‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 111 sur 158 · LE JEUDI 19 DÉCEMBRE I · texte numérisé non relu

LE JEUDI 19 DÉCEMBRE I

ESSISURS ,

Livre des mon enfance a des éludes abstraite, , oblige depuis de m y consacrer, par l'adoption qu'a daigné faire de moi une compagnie savante et célèbre, je me contentais d'aimer et d'admirer vos travaux. C'est donc moins k mes écrits que vous avec accordé vos suffrages , qu'à mes sentimens pour vous , i mon rele pour la gloire des lettres, à mon attachement pour tous ceux qui, à votre exemple, les font respecter parleurs talens et par leurs mœurs. Tels sont les titres que j'apporte ici : ils m'honorent, et ne me coûteront point à conserver.

Mais c'est trop vous parler de moi, messieurs; le premier devoir que la reconnaissance m'impose est de m'oublier moimême pour m'occuper de ce qui vous intéresse , et pour partager vos justes regrets sur la perte que vous venez de faire M l'éveque de Vence ne fut redevable qu'à lui-même de la réputation et des honneurs dont il a joui; il ignora la souplesse du manège, la bassesse de Imtrigue, et tous ces moyens méprisables qu mènent aux dignités par l'arilissement ; il fut éloquent et vertueux, et ces deux quaUtés lui méritèrent l'épiscopat et vos suffrages. Permettez-moi , messieurs, de commencer rhomm«« que je dois a sa mémoire par quelques réflexions sur le genre dan, lequel il s est distingué; j'ai puisé ces réflexions dans vo. ouvrages , et je les soumeU à vos lumières.

L'éloquence est le talent de faire passer avec rapidité et d'imprimer avec force dans l'âme des autw», le sentiment profond dont on est pénètre. Ce talent sublime . «,n germe dans un. sensibilité rare pour le grand et pour le mi. La mime disnosi- Uon de 1 âme , qui nous rend suMeptiblei d'une émotion vive et peu commune, suffit pour en faire sortir l'image an dehors « il n y a donc point d'art pour l'éloquence, paiaqn'il n'y en a point pour sentir. Ce n est point à produire des beauté», ^e$t 4 fidre éviter les fautes , que les grands maStres ont destiné les règles.

3oG DISCOURS

La nature forme les hommes de génie , comme elle forme ait sein de la terre les métaux précieux, bruts, informes, pleins d'alliage et de matières étrangères : l^art ne fait pour le génie que ce qu'il fait pour ces métaux ; il n'ajoute rien à leur substance, il les dégage de ce qu'ils ont d'étranger, et découvre l'otivrage de la nature.

Suivant ces principes , qui sont les vôtres , messieurs , il n'y a de vraiment éloquent que ce qui conserve ce caractère en passant d'une langue dans une autre : le sublime se traduit toujours, presque jamais le style. Pourquoi les Cicéron et les Démostbène intéressent -ils celui même qui les lit dans une autre langue que la leur, quoique trop souvent dénaturés et travestis ? Le génie de ces grands hommes y respire encore , et , si on peut parler ainsi , l'empreinte de leur âme y reste attachée.

Pour être éloquent , même sans aspirer à cette gloire , il ne faut à un génie élevé que de grands objets. Descartes et Newton (pardonnes, messieurs , cet exemple à un géomètre qui ose parler de l'éloquence devant vous ) , Descartes et Newton , ces deux législateurs dans l'art de penser , que je ne prétends pa.% mettre au rang des orateurs, sont éioquens lorsqu'ils parlent de Dieu , da temps et de l'espace. En effet , ce qui nous élève l-esprit ou l'âme est la matière propre de l'éloquence, par le plaisir que nous ressentons à nous voir grands. • Maïs ce qui nous anéantit à nos yeux n'y est pas moins propre, et peut-être par la même raison ; car , quoi déplus capable de noos élever, en nous humiliant , que le contraste entre le peu d'espace que nous occupons dans l'univers , et l'étendue immense que nos idées osent parcourir , en s'élançant , pour ainsi dire, du centre étroit ou nous sommes placés?

Bien n'est donc, messieurs, plus favorable à l'éloquence que let vérités de la religion: elles nous offrent le néant et la dignité de rhomme. Mais plus un sujet est grand , plus on exige de ceux qni le traitent; et les lois de l'éloquence de la chaire compensent par leur rigueur les avantages de l'objet. Presque tout eat ëcneil en ce genre ; la difficulté d'annoncer d'une manière frappante , et cependant naturelle , des vérités que leur importance a rendues communes ; la fonne sèche et didactique , si ennemie des grands mouvemens et des grandes idées ; l'air de prétention et d'apprêt qui décèle un orateur plus occupé de lui-même que du Dieu qu'il représente ; enfin , le goût des omemens frivoles qni outragent la majesté du sujet. Des différens styles qu'admet Téloquence profane, il n'y a proprement que le style simple qui eonvienne à celle de la chaire ; le sublime doit être dans le sentiment on dans la pensée , et la simplicité dans l'expression.

A L'ACADÉMIE FRANÇAISE. Sp;

Telle fut, messieurs, Téloquence de l'orateur qui est aujourd'hui l'objet de vos regrets; elle fut touchante et sans art , comme la religion et la vérité ; il semblait l'avoir formée sur le modèle de ces discours nobles et simples , par lesquels un de vos plus illustres confrères, Massillon , inspirait au cœur tendre et sensible de notre monarque encore enïfant , les vertus dont nous goûtons aujourd'hui les fruits.

Qu'il serait à souhaiter que l'Eglise et la nation , après avoir joui si long-temps de l'éloquence de mon prédécesseur, pussent en recueillir les restes après sa mort ! la lecture de ses ouvrages en eût sans doute assuré le succès ; mais M. l'évéque de Yence , par un sentiment que nous oserions blâmer , si nous n'en respections le principe , se défia , comme il disait lui-même , de sa jeunesse et de ses partisans : il fut trop éclairé pour n'être pas modeste. Son âme ressemblait à son éloquence ; elle était simple et élevée. La simplicité est la suite ordinaire de l'élévation des sentimens , parce que la simplicité consiste à se montrer tel que l'on est , et que les âmes nobles gagnent toujours k être connues.

Enfin, ce qui honore le plus, messieurs, la mémoire de M. l'évéque de Yence, c'est son attachement éclairé pour la religion : il la respectait asses pour vouloir la faire aimer aux autres ; il savait que les opinions des hommes leur sont du moiiu aussi chères que leurs passions, mais sont encore moins durables quand on les abandonne à elles-mêmes ; que l'erreur ne résiste que trop à l'épreuve des remèdes violens ; que la modération f la douceur et le temps détruisent tout, excepté la vérité. Il fat surtout bien éloigné de ce zèle aveugle et barbare , qui cherche l'impiété oii elle n'est pas , et qui , moins ami de In religion qu'ennemi des sciences et des lettres, outrage et noircit lee hommes irréprochables dans leur conduite et dans leurs écrits^ Oh pourrais-je , messieurs , réclamer avec plus de force et dé succès contre cette injustice cruelle , qu'au milieu d'une com-* pagnie qui renferme ce que la religion a de plus respectable , l'État de plus grand , les lettres de plus célèbre ? La religion doit aux lettres et à la philosophie l'affermissement de ses principes ; les souverains l'affermissement de leurs droits, combattus et violés dans des siècles d'ignorance; les peuples cette lumière générale qui rend l'autorité plus douce et l'obéifiBaDce ptu» fidèle.

Quel est notre bonheur, messieurs , de vivre sous- m» prince humain et sage , qui sait oombien les lettres sont propres à fifire^ aimer à la nation ce que lui-même chérit le plus, la justice,, ta vérité , l'ordre et la paix ! Des dispositions si respectables dans notre auguste monarque doivent nous être du moins aussi chères

3o8 DISCOURS

que tant d'actions éclatantes , dont une seule suffirait pour im* mortaliser son règne ; la grandeur de sa maison augmentée , deux provinces conquises , et deux victoires remportées en personne , la paix rendue à l'Europe par sa modération , la noblesse accordée aux défenseurs de la patrie , l'école des héros élevée à c6té de leur asile , la terre mesurée de l'extrémité de l'Afrique à la mer Glaciale , le goût pour l'agriculture et pour les arts utiles encouragé par les opérations les plus sagement combinées , le commerce le plus nécessaire rendu libre entre nos provinces , la subsistance accordée par ce moyen à vingt millions d'hommes qui vont l'appeler leur père.

Ces! donc à nous, messieurs ( le zële pour la patrie m'autorise à me mettre dn nombre) , c'est à nous à répondre aux intentions si droites et si pures dn prince équitable qui nons gouverne , en inspirant k tous les citoyens dans nos écrits l'amour paisible de la religion et des lois. Ce fut aussi principalement dans cette Tne 9 ce fnt pour fixer dans la nation , par vos ouvrages , la manière de penser, bien plus que la langue, que votre illnstre fondateur vous établit : il connaissait toute la considération , et ptr conséquent toute l'autorité qu'nn homme de lettres pent tirer de son état. Richelieu , vainqueur de PEspagne , de Thérine et des grands, sentait au milieu des hommages qu'il rece- Tâit de toutes parts, que si le sage honorait en lui le grand homme , la multitude n'honorait que la place , et que les applandissemens arrachés par Corneille à la multitude et aux sages n'étaient donnés qu'à la personne. La forme et les lois que votre fondateur vous prescrivit , messieurs , étaient une suite de l'idée qa*il avait de la dignité de vos travaux ; il vous fit le présent le pins précieux et le plus juste que puisse faire un grand ministre à une société d'hommes qui pensent, et qui s'assemblent pour s'éclairer mutuellement , VégaUté et la liberté; par là il écarta de vous cet esprit de fermentation et d'intrigue qui est le poison lent des sociétés littéraires; par là il prépara l'honneur que vous ont fait , et celui que se sont fisiit à eux-mêmes les premiers hommes de l'État, en venant parmi vous sacrifiei: aux lettres un rang qu'elles respectent toujours dans les grands mêmes qui s'en souviennent, et à pins forte raison dans ceux qui l'oublient. Ainsi autrefois Pompée *, vainqueur de Mithridate , de l'Afrique et de l'Asie , prêt à disputer à César l'empire du monde , déposait ses faisceaux , son ambition et ses lauriers à la porte d'un philosophe avec lequel il allait s'entretenir, et donnait lien de

* PompeÎMUf dit Pline, intratunu Potidonii sapieniiœ pro/esiione clari dommm , foret percuti de tnore à lictore vetuit; eifascet liUerantm janutm MhmitU i»f€m 99 Ori9m Oeçidmuqu» tubmiierat. fliil. Mt. YII. So.

A L'ACADÉMIE FRANÇAISE. 3oo

douter aux sages mêmes , quel était le plus grand , en cette occasion , du philosophe ou du conquérant.

Mais l'honneur le plus distingué que vons ajes jamais reça ^ messieurs, est la protection immédiate de tos souverains. Ce titre est devenu trop grand pour tout autre qne pour eux ; les lettres ne peuvent être dignement protégées que par les rois on par elles-mêmes. L'Académie Française verra à la tête de ses protecteurs, ce prince si célèbre dans les fastes de la France , de l'Europe et de l'univers, à la gloire duquel l'adversité même a concouru; plus grand, lorsque, pour le soulagement de ses peuples , il engageait à la paix les nations liguées contre lui , que lorsqu'il les forçait à la recevoir ; enfin , qui mérita de ses sujets » des étrangers et de ses ennemis , l'honneur de donner son nom k son siècle.

Tels sont , messieurs , les objets immortels que vons deves célébrer; tels sont les engagemens de tous ceux que le talent appelle parmi vous ; pour moi , je me bornerai à vous entendre et à vous lire ; je sentirai croître par votre exemple mon attachement pour ma patrie, déjà éprouvé par un prince, l'allié et surtout l'ami de notre nation , et que l'Europe et ses actions me dispensent de louer ; j'apprendrai enfin de vous ce qne les jeunes Lacédémoniens apprenaient de leurs maîtres , le respect pour les lois , l'amour de la vertu , l'horreur de toute actiof& lâche et odieuse. Je finis, messieurs, pénétré à la vue de tm bontés et de mes devoirs ; les sentimens dont mon âme est remplie , impatiens de se montrer, se nuisent les uns aux autres; et je serai une exception k la règle, qu'il suffit de sentir pour être éloquent.

DISCOURS

Lu à r Académie Française ^ le a5 août 1771 > avant la distri^ bution des Prix d'Éloquence et de Poésie '.

Al ESSiEURS , l'Académie croit devoir vous rendre compte de» vues qui la dirigent , et dans les sujets de prix qu'elle pnqxMe ,. et dans le jugement de ces prix. Ce serait k l'un de ses trois of-

* Ce dîicoart et le tniTtat, prononeët «a nom de VAcÊâémw, eoaticiiiMBf des vnê oiilet k ceux qui conoonrent pour les prix propotéi par des êodétét MTantet.

3io DISCOURS

ficiers à s'acquitter de ce devoir pour elle , s'il leur eût été possible d'assister à l'examen des ouvrages qui ont concouru. Mais des raisons , par malheur trop légitimes , ne l'ont pas permis ; la place qui enchaîne le premier à la cour ( l'évéque de Senlis , alors directeur) , la maladie grave qui nous a alarmés pour le second (Foncemagne, alors chancelier), et le voyage du troisième ( Duclos , alors secrétaire ) , pour aller chercher la santé dans sa patrie. Ils ne pourraient donc vous parler ici que de leurs regrets , auxquels j'ajouterai les miens , d'être chargé de les remplacer. C'est aux fonctions du secrétariat que j'ai remplies , ou pour mieux dire exercées pendant le concours , que je dois aujourd'hui , messieurs, l'honneur de parler au nom de l'Académie. N'attendez pourtant pas de moi cette formule usée , souvent plus hypocrite que modeste , que la compagnie pouvait faire un meilleur choix ; mais ne croyez pas non plus que ce soit la vanité qui m'interdise cet aveu. L'Académie désirant de vous faire un exposé simple et naïf, d'après lequel vous puissiez la juger, n'a sans doute voulu qu'un interprète fidèle , et non un interprète éloquent ; l'austère vérité , à laquelle un géomètre est asservi par état , me rendait peut-être plus propre qu'aucun de mes confrères à remplir les intentions de la compagnie. ' Telle a sans doute été le motif de son choix , et heureusement ou malheureusement pour moi , j'ai tout ce qu'il faut pour y répondre.

Depuis plusieurs années , messieurs , l'Académie a cru devoir renoncer , au moins pour un temps , aux sujets de morale qu'elle proposait pour prix à^éloquence ; ils avaient l'inconvénient d'offrir trop de matière à une rhétorique triviale et à d'insipides déclamations. Le parti que nous avons pris , et dont les autres Sociétés littéraires ont suivi l'exemple , de proposer au concours les éloges des- hommes illustres qui ont honoré la patrie, a paru obtenir votre approbation , et même être pour vous un objet intéressant ; vous nous l'avez prouvé par un empressement plus marqué pour assister au jugement de ces prix. Plus d'une fois l'Académie , en voyant votre afflnence, a dû se dire à elle-même ce que disait Cicéron au préteur Fannius , qui présidait au jugement d'une cause célèbre : Quanta multitudo hominum ad hoc judicium , vides; quœ sit omnium expectalio , ut severa judida fiant , intelligis. ( T^ous voyez quellefoule s* empresse d'assister au jugement de cette cause ; vous , voyez avec quelle confiance elle attend de vous un arrêt juste et sévère. Cic. pro Rose, Amc^ rino, ) Une autre preuve du prix que vous attachez , messieurs , aux couronnes remportées dans ce nouveau genre de concours, c est qu'elles sont devenues ce qu'elles étaient rarement autre-

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fois , un titre pour devenir juge , après avoir été athlète. Nous avons la satisfaction , et nous ne craignons point de dire qae vous la partagez , de voir assis parmi nous l'écrivain éloquent qui s'est distingué avec tant d'éclat dans cette carrière (Thomas).

L'Académie a tâché , messieurs, je dirais presque affecté , de prendre les sujets de ses éloges dans tous les états et dans tous les talens , depuis le guerrier jusqu'au philosophe , depuis le monarque jusqu'au simple homme; de lettres. Elle a cru remplir en cela les vœux de la nation. Elle a plus fait encore, et toujours d'après les vues dont vous lui avez paru animés. Parmi les citoyens respectables que nous avons exposés à la vénération publique , il en est plusieurs qui n'ont pas trouvé dans leurs contemporains toute la justice qu'ils avaient droit d'en attendre : nous nous sommes crus obligés d'acquitter envers ces hommes illustres la dette de leur siècle , et de consoler, ou peut-être même d'apaiser leurs mânes , en accumulant sur leur tombeau les honneurs qu'auraient mérités leurs personnes. Cest par cette raison que nous avons proposé pour sujet , tantôt un simple chef d'escadre (Duguaj-Tronin ) , qui avait mieux mérité et moins obtenu de la patrie qu'une foule de généraux , dédommagés par les faveurs de la cour , de leurs malheurs à la guerre ; tantôt le restaurateur de la philosophie (Descartes), presque ignoré parmi nous de son vivant, et persécuté jusque dans les marais de la Hollande, par des controversistes absurdes et barbares ; enfin ce Molière, que Despréaux , si intéressé k ne pas laisser un usurpateur dans la première place , avait le courage de placer à la tête des écrivains de génie du dernier siècle; cet homme que les académiciens nos prédécesseurs , soit raison , soit préjugé j n'osèrent admettre parmi eux, mais à qui leurs successeurs devaient d'autant plus d'hommages , que le sort n'avait pas permis de loi en rendre plus tôt '.Si par malheur pour nous son nom manque à notre liste, ce nom aura du moins l'honneur de se trouver parmi nos éloges , entre ceux de Charles le Sage et de Fénéloo.

A ce dernier nom , messieurs , je ne sais quel mouvement

' L^Acad^mie a rendu, en 1778, nn nonTel hommage à ce grand homme, en plaçant son baste dans la salle oii sont les portraks des académiciens. Y^le a Tonlu, par cette espèce dWoptioti posthume de Molière, se dëdonmêfer, qaoiqne faiblement, du malheur qo*elle a eu, tans être coupable, de n'tfvoir pu le poss^er durant sa vie. Ce buste , qui est nn chef-d'oeuTre de Uoodon , ainsi que celui de Voltaire , a été' donne à PAcadëmie par Fauteur de cet ou' vràgc. Entre plusieurs inscriptions proposées par diflérens académiciens , la

compagnie a diuisi celle-ci :

J. B. POGQUELIBI DE MOLIÈRE.

Rien ne manque à sa gloire , il manquait k la ndtre.

Si2 DISCOURS

me saisit ; le portrait de Fénélon , ce bienfaiteur de Thumanite , dont vous allez entendre l'éloge , est exposé à vos regards , et ces regards le loueront mieux que tout ce que nous pourrions y ajouter ; malheur à qui ne s'attendrirait pas en le voyant! Que ne peut-il entendre tout ce que vos cœurs lui diront , et que ne nou» est-il permis de laisser faire son éloge à vos applaudissemens , à vos larmes , à votre silence même , plus éloquent en cette occasion que tous nos discours ! Puissent au moins les héritiers de son nom et de ses vertus , présens à cette assemblée , recueillir l'expression touchante de vos sentimens pour sa mémoire !

Victime de la persécution pendant sa vie , n'ayant trouvé , oserons-nous le dire, que chez nos ennemis, les hommages que la cour et la nation lui devaient, la mort et le temps, qui font taire enfin la calomnie et la haine , ont rendu à Fénélon sa place ; son nom est devenu si cher à la France , que nous avons craint de nous voir enlever par une autre académie l'honneur de célébrer un si respectable confrère ; nous nous sommes hâtés de proposer aux talens et à l'émulation de nos orateurs une matière si digne de les exercer.

On va , messieurs , vous faire la lecture du discours qui a remporté le prix d'une voix unanime. Il a paru le mériter par la manière intéressante dont l'auteur a vu son sujet , par la vérité avec laquelle il a caractérisé la personne et les ouvrages de Fénélon , et surtout par un style tout à la fois élégant et noble , et par une sagesse de goût, d'autant plus digne d'être couronnée, qu'elle devient de jour en jour plus rare, et que l'Académie se croit plus obligée à la maintenir. L'auteur est M. La Harpe , qui a déjà remporté deux prix d'éloquence et un prix de poésie , et dont plusieurs autres ouvrages ont été honorés des sufifrages du public. Le discours qui a pour devise , Antiquâ homo virtute ac Jîde , a obtenu l'accessit , et on vous en lira quelques morceaux. L'auteur, M. l'abbé Maury , annonce des talens qui méritent d'être encouragés. Il pense avec finesse , quelquefois avec profondeur, et ordinairement avec justesse; l'étude des bons modèles , les réflexions et l'usage d'écrire, achèveront de donner à son style la facilité , la rondeur et la précision qu'on peut encore y désirer '. Un troisième discours , qui a pour devise ce mot si connu de Fénélon : J'aùne mieux ma famille que moi"

' M. Tabbc Maury a rempli les espérances qa'onaTait conçues de sesulens. t>on Panégyrique de S. Louis j prononce, en 1773 , devant l'Académie Française, celui de S. Augustin, prononcé devant rassemblée du clergé, ses Réflexions sur les sermons de Bossuet , enfin son Discours sur Féhquenee de la chaire, ouvrage plein d^ane saine littérature, Font mis ao nombre de nos bons écrivains.

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"même , etc. , a paru mériter que T Académie en fit une mention honorable. Ce discours renferme quelques morceaux d'une beauté mâle et vraie ; mais il est si singulièrement inégal, qu'on le croirait de deux mains différentes. L'auteur semble d'ailleurs avoir oublié quelquefois qu'il est des matières délicates auxquelles on ne doit toucher qu'avec beaucoup de circonspection et de sagesse. Cest un point que l'Académie ne saurait trop recommander à ceux qui concourent aux prix, surtout dans un moment critique pour les lettres, oii le talent a tant d*ennemis secrets qui l'attendent , pour ainsi dire , au passage des défilés , et qui , comme on l'a déjà dit dans une autre circonstance , se piquent surtout d'entendre finesse ^ mais non pas èi entendre raison.

Permettez-moi , messieurs , de revenir encore un moment à Fénélon; vous me pardonnerez aisément d'avoir peine à le quitter. Quelque admiration que doive inspirer son illustre antagoniste le grand Bossuet , et quoiqu'il se soit assuré l'immortalité par des écrits vraiment sublimes , il restera peut - être à nos derniers neveux encore plus d'ouvrages de l'intéressant archevêque de Cambrai , que de l'éloquent évéque de Meaux ; non par l'effet d'une supériorité de talens , sur laquelle nous n'avons garde de prononcer entre ces deux grands hommes , mais par cette raison seule , digne d'être méditée par des philosophes , que Fénélon préférant , comme il le disait lui-même, le genre humain à tout , écrivait plus de choses utiles à tous les siècles et à tous les lieux ; tandis que Bossuet , plus théologien , et par là plus concentré dans un seul objet, yî// obligé y soit par les circonstances , soit par son ardeur naturelle, de se dévouer presque entièrement à des querelles de controverse. Or vous savez, messieurs , que ces malheureuses querelles , attachées à la destinée des sectes qui les ont fait naître , sont englouties tôt ou tard avec elles dans ce fleuve de l'oubli, où se perdent enfin les unes et les autres. Grande leçon pour tous les écrivains , dont la nature avare a fait rarement des Bossuet , de songer moins à étonner la génération présente , qu'à intéresser les générations à

venir !

Ne pourrait-on pas ajouter, si l'on osait comparer ensemble deux poètes et deux évéques , que Fénélon fut à quelques égards, par rapport à Bossuet , ce que Quinault fut par rapport à Despréaux. Le redoutable théologien , et le sévère satirique , seraient peut-être étonnés de voir notre siècle placer avec eux sur la même ligne , le philosophe sensible , et le charmant poète lyrique qu'ils ont écrasés de leur vivant. Mais l'équitable postérité , devant laquelle les petits intérêts disparaissent , juge avec

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le Ttiiihe tang-froid et les talens et les passions des hommes ; elle honore le génie de ré(:rivain, et plaint l'homme d'aToir été injuste. Elle se plaît méiAe à rapprocher en quelque sorte les talens les plus disparates et les génies les plus opposés ; et si elle pouvait former quelque jour une galerie de tableaux et une bibliothëque, j'imagine que l'on verrait dans la première Fénélon servir de pendant à Bossuet, Quinâult à Despréaux, Bourdaloue k Pascal ; et dans la seconde , le Télémaque à coté de V Histoire Universelle , VArt Poétique entre Atis et Armide, et les Lettres Provinciales pour dernier tome aux sermons du jésuite. Mais je érains , messieurs , 6t je m'en aperçois un peu tard , d'abuser trop long-temps du privilège de parler au nom de l'Académie \ j'oublie insensiblement que ce n'est pas aujourd'hui ^n jour , mais celui des combattans qu'elle doit couronner, et dont je me reproche de l'e tarder le triomphe.

Avant là lecture du prix de Poésie.

Il me reste , messieurs, à vous parler du prix de poésie , et du îttgement que l'Académie a porté. Elle a proposé durant près de cent ans, pour sujet de ce prix , l'éloge d'un monarque , dont le Bom réveille des idées de grandeur , qui a , nous osons le dire , assuré sa gloire eu protégeant les lettres, et qui surtout, par les grâces distinguées dont il a honoré cette compagnie y méritait ^(ù'elle s'occupât long-temps du soin de célébrer sa mémoire. MâT^ après avoir pleinement satisfait à un sentiilient si juste, elle ir enfin reconnu que le plus digne éloge d'un grand roi , son véritable éloge à perpétuité , est l'histoire de sa vie ; et , persuadée d'ailleurs que les poètes sont une nation indépendante , qui ne vit que de sa liberté , au risque d'en abuser quelquefois , elle a laissé au choix des auteurs le sujet , le genre du poème , et la mesuré dès vers. Il est vrai qu'elle a vu de temps en temps cette liberté dégénérer en tiégligence ; elle l'a entre autres éprouvé cette année ; elle en a ait l'aveu avec regret ; une seule pièce , cfue vous ailes entendre , a rénni ses suffi*ages. L'auteur est le même M. La Harpe , qui vient de recevoir pour la troisième fois le j>rix d'éloquence, et qui, déjà couronné dans une autre occasion comme poëte , à la gloire , presque sans exemple , de remporter aujourd'hui ]es deux couronnes à la fois. H avait pour la poésie près de quatre-vingts concurrens ; et à cette bccasion , l'Académie croit devoir un édaircissefkientau public. Les^ auteurs peuvent être assurés , quoiqu'on vienne d'inkprimer le conti^aire ' ,

■ Un det concarreiu a imprime (me sa pièce n'avait peiut été àUf parce c}ii*au bout d^nn mou , qadqàei acaaémicieni ne l'en soavènaienc plus.

SUR LES PRIX. 3i5

tjue toutes les pièces envoyées au concours avant le terme prest;rit , sont lues avec l'impartialîté la plus exacte , soit en entier, soit au moins fort au-delà de ce qui est nécessaire pour s'as« surer de l'impossibilité de les couronner. Mais on ne doit pas s'attendre qu'après quinze ou vingt séances , les juges se rappellent -en détail une foule d'ouvrages différens , la plupart condamnés sans retour dès la première lecture , et qui, en se précipitant , par une chute rapide , les uns sur les autres , s'entraînent mutuellement dans l'oubli. L'Académie promet aux concarrens la justice , mais non pas cet effort de mémoire.

Au reste , quoique la pièce de M. La Harpe ait unanimement obtenu l'avantage sur celles de ses concurrens , TAcadémie reconnaît avec plaisir qu'il y a , dans plusieurs de ces pièces , de la facilité et des vers heureux. Mais elle aurait désire moins de monotonie dans les unes , moins d'incorrection dans les autres ; ici, plus de justesse et de propriété dans l'expression; là, des idées moins incohérentes ou moins communes ; partout plus d'images et d'harmonie ; en général , une exécution moins faible, et plus au niveau des sujets intéressans ou piquans que plusieurs auteurs ont choisis; enfin, dans toutes les pièces , une marche moins traînante , plus soutenue et plus décidée. C'est là surtout, messieurs , et nous l'observons depuis long-temps , le défaut presque général des ouvrages de poésie qu'on nous présente pour le concours. Souvent le début est heureux, quelquefois brillant; mais l'auteur s'égare et s'épuise bientôt, faute d'avoir devant les jeux deux mots qu'il ne devrait jamais perdre de vue , d'où viens^je , et ou vais-je ? Aucun genre de poésie n'est affranchi cle cette règle. L'ode même , l'Académie en atteste nos maîtres et nos modèles en ce genre , l'ode , malgré la fierté qui la caractérise , est d'autant plus astreinte à une marche ferme et prononcée , que cette marche doit être plus rapide et plus impétueuse ; car , que dirait-on de quelqu'un , qui courrait à perte d'haleine pour n arriver nulle part ? Un poëte est semblable à un homme qui marche sur une corde tendue; cette comparaison ne doit blesser personne , elle est d'Horace ; elle semble n'exprimer que le mérite de la difficulté vaincue ; mais peut-être exprime-t-elle encore l'obligation de ne s'écarter ni à droite ni k gauche , sous peine d'une chute malheureuse. Le versificateur novice , qui chancelé à tout moment sur sa corde , Idche ou ten^ due , dira que le prosateur parle bien à son aise ; mais le prosateur lui répondra par ce vers si connu :

Il se tae à rimer; que n'écrit-il en prote!

On se plaint qnc la poésie est discréditée parmi nous , et on en

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accuse à tort et à travers ce siede philosophe , ainsi nommé en éloge par les uns , et en dénigrement par les autres. Il semble cependant qu'on n'a jamais rendu plus de -justice à ces grands hommes du dernier siècle , de qui notre poésie a reçu presque en même temps la naissance et la perfection. Accusera-t-on le public d'être injuste envers ceux des poètes vivansqui marchent sur les traces de ces grands maîtres ? Cependant, parmi ceux qui m'écoutent , il eu est plusieurs qui ont été honorés , messieurs , de vos sufiEages les plus distingués , et que ces suffrages , toujours faits pour dicter le nôtre , nous ont donnés pour confrères , ou nous désignent pour le devenir. Il en est même qui , aux avantages du rang et de la naissance , ont su joindre ce talent aimable, et, qui en ont souvent fait jouir cette assemblée. Mais n'aurais-je pas, messieurs, à essuyer vos reproches, si je gardais le silence sur celui que tous nos poètes , et ceux même qui ne le sont pas, nommeront avec moi par acclamation ; qui a su réunir en lui seul le Tasse et l'Arioste , Virgile et Catulle ; que nous allons tous les jours admirer au théâtre; qui fait parler avec une égale vérité , le sentiment , l'imagination ,\ la gaieté , et partout la philosophie; dont les vers toujours faciles , quelque caractère qu'ils prennent , semblent , si je puis m'exprimer de la sorte , plutôt des yers nés que des jfevB faits ^ et, ce qui est le plus grand éloge d'un poète , sont à tout moment dans notre bouche ; cet homme enfin , dont il ne nous manque ici que la présence , pour vous voir , messieurs, payer de vos applaudissemens redoublés le plaisir qu'il vous a donné tant de fois , et confondre ceux qui vous accusent de ne pas rendre aux poètes vraiment dignes de ce nom, tout l'hommage qu'ils méritent? Je dirai plus , messieurs ; notre siècle , tout philosophe qu'il est , ou plutôt parce qu'il est philosophe y rend peut-être aux grands poètes qui nous ont précédés, un hommage encore plus éclairé que n'a fait leur siècle même ; il semble surtout que le mérite de Racine , de ce modèle de la versification française , n'a jamais été ni si vivement senti., ni si finement apprécié. Le progrès des lumières , et par conséquent du goût, fait que l'art en tout genre est mieux connu ; et plus l'art sera connu , plus les talens distingués y gagneront d'estime ; mais aussi plus on traitera avec sévérité les poètes médiocres. Laissons-les s'en consoler en criant qu'on en veut à la poésie , lorsqu'on la plaint au contraire iVétre dégradée et livrée aux profanes. Il serait très-injuste de donner ce nom à ceux des concurrens dont les efforts , moins heureux dans cette circonstance , annoncent des talens pour qui la gloire n'est que différée ; ils reliront leurs ouvrages iians le silence de Vamour^ropre ; ils reconnaîtront que l'Académie a

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éié juste ; ils mëriteront qu'elle le soit de nouveau à leur égard , mais avec plus de satisfaction pour eux et pour elle; et pleins de cette louable confiance qu'inspire le sentiment de ses forces» ils imiteront un grand prince de nos jours , qui , après avoir perdu une bataille , écrivait , nous forons mieux une autre fois , et a tenu parole. A l'égard de ceux qui paraissent destinés à combattre toujours et à ne vaincre jamais , l'Académie s'attend à leurs plaintes , sans espoir de les faire cesser. Cette classe de versificateurs est pour elle une pépinière assurée d'ennemis , que le concours au prix de poésie lui entretient constamment , et quelle voit tranquillement se perpétuer. Elle ne leur enviera point la triste consolation à laquelle plusieurs ont recours, celle de faire louer leurs ouvrages dans quelque magasin périodique d'éloges et de satires également estimables. Us ne devraient pourtant pas ignorer que la voix publique , plus forte que tons les boardonnemens de la médiocrité ou de l'envie, sait apprécier et les ouvrages et les preneurs, et les Zoîles ; que tel auteur , plus célébré dans vingt journaux que celui de la Henriade, appelle en vain la Renommée ; tandis que tel autre , en butte à un retour réglé d'injures , j répond par des succès réitérés ; en un mot , que tout écrivain se fait à lui-même sa place, sans qu'il soit au pouvoir de tout autre que de lui seul de le foire monter ou descendre.

DISCOURS

Lu à r Académie, le aS aoiit 1772, à l'ouverture de la séance^

j\1essieurs, les prix que l'Académie propose tous les ans, sont un des objets qui l'intéressent le plus. Us excitent Témulation des jeunes littérateurs ; ils ont commencé la réputation de plusieurs d'entre eux , et leur ont fait sentir les premiers ai-* guillons de la gloire, de cet appât si nécessaire au génie, et trop souvent son unique récompense. Ils ont même ouvert aux plus distingués des vainqueurs les portes de l'Académie , et ont été pour eux , si je puis parler ainsi , une espèce d'ovation qui les a menés aux honneurs du triomphe. Enfin , messieurs , ce qui est plus touchant encore pour cette compagnie, les prix qu'elle distribue ont servi plus d'unç fois à consoler et à ranimer les talens , opprimés par l'intrigue et déchirés par U satire. Les cou-

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ronnes académiques, accumulées sur la tête d'un écrivain digne de les porter, sont la plus noble réponse qu'il puisse opposer à ses méprisables ennemis , et feraient rougir l'envie , si l'envie était digne de rougir.

L'Académie éprouve donc le regret le plus sensible , lorsqu'elle se voit privée de la satisfaction de distribuer ces couronnes si précieuses pour elle. Amie de tous les gens de lettres , qui ont tant d'intérêt d'être unis , elle voudrait n'en contrister aucun , quoiqu'elle ne puisse éviter , malheureusement pour elle, d'en mortifier tous les ans un grand nombre , soit qu'elle donne , soit qu'elle remette le prix ; elle voudrait au moins ne pas affliger ceux des coucurrens dont les pièces lui annoncent des talens vraiment faits pour l'intéresser. Mais ce n'est pas seulement aux gens de lettres ses concitoyens , qu'elle doit compte de ses jugemens , elle en doit répondre à ce public qui a les yeux sur elle , qui peut-être ne serait pas fâché d'avoir des leçons à lui donner , et qui l'avertit de temps en temps d'être aussi difficile que lui. On a plus d'une fois reproché à l'Académie d'être trop indulgente , rarement d'être trop sévère. Mais sévère ou indulgente , suivant que les circonstances lui ont paru l'exiger , ses vues ont toujours été droites , et ses intentions pures. Elle pense qu'un corps littéraire , qui propose des récompenses à l'émulation des gens de lettres , doit avoir des alternatives d'indulgence et de sévérité, nécessaires pour donner aux vrais talens toute l'énergie dont ils sont capables. Vindulgence prévient en eux le dégoût , et la sévérité prévient le sommeil. Cest d'après ces motifs que l'Académie s'est crue obligée de . suspendre le prix de poésie qu'elle devait distribuer cette année, et de le remettre k l'année prochaine. Le concours de l'année dernière , quoique très-nombreux, était assez faible ; elle avait eu soin d'en avertir les concurrens ; elle les avait exhortés à de nouveaux efforts , et leur avait même indiqué en général les dé&uts les plus essentiels qu'elle avait remarqués dans les meilleures pièces. Cet avis n'a pas produit tout l'effet qu'elle devait naturellement en attendre. Le concours de cette année , aussi nombreux que celui de l'année dernière , a paru plus faible encore. Deux pièces seules, parmi le grand nombre, ont surnagé dans le naufrage général. La première, dont l'objet est également intéressant pour un poète et pour un philosophe , et qui a pour devise : Quomodo obscuraium est aunan ? a paru supérieure à toutes les autres , par la régularité de sa marche , par la sagesse avec laquelle elle est écrite , et par quelques beaux morceaux qu'elle renferme ; mais l'Académie, dont je ne suis ici que l'interprète , aurait désiré que l'auteur eût mis dans son ouvrage plus

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