‹ ŒuvresChapitre 43 sur 279 · PARTIE I, LETTRE XXIV. m · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE XXIV. m

elle honorer un homme qui se déshonore? Comment pourra-t-il adorer lui-même celle qui n'a pas craint de s'abandonner ù un vil corrupteur? Ainsi bientôt ils se mépriseront mutuellement ; 1 amour ne sera plus pour eux qu un honteux commerce; ils auront perdu lhonneur, et n'auront point trouvé la félicité.

Il n'en est pas ainsi, ma Julie, entre deux amants de même âge, tous deux épris (]a même feu, qu'un mutuel attachement unit, qu'aiu un lien particulier ne gêne, qui jouissent tous deux de leur promit : .■ liberté, et dont aucun droit ne proscrit l'engagement réciproque. Les lois les plus sévères ne peinent leur imposer d'autre peine que le prix même de leur amour ; la seule punition de s'être aimés est l'obligation de s'aimer à jamais ; et s'il est quelques malheureux climats au monde où l'homme barbare brise ces innocentes chaînes, il en est puni sans doute par les crimes que cette contrainte engendre.

Voilà mes raisons , sage et vertueuse Julie ; elles ne sont qu'un froid commentaire de celles que vous m'exposâtes avec tant d'énergie et de vivacité dans une de vos lettres ; mais c'en est assez pour vous montrer combien je m'en suis pénétré. Vous vous souvenez que je n'insistai point sur mon refus , et que, malgré la répugnance que le préjugé m'a laissée, j'acceptai vos dons en silence, ne trouvant point en effet dans le véritable honneur de solide raison pour les refuser. Mais ici le devoir, la Faison, l'amour même, tout parle d'un ton que je ne peux méconnoitre. S'il faut choisir entre l'honneur et vous, mon cœur est prêt à vous

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perdre. Il vous aime trop, ô Julie! pour vous conserver à ce prix.

LETTRE XXV

DE JULIE

La relation de votre voyage est charmante, mon bon ami; elle me feroit aimer celui qui Ta écrite, quand même je ne le connoîtrois pas. J'ai pourtant à vous tancer sur un passage dont vous vous doutez bien , quoique je n'aie pu m'empêcher de rire de la ruse avec laquelle vous vous êtes mis à F abri du Tasse , comme derrière un rempart. Eh ! comment ne sentiezvous point qu'il y a bien de la différence entre écrire au public ou à sa maîtresse? L'amour, si craintif, si scrupuleux , nexige-t-il pas plus d'égards que la bienséance? Pouviez -vous ignorer que ce style n'est pas de mon goût ? et cherchiez- vous à me déplaire ? Mais en voilà déjà trop, peut-être , sur un sujet qu'il ne falloit point relever. Je suis d'ailleurs trop occupée de votre seconde lettre pour répondre en détail à la première. Ainsi, mon ami, laissons le Valais pour une autre fois , et bornons-nous maintenant à nos affaires ; nous serons assez occupés.

Je sa vois le parti que vous prendriez. Nous nous connoissons trop bien pour en être encore à ces éléments. Si jamais la vertu nous abandonne, ce ne sera pas, croyez-moi, dans les occasions qui demandent

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