‹ ŒuvresChapitre 274 sur 279 · PARTIE III, LETTRE X\II. S5g · texte numérisé non relu

PARTIE III, LETTRE X\II. S5g

core un tribut à la gloire du nom romain , afin qu'on ne vît dans aucun deux le spectacle indigne de vrais citoyens servant un usurpateur.

Mais toi, qui es-tu? qu'as-tu fait? Crois-tu t'excuser sur ton obscurité? ta foiblesse t'exemptc-t-elle de tes devoirs? et pour n'avoir ni nom ni rang dans ta patrie, en es-tu moins soumis à ses lois? Il te sied bien doser parler de mourir, tandis que tu dois l'usage de ta vie à tes semblables! Apprends qu'une mort telle que tu la médites est honteuse et furtive; c'est un vol fait au genre humain. Avant de le quitter, rends-lui ce qu'il a fait pour toi. Mais je ne tiens à rien. . . je suis inutile au monde. . . Philosophe d'un jour! ignores-tu que tu ne saurois faire un pas sur la terre sans y trouver quelque devoir à remplir; et que tout homme est utile à l'humanité par cela seul qu'il existe?

Ecoute-moi, jeune insensé : tu m'es cher, j'ai pitié de tes erreurs. S'il te reste au fond du cœur le moindre sentiment de vertu, viens, que je t'apprenne à aimer la vie. Chaque fois que tu seras tenté d'en sortir, dis en toi-même : « Que je fasse encore une bonne « action avant que de mourir. » Puis va chercher quelque indigent à secourir, quelque infortuné à consoler, quelque opprimé à défendre. Rapproche de moi les malheureux que mon abord intimide : ne crains d'abuser ni de ma bourse ni de mon crédit; prends, épuise mes biens, fais-moi riche. Si cette considération te retient aujourd'hui, elle te retiendra encore demain, après demain, toute ta vie. Si elle ne te retient pas, meurs : tu n'es qu'un méchant.

5bO LA NOUVELLE HËLOÏSE.

LETTRE XXIII

DE MILORD EDOUARD A l' AMANT DE JULIE.

Je ne pourrai, mon cher, vous embrasser aujourd'hui comme je l'avois espéré, et Ion me retient encore pour deux jours à Kensington. Le train de la cour est qu on y travaille beaucoup sans rien faire, et que toutes les affaires s v succèdent sans s'achever. Celle qui m'arrête ici depuis huit jours ne demandoit pas deux heures : mais , comme la plus importante affaire des ministres est d'avoir toujours l'air affairé , ils perdent plus de temps à me remettre qu'ils n'en auroient mis à m expédier. Mon impatience un peu trop visible n'abrège pas ces délais. Vous savez que la cour ne me convient guère; elle m'est encore plus insupportable depuis que nous vivons ensemble, et j'aime cent fois mieux partager votre mélancolie que 1 ennui des valets qui peuplent ce pays.

Cependant , en causant avec ces empressés fainéants, il m'est venu une idée qui vous regarde, et sur laquelle je n'attends que votre aveu pour disposer de vous. Je vois qu'en combattant vos peines vous souffrez à-la-fois dvi mal et de la résistance. Si vous voulez vivre et guérir, c'est moins pareeque lhonneur et la raison l'exigent que pour complaire à vos amis. Mon cher, ce n'est pas assez : il faut reprendre le goût de la vie pour en bien remplir les devoirs, et avec tant d'indifférence pour toute chose, on ne réussit jamais à rien. Nous avons beau faire 1 un et l'autre,

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