‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 135 sur 158 · DISCUSSION RELATIVE A J. J. ROUSSEAU · texte numérisé non relu

DISCUSSION RELATIVE A J. J. ROUSSEAU

mêmes : mais quand un auteur , assez yîI pour prostituer ainsi sa plume , se pare de la protection prétendue qu'un grand roi lui accorde, ceux qui sont assez lâches pour l'imiter ne font pas réflexion qu'un prince si éclairé et si sage ignore l'abus qu'on tait de son nom ; et ils osent s'oublier jusqu'à insulter en sa présence les hommes de lettres qu'il estime le plus. Je suis cependant bien éloigné , mon cher confrère , de vouloir priver Fréron des bontés que sa majesté a pour lui ; qu'il en jouisse et qu'il en fasse 9 s'il le peut , un meilleur usage : mais je vois que le roi de Pologne , si digne d'entendre la vérité , n'est pas assez heureux pour qu'on la lui dise toujours. Puisque vous avez eu occasion » mon cher et illustre confrère , de parler à sa majesté de l'intérêt que je prends à l'honneur des gens de lettres outragés en la personne de Rousseau , permettez-moi de la remercier trèshumblement , par votre bouche , des égards qu'elle a bien voulu avoir à mes représentations , et de mettre à ses pieds le profond respect dont je suis pénétré pour ses lumières et ses vertus. PermettezHSioi aussi de témoigner à madame la marquise de Bassompierre toute ma reconnaissance ; elle est bien digne de la confiance du roi , par la manière dont elle en use, et par la droiture de son esprit et de son cœur. Adieu , mon très-cher et trèsillustre confrère , soyez persuadé de l'attachement inviolable et de l'estime distinguée que je vous conserverai toute la vie. Votre très-humble, etc.

A M. DE SOLIGNAG , SECRÉTAïas de l'académie de Nancy.

JVXoNsiEUR le président Hénault vient , monsieur , de me faire en votre nom, une proposition qui aurait lieu de me surprendre, si j'avais l'honneur d'être connu de vous. Bien loin d'accepter , dans la société royale de Nancy, la place que l'on veut ôter à M. Palissot, je me réunis à Rousseau pour souhaiter qu'il la conserve et qu'il se corrige. Je ne connaissais pas même de nom M. Palissot avant la faute qu'il vient de faire ; M. le comte de Tressan m'a appris , par une même lettre , la comédie jouée à Nancy , et la justice qu'il en avait demandée au roi : ayant pour Rousseau l'estime que ses talens et sa vertu méritent , j'ai ûiit , monsieur, dans ma réponse à M. de Tressan , ce que vous auriez fait vous-même ; je l'ai confirmé dans les dispositions louables oii il me paraissait être de solliciter une juste réparation pour Rousseau. Je ne pensais plus à tout cela ; et je n'en avais parlé que très-légèrement à Rousseau , lorsque M. le comte de Tressan m'a appris , par une seconde lettre , que la comédie était imprimée sans permission ; il m'a en même temps envoyé copie

46o DISCUSSION

de la lettre qu'il a écrite au roi de Pologne pour demander une sëvëre et authentique justice de cette nouvelle infraction. Vous voyez , monsieur , que dans cette affaire je n'ai pas eu besoin d'exciter M. le comte de Tressan , je n'ai eu que celui de l'approuver. Mais à peine Rousseau a-t-il ëtë informé de l'orage prêt à fondre sur M. Palissot , qu'il a sur-le-champ écrit à M. le comte de Tressan pour demander la grâce du coupable. Ainsi vous voyez, monsieur, que M. le comte de Tressan, Rousseau et moi , nous avons fait chacun ce que nous devions. J'ai dû , en qualité d'ami de Rousseau , désirer qu'on lui fît justice ; mais j'approuve encore davantage le parti qu'il prend de pardonner , et que j'aurais certainement pris à sa placer si l'affaire m'eût re* gardé personnellement. Peut-être , monsieur , que dans une académie dont les Montesquieu ont été et dont les Fontenelle sont encore , on aurait pu se moins presser de recevoir M. Paiissot et quelques autres , dont le mérite se borne à un trèsfaible talent pour la satire ; mais il faut espérer qu'ils mériteront un jour cet honneur par de meilleurs ouvrages, et que d'honnêtes gens pourront alors regarder le titre de leur confrère comme un titre vraiment flatteur.

A M. DE TRESSAN, en béponse a sa lettre.

tJ E n'ai lu, monsieur, ni l'ancienne ni la nouvelle Dunciade, ni l'article dont vous parlez ; je n'ai aucune liaison avec les éditeurs des nouvelles encyclopédies , soit d'Yverdun , soit de Genève ; ainsi je ne puis ni ne dois leur CHToyer votre lettre. Tout Je monde sait d'ailleurs , et je suis surpris , monsieur , que vous paraissiez l'ignorer , que je n'ai point été l'éditeur des dix der— , niers volumes de l'Encyclopédie ancienne , ni par conséqment de celui qui renferme l'article parade ; aussi l'imputation trèsinjuste en elle-même , de vous avoir attribué faussement oet article , ne peut tomber sur moi , et le public ne pensera jamais à m'en faire l'application. Je pense donc que si vous jugez nécessaire d'avoir recours à quelqu'un pour rendre votre lettre publique , c'est à l'éditeur des dix derniers volumes de l'Encyclopédie , et non pas à moi que vous devez vous adresser. Mais je pense en même temps , monsieur , que si vous jugez honnête et convenable de publier cette lettre telle qu'elle est, ce que je vous laisse à examiner , vous u'avez besoin de personne pour la faire paraître , et que vous ne devez même pour cela vous adresser à personne. Il me semble seulement qu'il serait bon que vous communiquassiez votre lettre à la personne que vous voulez disculper, pour savoir si elle en sera contente. Quant à moi , je vous prie.

luonsieur , en cas que vous preniez le parti de donner votre lettre au public, de vouloir bien ne pas me faire présager l'espèce de reproche indiscret que vous paraissez faire à l'éditeur des dei^ niers volumes, d'avoir imprimé votre article. Je pourrais ajouter ici beaucoup d'autres réflexions ; mais l'affaire dont il s'agit n'est pas de nature à se traiter par écrit ; et je vous prie même de n'en plus parler , laissant à votre décision la conduite que vous devez tenir. Toutes ces raisons , monsieur , me paraissent pins que suffisantes pour me déterminer à vous renvoyer la lettre que vous m'avez fait l'honneur de me communiquer ; je vous remercie d'ailleurs de votre confiance , et je vous prie d'être persuadé de la reconnaissance avec laquelle j'ai l'honneur d'être , Votre trës-bumble , etc.

Page 1