‹ ŒuvresChapitre 44 sur 279 · PARTIE I, LETTRE XXV. Ii · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE XXV. Ii

tlu courage et des sacrifices '. Le premier mouvement aux attaques vives est de résister; et nous vaincrons , je l'espère , tant que l'ennemi nous avertira de prendre les armes. C'est au milieu du sommeil, c'est dans le sein d'un doux repos , qu'il faut se défier des surprises : mais c'est surtout la continuité des maux qui rend leur poids insupportable ; et lame résiste bien plus aisément aux "vives douleurs qu'à la tristesse prolongée. Voilà , mon ami , la dure espèce de combat que nous aurons désormais à soutenir : ce ne sont point des actions héroïques que le devoir nous demande, mais une résistance plus héroïque encore à des peines sans relâche.

Je l'avois trop prévu ; le temps du bonheur est passé comme un éclair; celui des disgrâces commence, sans que rien m'aide à juger quand il finira. Tout m'alarme et me décourage ; une langueur mortelle s'empare de mon ame; sans sujet bien précis de pleurer, des pleurs involontaires s'échappent de mes yeux; je ne lis pas dans l'avenir des maux inévitables; mais je cultivois l'espérance, et la vois flétrir tous les jours. Que sert, hélas ! d'arroser le feuillage quand l'arbre est coupé par le pied?

Je le sens, mon ami, le poids de l'absence m'accable. Je ne puis vivre sans toi , je le sens ; c'est ce qui m'effraie le plus. Je parcours cent fois le jour les lieux que nous habitions ensemble, et ne t'y trouve jamais. Je t'attends à ton heure ordinaire, l'heure passe, et tu ne viens point. Tous les objets que j'aperçois me por-

' On verra bientôt que la prédiction ne sauroit plus mal cadrer avec l'événement.

vi. 8

il4 LA NOUVELLE HÉLOÏSE.

tent quelque idée de ta présence pour m'avertir que je t'ai perdu. Tu n'as point ce supplice affreux. Ton cœur seul peut te dire que je te manque. Ah! si tu savois quel pire tourment c'est de rester quand on se sépare , combien tu préfèrerois ton état au mien !

Encore si j'osois gémir, si j'osois parler de mes peines, je me sentirois soulagée des maux dont je pourrois me plaindre : mais, hors quelques soupirs exhalés en secret dans le sein de ma cousine , il faut étouffer tous les autres ; il faut contenir mes larmes ; il faut sourire quand je me meurs.

Sentirsi, oh Dei ! morir, E non poter mai dir :

Morir mi sento '.

Le pis est que tous ces maux aggravent sans cesse mon plus grand mal ; et que plus ton souvenir me désole , plus j'aime à me le rappeler. Dis-moi , mon ami , mon doux ami! sens-tu combien un cœur languissant est tendre , et combien la tristesse fait fermenter l'amour?

Je voulois vous parler de mille choses; mais, outre qu'il vaut mieux attendre de savoir positivement où vous êtes , il ne m'est pas possible de continuer cette lettre dans l'état où je me trouve en l'écrivant. Adieu, mon ami; je quitte la plume, mais croyez que je ne vous quitte pas.

Odieux '. se sentir mourir, et n'oser dire , Je me sens mourir.

Metast.

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