronne dont il avoit esté couronné, sus son chief ; mais il ne fut adextré de personne nulle, ne tenu, lorsqu'il parla, et dist ainsi, 5 oyans 6 tous ceulx qui là estoient : « J'ay esté roy d' Ance gleterre, duc d'Acquitaine et sire d'Irlande environ vingt- « et-deux ans, laquelle royaulté 7, ceptre, couronne et « héritage je résigne purement et quittement à mon cou- * « sin Henry duc de Lancastre, et luy prie en la présence « de vous tous que il prende le ceptre en cause de posses- « sion. » Adont 8 rendy-il 9 le ceptre au duc de Lancastre , qui le prist, et tantost il le bailla à l'archevesque de Cantorbie, lequel le prist et tint en sa main. Secondement le roy Richart prist la couronne d'or de dessus son chief à deux mains et la mist devant luy, et dist ainsi : « Henry, beau « cousin, duc de Lancastre, je vous donne et rapporte en « vostre main ceste couronne, de laquelle j;ay esté nommé « roy d'Angleterre, et aveuc ce toutes les droittures qui y

'-* Tîès. — 5-4 Sceptre. — 5-6 Devant. — 7 Seigneurie — s 9 Tendit-il..

« appendent, ne appartiennent. » Le duc de Lancastre la prinst, et ' tantost l'archevesque de 2 Yorch 3 fut appareillié, qui la prinst ens es mains du duc.

Ces deux choses ainsi faittes et la résignation proposée et ditte par Richart de Bourdeaulx , le duc Henry de Lancastre appella ung notaire publique, et en demanda à avoir lettres sus les tesmoingnages des prélats et des princes, barons et chevalliers qui là estoient. Et assés tost après Richart de Bourdeaulx retourna 4 tout le pas 5 dont il estoit yssu, et le duc de Lancastre et tous les seigneurs qui là estoient venus, montèrent à cheval. Et furent de là emportés en custodes et en coffres les deux nobles et solempnels joiaulx dessus nommés et mis en la trésorerie de l'abbaye de Wesmoustier. Et retournèrent tous les seigneurs 6 en leurs hostels 7, où ils attendirent le jour du conseil et du parlement qui, comme dit est, se devoit tenir à Wesmoustier pour le fait du couronnement du roy Henry, ainsi que il estoit conclud.

En l'an de grâce Nostre-Seigneur mil CCCC ung moins, advint en Angleterre ou mois de septembre et le darrainjour d'icelluy mois par ung mardy, que Henry le duc de Lancastre tint parlement au palais de Wesmoustier qui est dehors Londres, et audit parlement furent assamblés tous les prélats et le clergié du royaulme d'Angleterre la plus grant partie, et en après y furent tous les ducs, contes et nobles du dit royaulme, et aussi du commun de chascune ville une quantité de gens selon ce que les villes estoient. Et là fut tout le dit poeupîe assamblé à Wesmoustier ce mardi devant dit, présent le duc de Lancastre et ses gens.

1 Là. — 23 Cantorbie. — i 8 Là.. Au lieu. — 6-7 Chascun en son hostel.

Page 1