‹ ŒuvresChapitre 31 sur 279 · PARTIE I, LETTRE XVII. cS · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE XVII. cS

faux point d'honneur, si vous me renvoyez encore une fois la boîte sans justification, ou que votre justification soit mauvaise, il faudra ne nous plus voir. Adieu ; pensez-y.

LETTRE XVIII

A JULIE

J'ai reçu vos dons , je suis parti sans vous voir , me voici bien loin de vous; étes-vous contente do vos tvrannies, et vous ai-je assez obéi?

Je ne puis vous parler de mon voyage; à peine saisje comment il s est fait. J'ai mis trois jours à faire vingt lieues ; chaque pas qui m'éloignoit de vous séparoit mon corps de mon ame, et me donnoit un sentiment anticipé de la mort. Je voulois vous décrire ce que je verrois. Vain projet! Je n'ai rien vu que vous, et ne puis vous peindre que Julie. Les puissantes émotions que je viens d'éprouver coup sur coup m'ont jeté dans des distractions continuelles ; je me sentois toujours où je n'étois point : à peine avois-je assez de présence d'esprit pour suivre et demander mon chemin , et je suis arrivé à Sion sans être parti de Vevai.

C est ainsi que j'ai trouvé le secret d'éluder votre rigueur et de vous voir sans vous désobéir. Oui , cruelle, quoi que vous ayez su faire, vous n'avez pu me séparer de vous tout entier. Je n'ai traîné dans mon exil que la moindre partie de moi-même : tout ce qu'il y a de vivant en moi demeure auprès de vous

sans cesse. Il erre impunément sur vos yeux , sur vos lèvres , sur votre sein , sur tous vos charmes ; il pénétre partout comme une vapeur subtile; et je suis plus heureux en dépit de vous que je ne fus jamais de votre gré.

J'ai ici quelques personnes à voir, quelques affaires à traiter; voilà ce qui me désole. Je ne suis pointa plaindre dans la solitude où je puis m'occuper de vous et me transporter aux lieux où vous êtes. La vie active qui me rappelle à moi tout entier m'est seule insupportable. Je vais faire mal et vite , pour être promptement libre , et pouvoir m'égarer à mon aise dans les lieux sauvages qui forment à mes yeux les charmes de ce pays. Il faut tout fuir et vivre seul au monde, quand on n'y peut vivre avec vous.

LETTRE XIX

A JULIE

Rien ne m'arrête plus ici que vos ordres; cinq jours que j'y ai passés ont suffi et au-delà pour mes affaires ; si toutefois on peut appeler des affaires celles où le cœur n'a point de part. Enfin vous n'avez plus de prétexte, et ne pouvez me retenir loin de vous qu afin de me tourmenter.

Je commence à être fort inquiet du sort de ma première lettre ; elle fut écrite et mise à la poste en arrivant ; l'adresse en est fidèlement copiée sur celle que vous m'envoyâtes ; je vous ai envoyé la mienne avec

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