‹ ŒuvresChapitre 120 sur 279 · PARTIE II, LETTRE I · texte numérisé non relu

PARTIE II, LETTRE I

image adorée, remplir un cœur qui ne vit que par toi; suis-moi dans mon exil, console-moi dans mes peines, ranime et soutiens mon espérance éteinte. Toujours ce cœur infortuné sera ton sanctuaire inviolable , d'où le sort ni les hommes ne pourront jamais tarracher. Si je suis mort au bonheur , je ne le suis point à 1 amour qui m'en rend digne- Cet amour est invincible comme le charme qui la lait naître ; il est fondé sur la base inébranlable du mérite et des vertus ; il ne peut périr dans une aine immortelle ; il n'a plus besoin de l'appui de 1 espérance , et le passé lui donne des forces pour un avenir éternel.

Mais toi , Julie, 6 toi qui sus aimer une fois, comment ton tendre cœur a-t-il oublie de vivre? comment ce feu sacré s'est-il éteint dans ton ame pure? comment as-tu perdu le goût de ces plaisirs célestes que toi seule étois capable de sentir et de rendre? Tu me chasses sans pitié , tu me bannis avec opprobre , tu me livres à mon désespoir; et tune vois pas, dans Terreur qui tégare, quen me rendant misérable tu t'êtes le bonheur de tes jours ! Ah ! Julie , crois-moi , tu chercheras vainement un autre cœur ami du tien : mille t adoreront sans doute , le mien seul te savoit aimer.

Réponds-moi maintenant, amante dbusée ou trompeuse y que sont devenus ces projets formés avec tant de mystère ? où sont ces vaines espérances dont tu leurras si souvent ma crédule simplicité ? Où est cette union sainte et désirée , doux objet de tant d'ardents soupirs, et dont ta plume et ta bouche flattoient mes vœux? Hélas ! sur la foi de tes promesses j osois aspirer à ce nom sacré d époux , et me croyois déjà le plus

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heureux des hommes. Dis, cruelle, ne m abusois-tu que pour rendre enfin ma douleur plus vive et mon humiliation plus profonde? Ai-je attiré mes malheurs par ma faute? Ai-je manqué d obéissance, de docilité, de discrétion? M'as-tu vu désirer assez foihlement pour mériter d être éconduit , ou préférer mes fougueux désirs à tes volontés suprêmes ? J'ai tout fait pour te plaire , et tu m'abandonnes ! tu te chargeois de mon bonheur, et tu mas perdu ! Ingrate, rendsmoi compte du dépôt que je t'ai confié; rends-moi compte de moi-même , après avoir égaré mon cœur dans cette suprême félicité que tu mas montrée et que tu m'enlèves . Anges du ciel , j'eusse méprisé votre sort ; j'eusse été le plus heureux des êtres... Hélas! je ne suis plus rien, un instant m'a tout ôté. J'ai passé sans intervalle du comble des plaisirs aux regrets éternels : je touche encore au bonheur qui m'échappe. . . j'y touche encore, et le perds pour jamais!... Ah ! si je le pouvois croire ! si les restes d'une espérance vaine ne soutenoient... O rochers de Meillerie, que mon oeil égaré mesura tant de fois , que ne servîtes-vous mon désespoir? J'aurois moins regretté la vie quand je n'en avois pas senti le prix.

LETTRE II

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