‹ ŒuvresChapitre 177 sur 279 · PARTIE II, LETTRE XVIII · texte numérisé non relu

PARTIE II, LETTRE XVIII

A propos do cette grande ville, oserois-je re!< \. r une affectation queje remarque dans tes lettres? '1 < i qui nie parlyis dts Valaisanes avec tant de plaisir, pourquoi ne me dis-tu rien des Parisiennes? Ces femmes galantes et célèbres valent- elles moins la peine d'être dépeintes que quelques montagnardes simples et grossières. Crains-tu peut-être de me donner de l'inquiétude par le tableau des plus séduisantes personnes de l'univers? Désanuse-toi , mon ami; ce que tu peux l'aire de pis pour mon repos est de ne me point parler d'elles; et, quoi que tu in en puisses dire , ton silence à leur égard m'est beaucoup plus suspect que tes éloges.

Je serois bien aise aussi d'avoir un petit mot sur l'Opéra de Paris, dont on dit ici des merveilles ' ; car enfin la musique peut être mauvaise, et le spectacle avoir ses beautés : s il n'en a pas, c'est un sujet pour ta médisance, et du moins tu n'offenseras personne.

Je ne sais si c'est la peine de te dire qu'à l'occasion de la noce il m'est encore venu ees jours passes deux épouseurs comme par rendez-vous : l'un d'Yverdun, gîtant, chassant de château en château; l'autre du pavs allemand, par le coche dé Berne. Le premier est une manière de petit-maître, parlant assez résolument pour faire trouver ses reparties spirituelles à ceux qui n'en écoutent que le ton; l'autre est un grand nigaud timide,

Tauroii bien mauvaise opinion de ceux qui, connoissant lie caractère et la situation de Julie, ne de-, ineroient pa> a l'instant que cette curiosité' ne vient point d'elle. On verra bi< î.t. t que son amant n'y a pas été' trompé; s'il l'eût été, il ne l'auroit plus aimée.

non de cette aimable timidité qui vient de la crainte de déplaire, mais de l'embarras d'un sot qui ne sait que dire, et du malaise d'un libertin qui ne se sent pas »sa place auprès' d'une honnête fdle. Sachant très positivement les intentions de mon père au sujet de ces deux messieurs, j'use avec plaisir de la liberté qu'il me laisse de les traiter à ma fantaisie, et je ne crois pas que cette fantaisie laisse durer long-temps celle qui les amène. Je les hais doser attaquer un cœur où tu régnes, sans armes- pour le le disputer : s'ils en avoient, je lé*s haïrois davantage encore ; mais où les prendroient-ils, eux, et d'autres, et tout l'univers? Non, non; sois tranquille, mon aimable ami:. quand je retrouverois un mérite égal au tien, quand il se présenteroit un autre toi-même, encore le premier venu seroit-il le seul écouté. Ne t'inquiète donc point de ces deux espèces dont je daigne à peine te parler. Quel plaisir j'aurois à leur mesurer deux doses de dégoût si parfaitement égales, qu'ils prissent la résolution de partir ensemble comme ils sont venus , et que je pusse t'apprendre à-la-fois le départ de tous deux!

M» de Crouzas vient de nous donner une réfutation des Épîtres de Pope, que j'ai lue avec ennui. Je ne sais pas au vrai lequel des deux auteurs a raison ; mais je sais bien que le livre de M. de Crouzas ne fera jamais faire une bonne action, et qu'il n'y a rien de bon qu'on ne soit tenté de faire en quittant celui de Pope. Je n'ai point, pour moi, d'autre manière déjuger de mes lectures qije de sonder les dispositions où elles laissent mon ame, et j'imagine à peine quelle sorte de bonté

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