DE JULIE A MILORD EDOUARD
Ce n est point pour me plaindre de vous, milord, que je vous écris ; puisque vous m'outragez , il fout bien que j'aie avec vous des torts que j'ignore. Comment concevoir qu'un honnête homme voulût déshonorer sans sujet une famille estimable? Contentez donc votre vengeance , si vous la croyez légitime ; cette lettre vous donne un moyen facile de perdre une malheureuse fdle qui ne se consolera jamais de vous avoir offensé , et qui met à votre discrétion l'honneur que vous voulez lui ôter. Oui, milord, vos imputations étaient justes; j'ai un amant aimé; il est maître de mon cœur et de ma personne ; la mort seule pourra briser un nœud si doux. Cet amant est celui même que vous honoriez de votre amitié ; il en est digne , puisqu'il vous aime et qu'il est vertueux. Cependant il va périr de votre main ; je sais qu'il faut du sang à l'honneur outragé ; je sais que sa valeur même le perdra ; je sais que dans un combat si peu redoutable pour vous son