‹ ŒuvresChapitre 206 sur 279 · PARTIE II, LETTRE XXVI · texte numérisé non relu

PARTIE II, LETTRE XXVI

dû causer. D'abord tout cela ne fit sur moi qu'un effet contraire, et tous leurs efforts pour me séduire ne servaient qu à me rebuter. Douce pudeur, disois-je en moimême, suprême volupté de l'amour, que de charmes perd une femme au moment qu'elle renonce à toi ! combien, si elles connoissoient ton empire, elles mettroient de soins à te conserver , sinon par honnêteté , du moins par coquetterie ! mais on ne joue point la pudeur, il n'y a pas d artifice plus ridicule que celui qui la veut imiter. Quelle différence, pensois-je encore, de la grossière impudence de ces créatures et de leurs équivoques licencieuses à ces regards timides et passionnés, à ces propos pleins de modestie, de grâce et de sentiment, dont.... Je n'osois achever ; je rougissois de ces indignes comparaisons.... Je me reprochois comme autant de crimes les charmants souvenirs qui me poursuivoient malgré moi.... En quels lieux osoisje penser à celle.... Hélas! ne pouvant écarter de mon cœur une trop chère image, je mefforçois de la voiler. Le bruit, les propos que j'entendois, les objets qui lrappoient mes yeux, m'échauffèrent insensiblement : mes deux voisines ne cessoient de me faire des agaceries, qui furent enfin poussées trop loin pour me laisser de sang froid. Je sentis que ma tête s'embarrassoit : j'avois toujours bu mon vin fort trempé, j'y mis plus d'eau encore, et enfin je m'avisai de la boire pure. Alors seulement je m'aperçus que cette eau prétendue étoit du vin blanc , et que j'avois été trompé tout le long du repas. Je ne fis point des plaintes qui ne m'auraient attiré que des railleries. Je cessai de boire. Il n'étoit plus temps; le mal étoit fait. L'ivresse ne tardj

pas à m1ôter le peu de connoissance qui me restoit. Je fus surpris , en revenant à moi , de me trouver dans un cabinet reculé , entre les bras d'une de ces créatures, et j eus au même instant le désespoir de me sentir aussi coupable que je pouvois l'être....

J'ai fini ce récit affreux : qu'il ne souille plus tes regards ni ma mémoire. O toi dont j'attends mon jugement, j'implore ta rigueur, je la mérite. Quel que soit mon châtiment, il me sera moins cruel que le souvenir de mon crime.

LETTRE XXVIL

DE JULIE

Rassurez-vous sur la crainte de m'avoir irritée; votre lettre m'a donné plus de douleur que de colère. Ce n'est pas moi , c'est vous que vous avez offensé par un désordre auquel le cœur n'eut point de part. Je n'en suis que plus affligée : j'aimerois mieux vous voir m'outrager que vous avilir, et le mal que vous vous faites est le seul que je ne puis vous pardonner.

A ne regarder que la faute dont vous rougissez , vous vous trouvez bien plus coupable que vous ne l'êtes, et je ne vois guère en cette occasion que de l'imprudence à vous reprocher : mais ceci vient de plus loin et tient à une plus profonde racine, que vous n'apercevez pas, et qu'il faut que l'amitié vous découvre.

Votre première erreur est d'avoir pris une mauvaise route en entrant dans le monde : plus vous avancez ,

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