PARTIE II, LETTRE VH, 2q
pose pas, od n'asservit <ju un corps sans arae : la personne et la foi restent séparément engagées, et Ion force au crime une malheureuse victime en la forçant de manquer île part ou d'autre au devoir sacré de la fidélité. Il en est de plus sages. Ah! je le sais. Elles n'ont point aimé : qu elles sont heureuses ! Elles résistent : j'ai voulu résister. Elles sont plus vertueuses : aiment-elles mieux la vertu? Sans toi, sans toi seul, je laurois toujours aimée. Il est donc vrai que je ne 1 aime plus?... Tu mas perdue, et c'est moi qui te console!... Mais moi que vais-je devenir?.... Que les consolations de l'amitié sont foibles où manquent celles de 1 amour! Qui me consolera donc dans mes peines? Quel sort affreux j envisage, moi qui, pour avoir vécu dans le crime, ne vois plus qu'un nouveau crime dans des nœuds abhorrés et peut-être inévitables? Où trouverai-je assez de larmes pour pleurer ma faute et mon amant, si je cède? Où trouverai-je assez de force pour résister, dans l'abattement où je suis? Je crois déjà voir les fureurs d'un père irrité. Je crois déjà sentir le cri de la nature émouvoir mes entrailles, ou l'amour gémissant déchirer mon cœur. Privée de toi , je reste sans ressource , sans appui , sans espoir; le passé m'avilit, le présent m'afflige, l'avenir m épouvante. J'ai cru tout faire pour notre bonheur, je n'ai fait que nous rendre plus misérables en nous préj tarant une séparation plus cruelle. Les vains plaisirs ne sont plus, les remords demeurent; et la honte qui m humilie est sans dédommagement.
C est à moi , c'est à moi d être fbible et malheureuse. Ltaisse-moi pleurer et souffrir; mes pleurs ne peuvent
non plus tarir que mes fautes se réparer, et le temps même qui guérit tout ne m'offre que de nouveaux sujets de larmes. Mais toi qui n'as nulle violence à craindre , que la honte n'avilit point, que rien ne force à déguiser bassement tes sentiments ; toi qui ne sens que l'atteinte du malheur et jouis au moins de tes premières vertus, comment t'oses-tu dégrader au point de soupirer et gémir comme une femme , et de Remporter comme un furieux? IS est-ce pas assez du mépris que j'ai mérité pour toi, sans laugmenter en te rendant méprisable toi-même, et sans m accabler à-la-fois de mon opprobre et du tien? Rappelle donc ta fermeté , sache supporter 1 infortune, et sois homme. Sois encore, si j ose le dire, l'amant que Julie a choisi. Ah! si }e ne suis plus digne d'animer ton courage, souvienstoi du moins de ce que je fus un jour; mérite que pour toi j aie cessé de l'être ; ne me déshonore pas deux fois.
Non, mon respectable ami, ce n est point toi que je 1 econnois dans cette lettre efféminée que je veux à jamais oublier, et que je tiens déjà désavouée par toimême. J'espère, tout avilie, toute confuse que je suis, j'ose espérer que mon souvenir n'inspire point des sentiments si bas , que mon image régne encore avec plus de gloire dans un cœur que je pus enflammer, et que je n aurai point à me reprocher, avec ma foiblesse, la lâcheté de cehii qui la causée.
Heureux dans ta disgrâce, tu trouves le plus précieux dédommagement qui soit connu des âmes sensibles. Le ciel dans ton malheur te donne un ami , et te laisse à douter si ce qu'il te rend ne vaut pas mieux que ce quil t'ôte. Admire et chéris cet homme trop