‹ ŒuvresChapitre 2 sur 279 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

pas à la vertu. 11 doit déplaire aux dévots, aux libertins, aux philosophes; il doit choquer les femmes galantes , et scandaliser les honnêtes femmes. A qui plaira-t-il donc? Peut-être à moi seul; mais à coup sûr il ne plaira médiocrement à personne.

Quiconque veut se résoudre à lire ces lettres doit s'armer de patience sur les fautes de langue, sur le style emphatique et plat , sur les pensées communes rendues en termes ampoulés; il doit se dire d'avance que ceux qui les écrivent ne sont pas des Français, des beaux esprits, des académiciens, des philosophes, mais des provinciaux , des étrangers , des solitaires . des jeunes gens , presque des enfants $ qui , dans leurs imaginations romanesques, prennent pour de la philosophie les honnêtes délires de leur cerveau.

Pourquoi crainda ois-je de dire ce que je pense? Ce recueil avec son gothique ton convient mieux aux femmes que les livres de philosophie : il peut même être utile à celles qui, dans une vie déréglée, ont conservé quelque amour pour l'honnêteté. Quant aux filles, c'est autre chose. Jamais fille chaste n'a lu de romans ; et j'ai mis à celui-ci un titre assez décidé pour qu'en l'ouvrant on sût à quoi s'en tenir. Celle qui, malgré ce titre, en osera lire une seule \ page est une fille perdue : mais qu'elle n'impute point sa perte à ce livre; le mal étoit fait d'avance. Puisqu'elle a commencé, quelle achève de lire : elle n'a plus rien à risquer.

Qu'un homme austère, en parcourant ce recueil , se rebute aux premières parties, jette le livre avec colère, et s'indigne contre l'éditeur, je ne me plaindrai point de son injustice : à sa place, j'en aurois pu faire autant. Que si , après l'avoir lu tout entier, quelqu'un m'osoit blâmer de l'avoir publié, qu'il le dise, s'il veut, à toute la terre, mais qu'il ne vienne pas me le dire : je sens que je ne pourrois de ma vie estimer cet homme-la.

PHÉFACE.

N. B. L'alinéa suivant, qu'on ne voir dans aucune éditi m de !a Nouvelle Héloïse, se trouvç bien écrit de la main de Rousseau, et sans la moindre rature, dans l'un des deux manuscrits que nous avons collationnés au comité d'instruction publique : c'est celui quia servi à taire la première édition', dont les épreuves ont été vues et corrigées par l'auteur. Nous avons cette édition sous les yeuv. Le manuscrit Luxembourg * ("Vby. les Confessions livre X) n'a point de préface. (Noie des éditeurs de l'édition in-4"de 1 7 ç^ 3 )

Allez, bonnes gens avec qui j'aimai tant h vivre, et qui m'avez si souvent consolides outrages des méchants} allez au loin chercher vos semblables ; fuyez les villes, ce n'est pas là que vous les trouverez. Allez dans '■d'humbles retraites amuser quelque couple d'époux fidèles, dont l'u-. nion se resserre aux charmes de la votre; quelque homme simple et sensinle'qui sache aimer votre état; quelque solitaire ennuyé du monde , qui , blâmant vos erreurs et vos fautes, se dise pourtant avec attendrissement : Ah! voilà les âmes qu'il falloit à la mienne !

C'est celui qui est à la Bibliothèque du Corp; législatif

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