DESCRIPTION ABRÉGÉE
et moins importans que des évéques , convenaient mieux à une petite république.
Les ministres sont on pasteurs , comme nos curés , on postw-' Ions, comme nos prêtres sans bénéfice. Le retenu des pasteurs ne va pas au-delà de 1200 livres, sans aucun casuel ; c'est l'État qui le donne , car l'Église n'a rien. Les ministres ne sont reçus qu'à vingt-quatre ans , après des examens qui sont trës-rigides, quant à la science et quant aux mœurs , et dont il serait à souhaiter que la plupart de nos églises catholiques suivissent 1 exemple.
Les ecclésiastiques n'ont rien à faire dans les funérailles ; c'est un acte de simple police qui se fait sans appareil : on croit à Genève qu'il est ridicule d^étre fastueux après la mort. On enterre dans un vaste cimetière assez éloigné de la ville y usage qui devrait être suivi partout.
Le clergé de Genève a des moeurs exemplaires : les ministres vivent dans une grande union ; on ne les voit point , comme dans d'autres pays, disputer entre eux avec aigreur sur des matières inintelligibles , se persécuter mutuellement , s^accuser indécemment auprès des magistrats : il s'en faut cependant beaucoup qu'ils pensent tous de même sur les articles qu'on regarde ailleurs comme les plus importans à la religion. Plusieurs ne croient plus la divinité de Jésus^hrist , dont Calvin leur chef était si zélé défenseur, et pour laquelle il fit brûler Servet. Quand on leur parle de ce supplice , qui fait quelque tort à la charité et à la modération de leur patriarche , ils n'entreprennent point de le justifier ; ils avouent que Calvin fit une action très-blàmable , et ils se contentent , si c'est un catholique qui leur parle , d'opposer au supplice de Servet cette abominabl'e journée de la Saint-Barthélemi , que tout bon Français désfrerait e£Facer de notre histoire avec son sang , et ce supplice de Jean Hus,que les catholiques même, disent-ils , n'entreprennent plus de justifier, ou l'humanité et la bonne foi furent également violées, et qui doit couvrir la mémoire de l'empereur Sigismond d'un opprobre étemel.
Ce n'est pas, dit Voltaire , un petit exemple du progrès de la raison humaine , qu'on ait imprimé à Genève avec Vapproba^ tion publique , dans l'Essai sur l'Histoire universelle du même auteur , que Calvin avait une dme atroce , aussi bien qu'un cjprit éclairé. Le meurtre de Servet paraît aujourd'hui abomi'noble. Nous croyons que les éloges dus à cette noble liberté de penser et d'écrire, sont à partager également entre l'auteur, son siècle et Genève. Combien de pays oii la philosophie n'a pars
moins fait de progrès , mais oti la vérité est encore captiye , oti la raison n'ose élever la voix pour foudroyer ce qu'elle condamne en sileoce , où même trop d'écrivains pusillanimes , qu'on appelle sages, respectent les préjugés qu'ils pourraient combattre avec autant de décence que de sûreté ?
L'enfer , un des points principaux de notre croyance , n'en est pas un aujourd'hui pour plusieurs ministres de Genève : ce serait, selon eux, faire insulte à la divinité , d'imaginer que cet Être , plein de bonté et de justice , fût capable de punir nos fautes par une éternité de tourmens: ils expliquent le moins mal qu'ils peuvent les passages formels de l'Ecriture qui sont contraires k leur opinion , prétendant qu'il ne faut jamais prendre à la lettre dans les livres saints, tout ce qui parait blesser rhumanité et la raison. Ils croient donc qu'il y a des peines dans une autre vie , mais pour un temps ; ainsi le purgatoire, qui a été une des principales causes de la séparation des protestans d'avec l'Eglise romaine , est aujourd'hui la seule peine que plusieurs d'entre eux admettent après la mort : nouveau trait à ajouter à l'histoire des contradictions humaines.
Pour tout dire en un mot, plusieurs pasteurs de Genève n'ont d'autre religion qu'un socinianisme parfait , rejetant tout ce qu'on appelle mystères , et s'imaginant que le premier principe d'une religion véritable , est de ne rien proposer k croire qui heurte la raison : aussi quand on les presse sur la nécessité de U révélation , ce dogme si essentiel du christianisme , plusieurs y substituent le terme à^utilité, qui leur parait plus doux: en cela s'ils ne sont pas orthodoxes, ils sont au moins conséquens à leurs principes.
Un clergé qui pense ainsi doit être tolérant , et l'est assez en effet pour n'être pas regardé de bon œil par les ministres des autres églises réformées. On peut dire encore, sans prétendre approuver d'ailleurs la religion de Genève , qu'il y a peu de pays oii les théologiens et les ecclésiatiques soient plus ennemis de la superstition. Mais en récompense , comme l'intolérance et la superstition ne servent qu'à inultiplier les incrédules , on se plaint moins à Genève qu'ailleurs des progrès de l'incrédulité , ce qui ne doit pas surprendre : la religion y est presque réduite à l'adoration d'un seul Dieu , dn moins chez presque tout ce qui n'est pas peuple : le respect pour Jésus-Christ, et pour les Écritures , est peut-être la seule chose qui distingue d'un pur déisme le christianisme de Genève.
Les ecclésiastiques font encore mieux à Genève que d'être tolérans ; il se renferment uniquement dans leurs fonctions, en donnant les premiers aux citoyens l'exemple de la soumission
4i2 DESCRIPTION ABRÉGÉE, etc.
aux lois. Le consistoire établi pour veiller sur les mœurs n^inflige que des peines spirituelles. La grande querelle du sacerdoce et de l'Empire, qui dans des siècles d'ignorance a ébranlé la couronne de tant d'empereurs y et qui comme nous ne le savons que trop, cause des. troubles fâcheux dans des siècles plus éclairés, n'est point connue à Genève; le clergé n'y fait rien sans Fapprobation des magistrats.
Le culte est fort simple ; point d'images , point de luminaire, point d'omémens dans les églises. On vient pourtant de donner Il la cathédrale un portail d'assez bon goût ; peut*-étre parviendra-t-on peu à peu à décorer l'intérieur des temples. Ou serait en effet l'inconvénient d'avoir des tableaux et des statues, en avertissant le peuple , si l'on voulait , de ne leur rendre aucun culte , et de ne les regarder que comme des monumens destinés à retracer d'une manière frappante et agréable les principaux événemens de la religion ? les arts y gagneraient sans que la superstition en profitât. Nous parlons ici , comme le lecteur doit le sentir,' dans les principes des pasteurs genevois, et non dans ceux de l'église catholique.
Le service divin renferme deux choses , les prédications et le chant. Les prédications se bornent presque uniquement à la morale , et n'en valent que mieux. Le chant est d'asseï mauvais ^ùt ; et les vers français qu'on chante , plus mauvais encore. Il' faut espérer que Genève se réformera sur ces deqpi points. On vient de placer un orgue dans la cathédrale ; et peut-être parviendra-t-on à louer Dieu en meilleur langage et en meilleure musique. Du reste , la vérité nous oblige de dire que l'Etre suprême est honoré à Genève avec une décence et un recueillement qu'on ne remarque point dans nos églises.
Nous ne donnerons peut-être pas d'aussi grands articles aux plus vastes monarchies ; mais aux yeux du philosophe, la république des abeilles n'est pas moins intéressante que l'histoire des grands Empires , et ce n'est peut-être que dans les petits États qu'on peut trouver le modèle d'une parfaite administration politique. Si la religion ne nous permet pas de penser que les Genevois aient efficacement travaillé à leur bonheur dans l'autre monde , la raison nous oblige de croire qu'ils sont à peu près aussi heureux qu'on le peut être dans celui-ci.
OJortunaîot nimiitmf sua si bona norint I
AVERTISSEMENT
SUR LA AJSnnCATION DE l'aRTICUC GEVàVB DE L'EBTCTCLOPfoE '<
^% tuas diila vérité et ^u^on veuille te jeter des pierres , die un mct^ àma philosophe, retire-^oi à Pécmrt, premds patience et taiS'-toi ; la vérité Jlnira par être connue. C'est oe qui est eirtrë à Tatiteur de Tartide Genève dans rSncjdopédie. H A?ait tâché d'exposer arec Térite dans cet artide la croyance des minislres genevois. Vingt hro^ churcs Tont accusé de calomnie ; on le menaçait d'une déclaration des pasteurs destinée & le confondre. La déclaration tant annoncée a tu le jour ; et quoique le consistoire ait employé six semaines k la dresser , elle a pleinement justifié Tauleur de Fartide. C'est de quoi on sera con?aincu par les notes qu'an théologien a jointes à cette dédaration dans le temps qu'dle parut ; on reoMt id ces notes ayec la dédaratioa même.
Rousseau de Génère , qui d'abord avait semUé vouloir défendre ses pasteurs , a rendu bientôt après à la vérité la justice la plus éclatante. On a mis à la suite de la profession de foi du consistoire , l'extrait des deux assertions de Rousseau , la première où il essaie de justifier les ministres , la seconde où il les accuse avec bien plus de force qu'il ne les avait défendus. Ces deux assertions , si singulièrement opposées , pourront fournir aux philosophes quelques réflexioBa qu on leur laisse à faire. On s'est contenté , pour la justification la plus frappante de Tartide Genève , de mettre en italique dans les deux extraits les endroits les plus marqués par leur opposition ; le lecteur en verra mieux à quel point Rousseau a changé d'avis.
Un ministre protestant , homme très-fin , ou qui croit Tètre, s'eit persuadé qu'il embarrasserait beaucoup l'auteur de l'artide Genève , en lui faisant l'objection suivante : Cest un crime , selon vous , d^ac~ cuser légèrement quelqu^un d'irréligion ; pourquoi donc en accuse»^ vous les ministres de Genève ? La réponse est trop aisée. En premier lieu , on verra par les pièces suivantes si l'auteur de Fartide Genève a imputé légèrement tLUx ministres les opinions qu'il leur attribue. En seicond lieu , et cette réponse est la plus essentielle , ce n'est point du tout d^ irréligion qu'on les a accusés dans cet écrit ; on a simplement dit , que de bons protestans qu'ils étaient du temps de Calvin leur patriarche , ils étaient devenus sodniens ; cda signifie seulement dans la bouche d'un cathofique , que ces ministres n'ont Jait que changer d'hé^ résie, et quds ont même eu le mérite de substituer A celle qi/ils pro» fessaient , des erreurs plus conséquentes à leurs principes. Quand
* On ne t'est détermina à donner cette courte juttiication de l'article Ge^ nèt^e de FEncydopédie, que parce qu'elle renferme quelques morceaux dont la lecture int«fretsera par les reflexions qu'elle doit occasioner.
42Î AVERTISSEMENT
on accuse qoelqu'uo d'irréligioo , c'est souvent une ealomaie , et c*est toujours k dessein de loi nnire ; on nm wcnln ni culommer , m ser les pasteurs de Génère , mus les looer au oontrûre d*ètre an conséquens , s'ils ne sont pas orthodoxes. On se flatte même qaUsont bien senti Tintention de Tauteur ; aussi ne sont-ils pas aossi lidiés qu'ils le paraissent. Un seul , le plus coupable d*entre eux , s^ils le sont, a fait beaucoup plus le Hkiié que les autres. Cest le même dont il est parlé pins bas dans les notes sur la profcMion de foi des ministres , et qui ayant jugé la rérâation mécessmire dam la preauére édition de son Catéchisme , ne Ta plus jugée ^ntUe dans la seconde : anr quoi un de ses confrères , scandalisé de cet emute» , hd fit obaerrer , qu'apparemment dans la troisième édition il ne troutcrait pb» la révélation que commode , dans la quatrième quelque diose de moins , et ainsi de suite k diaqne édition. C<Hnme il est fort accommodant , il a promis de se corriger; et après aToir donné d'abord la rémâation pour nécessaire , ensuite pour utile , il s'est cngigé à la redonner pour n^cessaire dans la troisième édition^ si jamais il en fait une. Ce faiseur de catéchismes ^ ou la révélation est traitée arec tant de décence , cet homme dont la théologie sodnienne est notoirement oonnne de ses confrères , et qui même a essnjé sur ce sujet les veprodies les plus ^^^»«"« et les plus inutiles de la part des ministres de Hollande , est par cette raison même celui de tous qui crie le plus hant à l'imposture ; c'est lui qui imprime contre l'auteur de l'artide Gemèoe de petits livres ignorés , qu'il fait paraître sous le nom d'an antre écrivain , assez vil pour prêter son nom k la satire et à la calomnie. Blalheoreusement pour ce ministre , ses défenses et ses invectives n'ont détrompé peiv sonne ; il est resté sodnien dans l'esprit de tout le monde , et dans l'esprit des bpnnêtes gens quelque chose de pins. Oi ne perdra point ici son temps k relever les faussetés el les inepties répandues dans ses brochures ; qui les a lues , et quisanrail de qnot on veut parler ? Celui qu'on y attaque n'a pu même en soutenir la lecture jusqu'à la fin.
Mais ce qui est vraiment incoafNréhsnsâili > c'est la conduite des prêtres del'Ef^Use catholique au siqct de Tartide Gemè\^, O Bossuet! où êtes-vous ? il y a quatre-vingts ans qne vous avei prédit que les principes des protestans les conduiraient au socinianisflM ; qne de remercîroens n'auriez-vous pas fait k l'auteur de l'artide , d'avoir attesté k toute l'Europe la vérité de votre prédiction ? Et que penseries-^vous aujourd'hui de ces théologiens catholiques , qui à la vérité ne sont pas des Bossuet, et qui ne sentant pas combien Tartide Genève est utile k leur cause , ont eu la simplidté de prendre l'auteur à parti ? Est-il étonnant que cette conduite étrange ait en même temps fait rire et révolté les gens raisonnables ? On trouvera k la suite des deux extraits de Rousseau les réQexions faites à ce sujet par un homme d'esprit qui a bien vu le clergé de Genève , et qui paraît bien connaître le nôtre.
Un philosophe qui s'intéresse au progrès de la tolérance , a prétendu querarticle Genève , en dévoilant imprudemment et mal à propos les
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opinioiis des miDÎstres de cette Eglise , les ferait changer de mal en pis pour démentir Tauteur , et de soeiniens tolérans qu*ils sont , les rendrait calvinistes amers et atroces , semblables en un mot au fondateur de leur secte. Vaine frayeur ! scrupule mal fondé ! Si ces minbtres se sont inscrits en faux contre Fartide Genève , il est clair que c*est seulement pour la forme , et qn^ils ne donnent leur profession de foi que pour ce qu^elle est en e£fêt. Us continueront d'ailleurs à penser et à parler toujours , soit en particulier , soit en public , comme ib faisaient avant cette profession de foi ; c*est de quoi peuvent rendre témoigni^e tous les Français éclairés qui ont été à Genève depuis cette époque. De ce nombre et k leur tête est Fhomme d'esprit dont on vient de parler , et qu'on a cru devoir citer de préférence en cette occasion.
On croit pouvoir ajouter que si rËglise de Genève a pour le présent quelques petits reproches k craindre de la part des autres Églises protestantes , ces reproches ne seront que passagers , et qu'un jour , qui n'est peut-être pas bien éloigné , elle aura la satisfaction , selon la remarque de Bossuet , de voir ces Eglises réunies avec elle dans une même croyance. Tout concourt à rendre plus que probable la vérité de cette prédiction , pour laquelle on ose ici prendre date , tant on se croit sûr qu'elle n'est pas hasardée.