‹ ŒuvresChapitre 97 sur 279 · PARTIE I, LETTRE EYII · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE EYII

son fils unique le père infortuné qu il priva du sicr.

Je vous l'avoue , tout cela , joint à mon aversion naturelle pour la cruauté, m'inspire une telle borreur des duels, que je les regarde connue le dernier degré de brutalité où les hommes puissent parvenir. Gelui qui va se battre de gaieté de cœur n'est à mes veux qu'une bête féroce qui s'efforce d'en déchirer une autre; et, s'il reste le moindre sentiment naturel dans leur ame , je trouve celui qui périt moins à plaindre que le vainqueur. Voyez ces hommes accoutumes au sang, ils ne bravent les remords quen étouffent la voix de la nature ; ils deviennent par degrés cruels , insensibles ; ils se jouent de la vie des autres; et la punition d'avoir pu manquer d'huma nité est de la perdre enfin tout-à-fait. Que sont -ils dans cet état? Réponds, veux-tu leur devenir semblable? Non, tu n'es point fait pour cet odieux abrutissement; redoute le premier pas qui peut t'y conduire : ton ame est encore innocente et saine, ne commence pas à la dépraver, au péril de la vie, pat un effort sans vertu, un crime sans plaisir, un point d'honneur sans raison,

Je ne t'ai rien dit de ta Julie; elle gagnera sans doute à laisser parler ton cœur. In mot, un seul mot, et je te livre à lui. Tu m'as honorée quelquefois du tendre nom d'épouse; peut-être en ce moment dois-je porter celui de mère. Veux-tu me laisser veuve avant qu'un nœud sacré nous unisse?

P. S. J -emploie dans cette lettre une autorité à laquelle jamais homme sage n'a résisté. Si vous refusez

de vous y rendre, je n'ai plus rien à vous dire; mais pensez-y bien auparavant. Prenez huit jours de réflexion pour méditer sur cet important sujet. Ce n'est pas au nom de la raison que je vous demande ce délai , c'est au mien. Souvenez-vous cpje j'use en cette occasion du droit que vous m'avez donné vous-même , et qu'il s étend au moins jusque-là.

LETTRE LVIII

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