‹ ŒuvresChapitre 89 sur 279 · PARTIE I, I.I.TTlili l.V · texte numérisé non relu

PARTIE I, I.I.TTlili l.V

nettement '. Julie, dis-moi donc si je ne t'aimois point auparavant, ou si maintenant je ne t ;iime plus.

Si je ne t'aime plus? Quel doute! Ai-je donc cessé d'exister? et nia vie irest-clle pas plus dans ton cœur que dans le mien? Je sens, je sens que tu mes mille lois plus chère que jamais, et j'ai trouvé dans mon abattement de nouvelles forces pour te chérir plus tendrement encore. J'ai pris pour toi des sentiments plus paisibles , il est vrai , mais plus affectueux et de plus de différentes espèces; sans s'affoiblir, ils se sont multipliés : les douceurs de l'amitié tempèrent les emportements de l'amour, et j'imagine à peine quelque sorte d'attachement qui ne m'unisse pas à toi. O ma charmante maîtresse ! ô mon épouse , ma sœur , ma douce amie ! que j'aurai peu dit pour ce que je sens, après avoir épuisé tous les noms les plus chers au cœur de l'homme !

Il faut que je t'avoue un soupçon que j'ai conçu dans la honte et L'humiliation de moi-même; c'est que ta sais mieux aimer que moi. Oui , ma Julie , c'est bien toi qui fais ma vie et mon être; je t adore bien de toutes les facultés de mon arae, mais la tienne est plus aimante, l'amour l'a plus profondément pénétrée : on le voit, on le sent; c'est lui qui anime tes grâces, qui régne dans tes discours, qui donne à tes yeux cette douceur pénétrante , à ta voix ces accents si touchants ; c'est lui qui, par ta seule présence, communique aux

1 Femme trop facile , voulez-vous savoir si vous êtes aimée ! examinez voire amant sortant de vos bras. O amour! si je regrette l'âge où l'on te goûte, ce n'est pas pour l'heure de la jouissance ; c'est pour l'heure qui la suit.

2o4 LA NOUVELLE HÉLOÏSE.

autres cœurs , sans qu'ils s'en aperçoivent , la tendre émotion du tien. Que je suis loin de cet état charmant qui se suffit à lui-même ! Je veux jouir, et tu veux aimer; j'ai des transports, et toi de la passion; tous mes emportements ne valent pas ta délicieuse langueur, et le sentiment dont ton cœur se nourrit est la seule félicité suprême. Ce n'est que d'hier seulement que j'ai goûté cette volupté si pure. Tu m'as laissé quelque chose de ce charme inconcevable qui est en toi, et je crois qu'avec ta douce haleine tu m inspirois une ame nouvelle. Hâte-toi, je t'en conjure, d achever ton ouvrage. Prends de la mienne tout ce qui m en reste , et mets tout-à-fait la tienne à la place. >'on, beauté d'ange, ame céleste, il n'y a que des sentiments comme les tiens qui puissent honorer tes attraits; toi seule es digne d'inspirer un parfait amour, toi seule es propre à le sentir. Ah! donne-moi ton cœur, ma Julie, pour t'aimer comme tu le mérites.

LETTRE LVI

DE CLAIRE A JULIE

J'ai, ma chère cousine, à te donner un avis qui t importe. Hier au soir ton ami eut avec milord Edouard un démêlé qui peut devenir sérieux. Voici ce que m'ena dit M. d'Orbe, qui étoit présent , et qui, inquiet des suites de cette affaire, est venu ce matin m en rendre compte.

Ils avoient tous deux soupe chez milord ; et après

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