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tout vous prescrit votre devoir : vous pouvez réparer le mal que vous avez fait; vous pouvez vous Fendre digne de Julie, et justifier sa faute en renonçant à elle; et si votre cœur ne m'a point trompée, il n'y a plus que la grandeur" d un tel sacrifice qui puisse répondre à celle de l'amour qui l exige. Fondée sur I estime que j'eus toujours pour vos sentiments, et sur ce que la plus tendre union qui fut jamais lui doit ajouter de force, j'ai promis en votre nom tout ce que vous devez tenir : osez me démentir si j'ai trop présumé de vous, ou soyez aujourd hui ce que vous devez être. Il faut immoler votre maîtresse ou* votre amour l'un à l'autre, et vous montrer le plus lâche ou le plus ver-» tueux des hommes.
Cette mère infortunée a voulu vous écrire ; elle a voit même commencé. O dieu ! que de coups de poignard vous eussent portés ses plaintes amères ! Que ses touchants reproches vous eussent déchiré le cœur ! Que ses humbles prières vous eussent pénétré de honte! J'ai mis en pièces cette lettre accablante que vous n eussiez jamais supportée : je n'ai pu souffrir ce comble d'horreur de voir une mère humiliée devant le séducteur de sa fille : vous êtes digne au moins qu'on n'emploie pas avec vous de pareils moyens, faits pour fléchir des monstres, et pour faire mourir de douleur un homme sensible.
Si c'étoit ici le premier effort que l'amour vous eût demandé, je pourrois douter du succès, et balancer sur l'estime qui vous est due : mais le sacrifice que vous avez fait à L'honneur de Julie en quittant ce pays m'est garant de celui que vous allez faire à son repos
en rompant un commerce inutile. Les premiers actes de vertu sont toujours les plus pénibles, et vous ne perdrez point le prix d un effort qui vous a tant coûté , en vous obstinant à soutenir une vaine correspondance dont les risques sont terribles pour votre Dînante, les dédommagements nuls pour tous les deux, et qui ne fait que prolonger sans fruit les tourments de l'un et de l'autre. IN'en doutez plus, cette Julie qui vous fut si chère ne doit rien être à celui quelle a tant aimé : voijs vous dissimulez en vain vos malheurs; vous la perdîtes au moment que vous vous séparâtes délie, ou plutôt le ciel vous l'avoit ôtée même avant qu'elle se donnât à vous; car son père la promit dès son retour; et vous savez trop que la parole de cet homme inflexible est irrévocable. De quelque manière que vous vous comportiez, l'invincible sort s'oppose à vos vœux , et vous ne la posséderez jamais. L'unique choix qui vous reste à faire est de la précipiter dans un abîme de malheurs et d'opprobres, ou d'honorer en elle ce que vous avez adoré, et de lui rendre, au lieu du bonheur perdu , la sagesse, la paix, la sûreté du moins dont vos fatales liaisons la privent. Que vous seriez attristé, que vous vous consumeriez en regrets , si vous pouviez contempler létat actuel de cette malheureuse amie , et l'avilissement où la réduisent le remords et la honte! Que son lustre est terni! que ses grâces sont languissantes! que tous ses sentiments si charmants et si doux se fondent tristement dans le seul qui les absorbe! L'amitié même en est attiédie ; à peine partage-t-elle encore le plaisir que je goûte à la voir; et son cœur malade ne sait plus