‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 125 sur 158 · DESCRIPTION ABRÉGÉE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION ABRÉGÉE

^leaax couverts de maisons de campagne le long du lac , et a quelques lieues les sommets toujours glacés des Alpes , qui paraissent des montagnes d'argent lorsqu'ils sont éclaires par le soleil dans les beaux jours. \je port de GeneTe sur le lac avec des jetées , ses barques , ses marchés , et sa position entre la France , l'Italie et l'Allemagne , la rendent industrieuse , riche et commerçante. Elle a plusieurs beaux édifices et des promenades agréables ; les rues sont éclairées la nuit , et on a construit sar le Rhône une machine à pompe fort simple, qui fournit de l'eaa jusqu'aux quartiers les plus élevés , à cent pieds de haut. Le lac est d'environ dix-huit lieues de long , et de quatre à cinq dans sa plus grande largeur. Cest une espèce de petite mer qui a ses tempêtes , et qui produit d'autres phénomènes curieux.

Jules-César parle de Genève comme d'une ville des Allobroges, alors province romaine ; il y vint pour s'opposer au passage des Helvétiens, qu'on a depuis appelés Suisses, Dès que le christianisme fut introduit dans cette ville y elle devint un siège épîscopalf suffragant de Vienne. Au commencement du cinquième siècle , l'empereur Honorius la céda aux Bourguignons qui en furent dépossédés en 534 par les rois Francs. Lorsque Charlemagne , sur la fin du huitième siècle , alla combattre les rois des Lombards , et délivrer de ces tyrans les souverains pontifes, qui l'en récompensèrent bien par la couronne impériale, ce prince passa à Genève , et en fit le rendez-vous général de sou armée. Cette ville fut ensuite annexée par héritage à l'Empire germanique, et Conrad y vint prendre la couronne en 1034. Mais les empereurs ses successeurs , occupés d'affaires très-importantes que leur suscitèrent les papes pendant plus de trois cents ans , ayant négligé d'avoir les yeux sur cette ville , elle secoua insensiblement le joug , et devint une ville impériale qui eut son évêque pour prince , ou plutôt pour seigneur ; car l'autorité de l'évéque était tempérée par celle des citoyens. Les armoiries qu'elle prit dès-lors exprimaient cette constitution mixte ; c'était une aigle impériale d'un côté , et de l'autre une clef représentant le pouvoir de l'Église , avec cette devise , post tenebras lux. La ville de Genève a conservé ces armes après avoir renoncé à l'Église romaine ; elle n'a plus de commun avec la papauté que les clefs qu'elle porte dans son écusson ; il est même assez singulier qu'elle les ait conservées , après avoir brisé avec une espèce de superstition tous les liens qui pouvaient l'attacher à Rome ; elle a pensé apparemment que la devise , post tene^ bras lux, qui exprime parfaitement, à ce qu'elle croit, son état actuel par rapport k la religion , lui permettait de ne rien changer au reste de ses armoiries.

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Les ducs de Savoie , Toisins de Genève , appuyés quelquefois par les évéques , firent insensiblement et à différentes reprises , des efforts pour établir leur autorité dans cette ville ; mais elle j résista avec courage , soutenue de l'alliance de Fribourg et de celle de Berne. Ce fut alors » c'est-à-dire vers 1626, que le conseil des deux cents fut établi. Les opinions de Luther et de Zuingle commençaient k s'introduire ; Berne les avait adoptées ; Genève les goûtait ; elle les admit enfin en i535; la papauté fut abolie ; et Févéque qui prend toujours le titre à'évéque de Ge^ nève, sans y avoir plus de juridiction que Tévéque de Babylone n'en a dans son diocèse , est résident à Annecy depuis ce temps-là.

On voit encore entre les deux portes de l'hôtel-de-ville de Genève , une inscription latine en Vnémoire de Tabolition de la religion catholique. Le pape y est appelé Yantechrist : cette expression que le fanatisme de la liberté et de la nouveauté s'^t permise dans un siècle encore à demi-barbare , nous parait peu digne aujourd'hui d'une ville aussi philosophe. Nous osons l'inviter à substituer à ce monument injurieux et grossier , une inscription plus vraie , plus noble et plus simple. Pour les catholiques y le pape est le chef de là véritable Église ; pour les protestans sages et modérés, c'est un souverain quils respectent comme prince sans lui obéir : mais dans un siècle tel que le nôtre , il n'est plus d'antechrist pour personne.

Genève , pour défendre sa liberté contre les entreprises des ducs de Savoie et de ses évéques , se fortifia encore de l'alliance de Zurich , et surtout de celle de la France. Ce fut avec ces secours qu'elle résista aux armes de Charles-Enmianuel , et aux trésors de PhilippeJI , prince dont l'ambition y le despotisme , la cruauté et la superstition assurent à sa mémoire l'exécration de la pos^ térité. Henri FV, qui avait secouru Genève de trois cents soldats, eut bientôt après besoin lui-même de ses secours; elle ne lui fut pas inutile dans le temps de la ligue et dans d'autres occasions : de là sont venus les privilèges dont les Genevois jouissent en France comme les Suisses.

Ces peuples voulant donner de la célébrité à leur ville y appelèrent Calvin , qui jouissait avec justice d'une grande réputation , homme de lettres du premier ordre , écrivant en latin aussi bien qu'on le peut faire dans une langue morte , et en français avec une pureté singulière pour son temps ; cette pureté que nos habiles grammairiens admirent encore aujourd'hui, rend ses écrits bien supérieurs à presque tous ceux du même siècle , comme les ouvrages de Port-Royal se distinguent encore aujourd'hui par la même raison , des rapsodies barbares de leurs

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adversaires et de leurs contemporains. Calvin , jurisconsulte ba* bile et tbëologien aussi éclairé qu'un bérétique le peut être , dressa de concert avec les magistrats un recueil de lois civiles et ecclésiastiques , qui fut approuvé en 1 543, par le peuple, et qui est devenu le code fondamental de la république. Le superflu des biens ecclésiastiques , qui servait avant la réforme à nourrir le luxe des évéques et de leurs subalternes , fat appliqué k la fondation d'un hôpital , d'un collège et d'une académie ; mais les guerres que Genève eut à soutenir pendant près de soixante ans, empêchèrent les arts et le commerce d'y fleurir autant que les sciences. Enfin le mauvais succès de l'escalade tentée en i(k>2 par le duc de Savoie , a été l'époque de la tranquillité de cette république. Les Genevois repoussèrent leurs ennemis qui les avaient attaqués pas surprise ; et pour dégoûter le duc de Savoie d'entreprises semblables , ils firent pendre treice des principaux généraux ennemis. Ils crurent pouvoir traiter comme des voleurs de grand chemin , des hommes qui avaient attaqué leur ville sans déclaration de guerre : car cette politique singulière et nouvelle^, qui consiste à faire la guerre sans l'avoir déclarée , n'était pas encore connue en Europe ; et eût-elle été pratiquée dès-lors par les grands États , elle est trop préjudiciable aux petits , pour qu'elle puisse jamais être de leur goût.

Le duc Charles-Emmanuel se voyant repoussé et ses généraux pendus, renonça à s'emparer de Genève. Son exemple servit de leçon à ses successeurs ; et depuis ce temps , cette ville n'a cessé de se peupler, de s'enrichir et de s'embellir dans le sein de la paix. Quelques dissensions intestines, dont la dernière a éclaté en 1788, ont de temps en temps altéré légèrement la tranquillité de la répubh'que; mais tout a été heureusement pacifié par la médiation de la France et des cantons confédérés ; et la sûreté est aujourd'hui établie au dehors plus fortement que jamais, par deux nouveaux traités, l'un avec la France en 1749» l'autre avec le roi de Sardaigne en i754.

Cest une chose très-singulière , qu'une ville qui compte ii peine vingt-quatre mille habitans , et dont le territoire morcelé ne contient pas trente villages, ne laisse pas d'être un Etat souverain , et une des villes les plus florissantes • de l'Europe. Riche par sa liberté et par son commerce , elle voit souvent au«* tour d'elle tout en feu sans jamais s'en ressentir; les événemens qui agitent l'Europe ne sont pour elle qu'un spectacle dont elle jouit sans y prendre part : atUchée à la France par ses traités et par son commerce, aux Anglais par son commerce et par la religion , et trop sage pour prendre d'ailleurs aucune part aux guerres que ces deux nations puissantes se font l'une à l'autre ,

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elle prononce avec impartialité sar la justice de ces guerres , et juge tous les souverains de l'Europe , sans les flatter , sans les blesser , sans les craindre.

La ville est bien fortifiée , surtout du côté du prince qu'elle redoute le plus , du roi de Sardaigna. Du côté de la France, elle est presque ouverte et sans défense. Mais le service s'y fait comme dans une ville de guerre ; les arsenaux et les magasin» sont bien fournis ; chaque citoyen y est soldat comme en Suisse et dans l'ancienne Rome. On permet aux Genevois de servir dans les troupes étrangères ; mais l'État ne fournit à aucune puissance des compagnies avouées , et ne souffre dans son territoire aucun enrôlement.

Quoique la ville soit riche , l'État est pauvre par la répugnance que témoigne le peuple pour de nouveaux impôts ^ même les moins onéreux. Le revenu de l'État ne va pas à cinq cent m>lle livres monnaie dé France ; mais l'économie admirable avec laquelle il est administré , suffit à tout , et produit même di s sommes en réserve pour les besoins extraordinaires.

On distingue dans Genève quatre ordres de personnes : les ci-' tojrens qui sont fils de bourgeois et nés dans la ville; eux seuls peuvent parvenir à la magistrature : les bourgeois, qui sont fi?s de bourgeois ou de citoyens , mais nés en pays étranger, ou qui étant étrangers ont acquis le droit de bourgeoisie que le magistrat peut conférer ; ils peuvent être du conseil-général , et même du grand conseil , appelé des deux cents. Les habitons sont des étrangers , qui ont permission du magistrat de demeurer dans la ville 9 et qui n'y sont rien autre chose. Enfin les natifs sont les fils des habitans ; ils ont quelques privilèges de plus que leurs pères , mais ils sont exclus du gouvernement.

A la tête de la république sont quatre syndics , qui ne peuvent l'être qu'un an , et ne le redevenir qu'après quatre ans. Aux syndics est joint le petit conseil , composé de vingt conseillers 9 d'un trésorier et de deux secrétaires d'État, et un autre corps qu'on appelle delà justice. Les afiaires journalières et qui demandent expédition , soit criminelles , soit civiles , sont l'objet de ces deux. corps.

Le graiid<*conseil est composé de deux cent cinquante citoyens ou bourgeois : il est juge des grandes causes civiles, il fait grâce, il bat monnaie y il élit les membres du petit-conseil , il délibère sur ce qui doit être porté au conseil-général. Ce conseil*général embrasse le corps entier des citoyens et des bourgeois , excepté ceux qui n'ont pas vingt-cinq ans , les banqueroutiers , et ceux qui ont eu quelque flétrissure. C'est à cette assemblée qu'appartiennent le pouvoir législatif, le droit de la guerre et de la paix.

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les alliances , les impôts , et l'élection des principaux magiS' trats , qui se fait dans la cathédrale avec beaucoup d'ordre et de décence, quoique le nombre des votans soit d'environ quinze cents personnes.

On voit par ce détail que le gouvernement de Genève a tons les avantages et aucun des inconvéniens de la démocratie ; tout est sous la direction des syndics , tout émane du petit conseil pour la délibération , et tout retourne à lui pour l'exécution r ainsi il semble que la ville de Genève ait pris pour modèle cette loi si sage du gouvernement des anciens Germains : De ndnori^ bus rébus principes consultant, de majoribus omnes; ita tamen, utea quorum pênes plebem arbitrium est , apud principes prce^ tractentur. Tacite , de mor. Germon.

Le droit civil de Genève est presque tout tiré du droit romain , avec quelques modifications : par exemple , un père ne peut jamais disposer que de la moitié de son bien en faveur de qui il lui plaît, le reste se partage également entre ses enfans. Cette loi assure d'un côté la dépendance des enfans , et de l'autre elle prévient l'injustice des pères.

Montesquieu appelle avec raison une belle loi, celle qui ex-^ dut des charges de la république les citoyens qui n'acquittent pas les dettes de leur père après sa mort , et à plus forte raison ceux qui n'acquittent pas leurs dettes propres.

On n'étend point les degrés de parenté qui prohibent le mariage , au-delà de ceux que marque le Lévitique : ainsi les cousins-germains peuvent se marier ensemble, mais aussi point de dispense dans les cas prohibés. On accorde le divorce en cas d'adultère ou de désertion malicieuse , après des proclamations juridiques.

La justice criminelle s'exerce avec plus d'exactitude que de rigueur. La question , déjà abolie dans plusieurs Etats , et qui devrait l'être partout comme une cruauté inutile , est proscrite à Genève ; on ne la donne qu'à des criminels déjà condamnés à mort , pour découvrir leurs complices s'il est nécessaire. L*accusé peut demander conununication de la procédure , et se faire assister de ses parens et d'un avocat pour plaider sa cause devant les juges à huis ouverts. Les sentences criminelles se rendent dans la place publique par les syndics , avec beaucoup d'appareil.

On ne connaît point à Genève de dignité héréditaire ; le fils d'un premier magistrat reste confondu dans la foule , s'il ne s'en tire par son mérite. La noblesse ni la richesse ne donnent ni rang , ni prérogatives , ni facilité pour s'élever aux charges t les brigues sont sévèrement défendues. Les emplois sont si peu

lucratifs ,, qu'ils n'ont pas de quoi exciter la cupidité ; ils ne peuvent tenter que des âmes nobles , par la considération qui y est attachée.

On voit peu de procès ; la plupart sont accommodés par des amis communs , par les avocats même , et par les juges.

Des lois somptuaires défendent l'usage des pierreries et de li» dorure , limitent la dépense des funérailles, et obligent tous les citoyens à aller à pied dans les rues : on n'a de voiture que pour la campagne. Ces lois , qu'on regarderait en France comme trop sévères , et presque comme barbares et inhumaines , ne sont point nuisibles aux véritables commodités de la vie, qu'on peut toujours se procurer k peu de frais ; elles ne retranchent que le faste , qui ne contribue point au bonheur , et qui ruine sans être utile.

Il n'y a peut-être point de ville oii il y ait plus de mariages heureux ; Genève est sur ce point à deux cents ans de no« mœurs. Les réglemens contre le luxe font qu'on ne craint point la multitude des enfans ; ainsi le luxe n'y est point , comme en France , un des grands obstacles a la population.

On ne soufifre point à Genève de comédie ; ce n'est pas qu'on y désapprouve les spectacles en eux-mêmes ; mais on craint, diton , le goût de parure , de dissipation et de libertinage que les troupes de comédiens répandent parmi la jeunesse. Cependant ne serait-il pas possible de remédier à cet inconvénient, par des lois sévères et bien exécutées sur la conduite des comédiens ? par ce moyen Genève aurait des spectacles et des mœurs , et jouirait de l'avantage des uns et des autres : les représentations théâtrales formeraient le goût des citoyens , et leur dbuneraient une finesse de tact , une délicatesse de sentiment qu'il est trèsdifficile d'acquérir sans ce secours. La littérature en profiterait , sans que le libertinage fit des progrès, et Genève réunirait à la sagesse de Lacédémone la politesse d'Athènes. Une autre considération , digne d'une république si sage et si éclairée, devrait peut-être l'engager à permettre les spectacles. Le préjugé barbare contre la profession de comédien , l'espèce d'avilissement oii nous avons mis ces hommes si nécessaires au progrès et an soutien des arts , est certainement une des principales causes qui contribue au dérèglement que* nous leur reprochons; ils cherchent à se dédommager par les plaisirs, de l'estime que leur état ne peut obtenir. Parmi nous , un comédien qui a des mœurs est doublement respectable ; mais à peine lui en savonsnous gré. Le traitant qui insulte à l'indigence publique et qui s'en nourrit , le courtisan qui rampe et qui ne paie point ses 4. 27

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dettes; voilà l'espèce d'hommes que nous honorons le plus. Si les comédiens étaient non-seulement soufferts à Genève « mais contenus d'abord par des réglemens sages , protégés ensuite » et même considérés dès qu'ils en seraient dignes , enfin absolument placés sur la même ligne que les autres citoyens , cette ville aurait bientôt l'aYantage de posséder ce qu'on croit si rare» et ce qui ne Test que par notre faute , une troupe de comédiens estimable. Ajoutons que cette troupe deviendrait bientôt la meil* leure de l'Europe ; plusieurs personnes pleines de goût et de disposition pour le théâtre , et qui craignent de se déshonorer parmi nous en s'y livrant 9 accourraient k Genève pour cultiver non-seulement sans honte , mais même avec estime « un talent si agréable et si peu commun. Le séjour de cette ville, que bien des Français regardent comme triste par la privation des spectacles, deviendrait alors le séjour des plaisirs honnêtes, comme il est celui de la philosophie et de la liberté ; et les étrangers ne feraient plus surpris de voir que df os une ville 011 les spectacles décens et réguliers sont défendus, on permette des farces grossières et sans esprit, aussi contraires au bon goût qu'aux bonnes mœurs. Ce n'est pas tout : peu à peu l'exemple des comédiens de Genève , la régularité de leur conduite , et la considération dont elle les ferait jouir , serviraient de modèle aux comédiens des antres nations, et de leçons à ceux qui les ont traités jusqu'ici avec tant de rigueur , et même d'inconséquence. On ne les verrait pas d'un côté pensionnés par le gouvernement, et de l'antre un objet d'anathême ; nos prêtres perdraient l'habitude de les excommunier, et nos bourgeois de les regarder avec mépris ; et une petite république aurait la gloire d'avoir réformé l'Europe sur ce point , plus important peut-être qu'on ne pense.

Genève a une université qu'on appelle Académie, oii la jeunesse est instruite gratuitement. Les professeurs peuvent devenir magistrats , et plusieurs le sont en effet devenus , ce qui contribue beaucoup à entretenir l'émulation et la célébrité de l'académie. Depuis quelques années on a établi aussi une école de dessin. Les avocats, les notaires, les médecins, forment des corps auxquels on n'est agrégé qu'après des examens publics ; et tous les corps de métiers ont aussi leurs réglemens, leurs apprentissages, et leurs chefs-d'œuvre.

La bibliothèque publique est bien assortie ; elle contient vingtsix mille volumes, et un asseï grand nombre de manuscrits. On prête ces livres à tous les citoyens ; ainsi chacun lit et s'éclaire : aussi le peuple est-il beaucoup plus instruit que partout ailleurs.

On ne s'aperçoit pas que ce soit un mal , comme on prétend que c'en serait un parmi nous. Peut-être les Genevois et nos^ politiques ont-ils également raison.

Après l'Angleterre , Genève a reçu la première Finoculation. de la petite vérole, qui a tant de peine à. s'établir en France, et qui pourtant s'y établira , quoique plusieurs de nos médecins la combattent encore, comme leurs prédécesseurs ont combattu la circulation du sang , l'émétique , et tant d'autres vérités incontestables ou de pratiques utiles.

Toutes les sciences et presque tous les arts ont été si bien cultivés à Genève , qu'on serait surpris de voir la liste des savans et des artistes en tout genre que cette ville a produits depuis deux siècles. Elle a eu même quelquefois l'avantage de posséder des étrangers célèbres , que sa situation agréable , et la liberté dont on y jouit , ont engagés a s'y retirer ; M. de Voltaire , qui depuis sept ans y a établi son séjour , retrouve chez ces républicains les mêmes marques d'estime et de considération qu'il a reçues de plusieurs monarques.

La fabrique qui fleurit le plus à Genève, est celle de l'Borlogerie ; elle occupe plus de la cinquième partie des citoyens. Les autres arts n'y sont pas négligés , entre autres l'agriculture ; on remédie au peu de fertilité du terroir à force de soin et de travail.

Toutes les maisons sont bâties de pierre , ce qui prévient trèssouvent les incendies , auxquels on apporte d'ailleurs un prompt remède par lé bel ordre établi pour les éteindre.

Les hôpitaux ne sont point à Genève , comme ailleurs , une simple retraite pour les pauvres malades et infirmes : on y exerce l'hospitalité envers les pauvres passans ; mais surtout on en tire une multitude de petites pensions qu'on distribue aux pauvres familles , pour les aider à vivre sans se déplacer , et sans renoncer à leur travail. Les hôpitaux dépensent par an plus , du triple de leur revenu, tant les aumônes de toute espèce sont abondantes.

Il nous reste à parler de la religion de Genève ; c'est la partie de cet article qui intéresse peut-être le plus les philosophes. Nous allons donc entrer dans ce détail ; mais nous prions nos lecteurs de se souvenir que nous ne sommes ici qu'historiens , et non controversistes , et que raconter n'est pas approuver.

La constitution ecclésiastique de (renève est purement presbytérienne ; point d'évêques , encore moins de chanoines : ce n'est pas qu'on désapprouve l'épiscopat ; mais comme on ne le croit pas de droit divin , on a pensé que des pasteurs moins riches

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