‹ ŒuvresChapitre 118 sur 279 · PARTIE I, LETTRE LXV. 2JÇ · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE LXV. 2JÇ

il a instamment demandé à t écrire, mais je me suis gardée de le permettre. Je prévoyois qu un excès d attendrissement lui relàcheroit trop le cœur, et qu'à peine seroit-il au milieu de sa lettre qu'il n'y auroit plus moyen de le faire partir. Tous les délais sont dangereux , lui ai-je dit ; hàtez-vous d'arriver à la première station, d'où vous pourrez lui écrire à votre aise. En disant cela , j'ai fait signe à M. d'Orbe ; je me suis avancée, et, le cœur gros de sanglots, j'ai collé mon visage sur le sien : je n'ai plus su ce qu'il devenoit; les larmes m'offusquoient la vue, ma tête commençoit à se perdre , et il étoit temps que mon rôle finît.

Un moment après je les ai entendus descendre précipitamment. Je suis sortie sur le palier pour les suivre des yeux. Ce dernier trait manquoit à mon trouble. J'ai vu l'insensé se jeter à genoux au milieu de l'escalier, en baiser mille fois les marches, et dOrbe pouvoir à peine l'arracher de cette froide pierre qu'il pressoit de son corps , de la tête , et des bras , en poussant de longs gémissements. J'ai senti les miens prêts d'éclater malgré moi , et je suis brusquement rentrée, de peur de donner une scène à toute la maison.

A quelques instants de là , M. d'Orbe est revenu tenant son mouchoir sur ses yeux. C en est fait, m'at-il dit, ils sont en route. En arrivant chez lui, votre ami a trouvé la chaise à sa porte. Milord Edouard l'y attendoit aussi ; il a couru au-devant de lui ; et le serrant contre sa poitrine : Viens, homme infortuné , lui at-il dit d'un ton pénétré, viens verser tes douleurs dans ce coeur qui t'aime. Viens, tu sentiras peut-être quon n'a

2Go LA NOUVELLE HÉLOÏSE.

pas tout perdu sur la tene , quand on y retrouve un ami tel que moi. A l'instant, il l'a porté d'un bras vigoureux dans la chaise, et ils sont partis en se tenant étroitement embrassés.

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