‹ ŒuvresChapitre 29 sur 279 · PARTIE I, LETTRE XV. 8l · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE XV. 8l

à présent qu'il ne fait pas encore froid. Quoique l'automne suit encore agréable ici , vous voyez déjà blanchir la pointe de la Dent-de-J amant ■ , et dans six semaines je ne vous laisserais pas faire ce voyage dans un pays si rude. Tâchez donc de partir dès demain : vous m'écrirez à 1 adresse que je vous envoie, et vous m'enverrez la vôtre quand vous serez arrivé à Sion.

Vous n'avez jamais voulu me parler de l'état de vos affaires ; mais vous n êtes pas dans votre patrie : je sais que vous y avez peu de fortune et que vous ne faites que la déranger ici , où vous ne resteriez pas sans moi. Je puis donc supposer qu'une partie de votre bourse est dans la mienne, et je vous envoie un léger à-compte dans celle que renferme cette boite qu il ne faut pas ouvrir devant le porteur. Je n'ai garde daller au-devant des difficultés, je vous estime trop pour vous croire capable d'en faire.

Je vous défends, non seulement de retourner sans mon ordre, mais de venir nous dire adieu. Vous pouvez écrire à ma mère ou à moi, simplement pour nous avertir que vous êtes forcé de partir sur-le-champ pour une affaire imprévue, et me donner, si vous voulez , quelques avis sur mes lectures jusqu'à votre retour. Tout cela doit être fait naturellement et sans aucune apparence de mystère. Adieu, mon ami ; n'oubliez pas que vous emportez le cœur et le repos de Julie.

' Haute montagne du pays Je Vaud.

LETTRE XVI

RÉPONSE

Je relis votre terrible lettre, et je frissonne à chaque ligne. J'obéirai pourtant , je 1 ai promis , je le dois ; j'obéirai. Mais vous ne savez pas, non, barbare, vous ne saurez jamais ce qu un tel sacrifice coûte à mon cœur. Ah ! vous n'aviez pas besoin de 1 épreuve du bosquet pour me le rendre sensible : c'est un raffinement de cruauté perdu pour votre ame impitoyable , et je puis au moins vous défier de me rendre plus malheureux.

Vous recevrez votre boîte dans le même état où vous lavez envoyée. C est trop d'ajouter l'opprobre à la cruauté; si je vous ai laissée maîtresse de mon sort, je ne vous ai point laissée 1 arbitre de mon honneur. C'est un dépôt sacré (Tunique, hélas! qui me reste), dont jusqu à la fin de ma vie nul ne sera chargé que moi seul.

LETTRE XVII

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