‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 27 sur 158 · PREFACE DE LA VIE D'AGRICOLA · texte numérisé non relu

PREFACE DE LA VIE D'AGRICOLA

JNos pères transmettaient à la postérité les actions et le caractère des grands honunes : notre siècle , quoique peu sensible à ce qui l'honore , a conservé cet usage en faveur de quelques vertus du premier ordre , supérieures à l'ignorance et à l'envie , Vices des grands et des petits États. Comme nos ancêtres avaient plus de zèle et de liberté pour les belles actions, ce n'était ni la flatterie ni la vanité , c'était le plaisir seul de célébrer la vertu qui animait le génie. Plusieurs même , non par orgueil , mais par cette confiance que la probité inspire , osèrent écrire leur propre vie : 'Rntilius et Scaurus n'en furent ni moins crus , ni moins estimés ; car plus un siècle est fécond en vertus , plus il en connaît le prix. Pour moi , je n'ose écrire l'histoire d'Agri-

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cola qu'après sa mort; le temps où il a vécu, temps cruel et funeste à tout homme de bien, servira d'excuse à cette faiblesse.

Nous lisons que l'éloge de Thrasea par Rusticus, et celui d'Helvidius par Sénécion , furent traités de crime ; on immola et les auteun et leurs immortels ouvrages (173), que les triumivirs furent chargés de faire brûler dans les lieux même oit s'assemblait la nation. Nos tyrans croyaient sans doute étouffer dans ces flanmies la voix du peuple romain , la liberté du sénat et le ressentiment de l'univers. Les philosophes furent chassés , et toutes les sciences honnêtes bannies, afin qu'il ne restât aucune trace de vertu. Que nous avons montré de patience ! Les âges précédens ont vu la liberté à son comble , et nous la servitude. Toute société même était anéantie par l'espionnage; et nous eussions perdu jusqu'au souvenir de nos maux, si l'on était maître d'oublier comme de se taire.

L'espoir nous revient enfin. Nerva, dès le commencement de cet heureux siècle , a su réunir ce qu'on croyait incompatible y la souveraineté et la liberté; Trajan rend de jour en jour l'autorité plus douce : nous jouissons avec une sécurité entière de cette tranquillité publique , tant attendue et tant désirée. Mais 9 pour le malheur de l'humanité , les remèdes ont un effet plus lent que les maux ; et comme les corps sont long-temps à croître et se détruisent en un moment , il est aussi plus facile d'étouffer la lumière et le courage que de les rendre. La douceur de l'indolence séduit d'ailleurs insensiblement ; on commence par haïr cet état , on finit par l'aimer. De plus, durant l'espace de quinze ans , temps considérable dans la vie humaine , combien de citoyens ont disparu, plusieurs par des coups du hasard , les plus courageux par la cruauté du prince ! Réduits à un petit nombre, nous survivons, pour ainsi dire, non - seulement aux autres, mais à nous-mêmes, ayant perdu les plus belles années de notre vie , pour arriver en silence , les jeunes gens à la vieillesse , et les vieillards au bord du tombeau.

Discours de Gaîgacus * à ses soldats.

Quand j'envisage nos malheurs et les causes de la guerre ^ j'ai une ferme confiance que votre union fera renaître aujourd'hui la liberté dans toute la Bretagne. Échappés à l'esclavage , la terre finit ici pour nous , la mer même nous est fermée par la flotte des Romains. Ainsi le parti de combattre, honorable au courage, est ici l'asile de la lâcheté même.

' Gcaéral des Bretons, qui ullait combattre Agricola.

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Nos compatriotes, tantôt Tainqueurs, tantôt vainouft,nous regardaient comme leur ressource, nous, les plus distingues d'entre eux , habitant le centre de notre pays , ne voyant point les rivages esclaves, et n'ayant pas même les regards souillés par le voisinage de la servitude.

Placés à l'extrémité de la terre , dans le dernier rempart de la liberté , nous avons derrière nous les rochers , la mer , et les Romains dans notre pays. La modération, les égards' ne flé* chiront point leur orgueil. Dévastateurs du monde, si la terre leur manque, ils vont chercher les mers, avides quand l'ennenû est riche , oppreiaenrs quand il est pauvre. Ni l'Orient , ni l'Occident ne les rassasient. La rapine , le meurtre , ils l'osent appeler commandement , et nonuneilt paix la solitude d'un pays dévasté.

La nature a rendu cher à tout homme ses enfans et ses proches. Rome les enlève ici , pour être esclaves ailleurs^ Si vos femmes et vos sœurs ont échappé à la brutalité de l'ennemi , il les déshonore sous le nom d'ami et d'hôte ; on vous accable de tributs , on enlève vos blés , on excède vos forces même dans les bois et les marais , parmi les coups et les outrages. Les esclaves nés chex un maître sont nourris ou vendus par lui chaque jour ; la Bretagne achète et nourrit sa servitude : et comme les nouveaux esclaves sont le jouet des plus anciens, ainsi, dans ce vieil asservissement du monde, on veut nous anéantir comme les derniers et les plus vils.

Les tyrans haïssent la valeur et la fierté des sujets ; notre éloignement, nos retraites, en nous protégeant, nous font redouter. Ainsi , n'espérant point de pardon , que le soin de votre salut et de votre gloire vous ranime. Les Brigantes , coitmiandés par une femme , ont osé brûler une colonie , attaqaer les Romains, et seraient libres, si le succès ne les avait amollis. Et nous , jusqu'ici intacts et indomptés , ne montrerons-nous pas » dès le premier combat , quels vengeurs la Calédonie se ré-: servait ?

Croyez-vous les Romains aussi braves à la guerre que débordés à la paix? Forts de nos troubles et de nos dissensions , les vices de l'ennemi font la gloire de leurs armées » ce ramas de nations si diverses , que le succès seul tient ensemble , et qne les revers dissiperont. Car penses -vous que ces Gaulois, cea Germains , et, j'ai honte de le dire, la plupart de ces Bretons qui vendent leur vie à des tyrans étrangers, mais qui ont été plus long-temps ennemis qu'esclaves , puissent leur être attachés ? La crainte est un faible lien ; qu'on le brise , et la haine prendra sa place.

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, Tout nous anime à la victoire. Les Romains n'ont point ici ^e femmes qui les encouragent , de parens (^ui leur reproche- . ront la fuite ; la plupart sont sans patrie, ou en ont une autre. En petit nombre , tremblans , ignorant le pays , ne voyant qu'un ciel , une terre » une mer inconnus , les dieux les ont enfermés et liés ici pour nous les livrer.

Ne craignez pas ce vain éclat d'or et d'argent , qui ne peut ni blesser ni défendre. Dans l'armée ennemie même nous retrouverons nos troupes. Les Bretons reconnaîtront leurs intérêts, les Gaulois se rappelleront leur ancienne liberté, les Germains déserteront. Des ce moment plus de crainte ; leurs forteresses sont dégarnies , leurs colonies pleines de vieillards , leurs villes municipales toujours remuantes sous ces mattres injustes et mal obéis. Ici seulement ils ont un général et une armée (174); ailleurs des peuples écrasés d'imp6ts, et des esclaves opprimés. Ce champ de bataille va décider si ces tyrans seront éternels , ou enfin punis ; ainsi , en marchant au combat , penses à vos ancêtres et à vos descendans.

Discours d'Agricola à son armée.

Il y a huit ans , chers compagnons , que le génie invincible du peuple romain a dompté la Bretagne par votre courage et par vos armes. Tant de campagnes, tant de combats exigeaient et la vigueur contre l'ennemi, et une patience qui bravât la nature même ; le soldat et le cbef ont été contens l'un de l'autre. Arrivés vous et moi beaucoup plus loin que les autres armées et les autres généraux , nous voici enfin , non sur de vaines assurances, mais réellement, aux confins de la Bretagne , dans notre camp et sous les armes ; elle eslli la fois découverte et subjuguée.

Durant ces marches,. que retardaient sans cesse les montagnes, les marais, les fleuves , j'entendais crier les plus braves : QuofuI verrons-nous F ennemi? quand combattrons-nous ? Chsasé de 8i| tnniëre , il vient s'offrir à votre valeur et à vos vœux ; vainqueurs, tout vous sera facile, vaincus, tout vous sera contraire. Plus il a été glorieux pour vous d'avoir franchi tant de chemins ^ pénétré tant de forêts^ traversé tant d'inondations, plus la fuite rendrait dangereux ces obstacles si heureusement surmontés. Nous n'avons, comme l'ennemi , ni la connaissance des lieux , ni l'abondance (les vivres ; nos bras et nos armes , voilà notre espoir. Je suis convaincu depuis long-temps qu'une lâche retraite n'est sûre ni pour le général ni pour l'armée. Préférons donc une mort ho* norable à une vie honteuse. Ici sont attachés notre salut et notre

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gloire -y il sera beau même de tomber oii finissent le monde et la nature.

Si vous aviez affaire à des ennemis nouveaux et inconnus , je vous encouragerais par l'etemple des autres armées. Aujourd'hui ne pensez qu'à vos exploits ; ouvrez les yeux. Voilà ces hommes que vos seuls cris mirent en fuite Tannée dernière , quoiqu'ils eussent surpris, à la faveur de la nuit , une légion. S'ils ont survécu aux autres barbares , c'est qu'ils ont fui ploi vite .

Au fond des forêts , l'animal courageux défend sa vie , le faible et le timide est chassé par le bruit seul. Ainsi les plus braves des Bretons ont péri depuis long- temps; le reste n'est qu'une troupe lâche et tremblante : vous les trouvez enfin , non parce qu'ils vous ont attendus y mais parce qu'il n'y en a plus d'autres. La terreur les a fixés en ce lieu pour vous donner une victoire complète et mémorable. Couronnez donc , par ce dernier explcHt , cinquante années de gloire , et prouvez à la république que ni la durée de cette guerre , ni les révoltes des vaincus , ne peuvent vous être reprochées.

Fin de Vhistoire d'Agricola.

Quoiqu'Agricola , dans ses dépêches, rendit compte de sa victoire sans ostentation , Domitien , suivant sa coutume , reçut cette nouvelle la joie sur le visage et l'amertume dans le cœur. Il savait qu'on s'était moqué d'un faux triomphe sur les Germains j 011 il venait de montrer comme prisonniers des esclaves acdetés exprès ; tandis que la renommée célébrait la victoire réelle d'Agricola , fatale à tant de milliers d'ennemis. Il voyait avec crainte qu'un particulier était plus loué que lui ; qu'en vain il étouffait au barreau les talens paisibles, si on lui enlevait la gloire des armes ; qu'un empereur devait surtout être général, et qu'on exigeait moins sévèrement le reste (175). Tourmenté par cette inquiétude , et ( ce qui annonçait un dessein funeste ) se nourrissant de son fiel en silence (176) , il crut devoir laisser reposer sa haine jusqu'à ce que l'enthousiasme public et l'amour des soldats fussent ralentis ; car Agricola était encore en Bretagne.

Il lui fit donc décerner par le sénat les omemens du triomphe , l'érection d'une statue , et tout ce qui se donne au lieu. du triomphe (177) , en l'accablant d'éloges : il fit aussi courir le bruit qu'il lui destinait le gouvernement de Syrie.

Agricola partit , laissant à son successeur une province soumise et tranquille ; mais de crainte que l'empressement de se» amis et Taflluence des grands et du peuple à sa rencontre ne

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rendissent son arrivée trop brillante, il entra , suivant l'ordre de Domitien, de nuit à Rome et au palais. L'empereur l'embrassa froidement sans rien dire , et le laissa disparaître dans la foule des esclaves. Cependant Agricola y voulant tempérer par d'autres vertus l'éclat de ses exploits , choquant pour des hommes oisifs , rendit sa retraite plus rigoureuse ; simple dans ses vétemens , dans ses discours , sans autre cortège qu'un ou deux amis. La multitude, qui n'estime (178) que par vanité les grands hommes, cherchait sa réputation dans son extérieur ; peu Vj démêlaient.

Ayant quitté la cour , il j fut souvent accusé , et le prince forcé de l'absoudre. Sans reproche et sans aucun tort avec personne , il avait contre lui sa gloire , la haine de l'empereur pour la vertu, et des ennemis d'autant plus méchans, qu'ils le louaient. Bientôt nos disgrâces firent parler de lui. Une longue suite de malheurs , et chaque année marquée par de sanglantes défaites, forçaient de demander Agricola pour général : on comparait son expérience , sa fermeté , son courage , avec la lâcheté et la négligence des autres. Ce cri vint jusqu'aux oreilles de l'empereur. Tous ses affranchis appuyant la voix publique, les plus vertueux par attachement pour lui , les plus méchans par envie et par malignité , fortifiaient également son penchant au crime. Ainsi les vertus d'Agricola et la malice de ses ennemis le menaient à la gloire par un précipice.

Il était à la veille de tirer au sort le proconsulat d'Asie ou d'Afrique ; le meurtre récent de Civica lui servait d'avis , et à Domitien d'essai. Quelques confidens du prince vinrent, comme d'eux-mêmes , demander à Agricola s'il accepterait un gouvernement. D'abord ils se bornèrent à louer son amour pour le repos : ils s'offrirent ensuite de faire agréer son refus ; enfin levant le masque , et mêlant les menaces aux conseils , ils le traînèrent devant Domitien. L'empereur, préparé à feindre, entendit avec une hauteur étudiée les raisous de son refus, les approuva, et souffrit ses remercîmens sans rougir d'une grâce si odieuse. Quoiqu'il eût donné à d'autres la gratification cFusage pour les proconsulaires, il l'en priva, choqué peut-être de ce qu'elle n'était pas demandée , ou craignant de paraître acheter ce qu'il exigeait. On hait ceux qu'on a blessés ; tel est le cœur humain. Cependant la férocité de l'empereur, plus implacable lorsqu'elle se montrait moins , était adoucie par la prudence et la modération d'Agricola ; car il ne cherchait point, par une vaine ostentation de liberté et d'audace, la renommée et la mort. Il apprenait aux admirateurs de la licence que, sous un tyran, il peut y avoir de grands hommes; qu'une soumission décente, et une conduite mesurée, quoique ferme, est bien pins louable

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qu'une vertu remuante , qui fait mourir avec orgueil ; mais inutilement pour la patrie. -

Sa perte , déplorable pour nous , triste pour ses amis , n'a pas même été indifférente aux inconnus et aux étrangers. Tous , jus-

3u'à cette multitude occupée d'autres objets, venaient s'informer e son état; tous en parlaient, soit en pnblic, soit dans les cercles. Personne n'eut de joie de sa mort ; personne même ne l'oublia aussitôt. Le soupçon tres-répandu de poison rendait sa fin plus touchante. Je ne garantis point ce fait ; mais , pendant toute sa maladie , l'empereur , soit inquiétude , soit curiosité cruelle (179) , lui députa ses premiers affranchis et ses médecins de confiance plus fréquemment qu'un souverain n'envoie de pareils messages (180). Des courriers répandus sur la route rendaient compte au prince de ses derniers momens ; et personne ne crut affligeant pour lui ce qu'il était si pressé d'apprendre. Cependant il feignit une sorte de douleur (181), tranquille désormais sur l'objet de sa haine , et cachant mieux sa joie que sa crainte. On assure qu'ayant lu le testament d'Agricola , qui le nommait héritier avec une digne épouse et une fille chérie , il en fut flatté comme d'une marque d'estime. Aveuglé et corrompu par des flatteries continuelles , il ne sentait pas que le prince est un tyran des qu'un bon përe le fait son héritier (183). Agricola était né sous le troisième consulat de Caïus, le treize de juin. Il mourut dans sa cinquante-sixième année , le vingttrois aeût, sous le consulat de Collega et de Priscus. Son extérieur, si la postérité s'y intéresse , était noble sans fierté; son visage (i83), toujours serein, était de plus très-agréable : on le croyait aisément un homme de bien , et volontiers un grand homme. Quoiqu'enlevé au milieu de sa course , il a vécu très— long-temps pour sa gloire : il a joui des vrais avantages de la vertu, et , après les honneurs du consulat et du triomphe, que pouvait y ajouter la fortune ? Son bien était honnête sans être excessif. Heureux de n'avoir point survécu à son épouse et à sa fille , il l'est encore d'avoir joui de son mérite , de sa gloire, de ses proches et de ses amis , et d'être échappé à l'avenir qui le menaçait. Car si d'un côté il désirait de voir Trajan régner, et de jooir avec nous de ce siècle heureux qu'il n'a fait que présager et qu'entrevoir ; de l'autre , il se consolait d'une mort prématurée , qui le dérobait à ces temps cruels , 011 Domitien ne laissant plus respirer l'État par intervalles , l'engloutit comme d'un seul coup.

Agricola n'a point vu le sénat assiégé et bloqué de gens armés, tant de consulaires égorgés , tant de femmes du premier rang exilées ou fugitives. Le délateur Metius n'avait encore eu qu'un succès; les discours cruels de Messallinus étaient renfermés dana

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le palais du tyran ; et Ton accusait encore Massa Bebius. Bientôt nous trainâmes de nos propres mains Helvidius en prison ; nous vimes condamner Mauricus et Rusticus ; Sénëcion nous couvrit de son sang innocent. Néron du moins détournait les jeux , et ordonnait les crimes sans les voir : la présence de Domitien était plus cruelle que les supplices même ; nos soupirs étaient comptés , et le visage du tyran , enflammé par le crime et inaccessible à la bonté (i84) » rendait plus touchante la pâleur de tant de mourans. Heureux Agricola j et d'avoir vécu avec tant de gloire, et d'avoir fini si à propos ! Ceux qui ont reçu vos dernières pa-rôles assurent que vous avez quitté la vie avec courage et sans regret , comme pour justifier ou absoudre le prince autant qu'il était en vous (i85). A la perte cruelle que nous avons faite votre fille et moi ' , se joint la douleur de n'avoir pu adoucir votre maladie par notre présence et par nos soins , jouir de vos regards et de vos embrassemens. Nous eussions recueilli vos instructions et vos dernières volontés pour en conserver profondément le souvenir; cette privation amëre nous perce le cœur; une longue et malheureuse absence nous avait fait perdre depuis quatre ans le meilleur de tous les pères. Vous avez reçu sans doute , par les soins d'une tendre épouse, tous les honneurs qui vous étaient dus : mais trop peu de larmes ont coulé sur votre tombeau , et vos yeux , en se fermant , ont cherché les nôtres (i86).

S'il y a pour les mânes des gens de bien un lieu de retraite ; si leur âme, comme le pensent les sages , ne s'éteint pas avec le corps , jouissez du plus doux repos ; calmez notre douleur , et ranimez notre faiblesse en nous o£frant l'image de vos vertus : ce n'est point en les pleurant que nous les louerons comme elles le méritent, c'est en les admirant et en tâchant de les imiter. Tel est l'hommage que vous doit notre tendresse. J'exhorte votre^ épouse et votre fille à honorer la mémoire de leur époux et de leur përé , en se rappelant toutes vos actions , toutes vos paroles, çt à jouir de votre gloire et de votre âme plus encore que de votre image. Ce n'est pas que je désapprouve ces monumens d'airain ou de marbre ; mais les statues des héros s'altèrent et périssent comme leurs traits; ceux de leur âme sont étemels, et peuvent être exprimés et conservés , non par un art et un modèle étranger, mais en retraçant leurs mœurs par les siennes. Tout ce que nous avons admiré d'Agricola , tout ce que nous en avons aimé , subsiste , et subsistera dans le cœur des hommes , dans l'éternité des temps, dans les annales de l'univers. Plosieurs anciens héros , inconnus et sans gloire , sont ensevelis dans l'oubli : Agricola , par son histoire , vivra dans la postérité. ' Agricola ciait b«ia-p^rc He Tacite.

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(i) oouMiss à des rois. Cette expression , soumise , me parait indiquée et même exigée par le texte ^ reges hahuére ; le mot habuére semble marquer le despotisme , en effet très-réel , des rois de Rome , qui regardaient TEtat comme leur bien , et traitaient leurs peuples en esclaves. Gouvernée par des rois , n'aurait été , si je ne me trompe , ni aussi juste , ni aussi fidèle.

(a) On créait au besoin des dictateurs passagers, Dictaturœ ad tempus sumebantur. Il me semble que les mots ad iempus sumebantur renferment les deux choses que j'ai tâché d'exprimer ; saroir que les dictateurs étaient créés quand les circonstances Vexigetùeni , et quHls n* avaient de pouvoir que pour un temps,

(3) Les tribuns consulaires cessèrent bientôt. Le texte porte à la lettre , les tribuns militaires , revêtus du pouvoir consulaire, cessèrent bientôt. J'ai cru pouvoir abréger celle périphrase , d'ailleurs peu harmonieuse , en donnant à ces tribuns , avec quelques écrivains , le nom de tribuns consulaires. Us furent créés ù diverses reprises pendant le quatrième siècle de la fondation de Rome.

(4) dnna et Sylla régnèrent peu. Le texte porte à la lettre : Ut do^ mination de dnna et celle de Sylla ne furent pas longues. Le tour que j'ai suivi est plus vif et plus rapide ; et il me semble que dans ce tableau raccourci de tonte l'histoire romaine , la rapidité est un mérite essentiel. Il est vrai que Cinna et Sylla n'eurent point le nom de rois ; mais ils en avaient l'autorité : ainsi on peut dire proprement qu'ils régnaient. On peut au reste traduire , si l'on veut , Cinna et Syllafitreni peu de temps les maitres ; ce qui est presque aussi court , et d'une exactitude plus rigoureuse.

' Les notes suivantes sont destinées h rendre raison de la manière dont i^ai traduit certains endroits de Tacite. J'ai cru devoir me renfermer dans cfi objet , ayant d'ailleurs mis au bas du texte les notes historiques absolomcnl nécessaires.

Je ne doi:» peut-être pas laisser ignorer au pulilic que cette traduction a etf attaquée dans un ouvrage périodique par un écrivain anonyme; mais, ce me bemblc, avec beaucoup plus d'aigreur et de mauvaise foi que d'équité. On en peut voir la preuve lians VObseruateur littéraire de M. Pabhc de La Porte, de 1758, tom. 11, pag. iQ^, et dans le Journal encyclopédique de février 1760. Il me semble qu'à Pcxccption d'un ou de deux endroits sur lesquels la critique fie Panonyroe était juste (quoique appuyée sur d'assez mauvaises raisons), j'ai c'ië pleinement justifié par les deux Journalistes. Au reste , la plupart des notes qu'on va lire tombent sur des endroits sur lesquels personne ne m'a fait d'objection. Ces notes sont l>eaucoup plus nombreuses que dans les éditions précédentes; elle^ serviront du moins & prouver que si je me suis écarté plus d'une fois des antres traducteurs , ce n'a pas été sans le savoir et sans y être déterminé par des motifs au moins plausibles, mais qui peut-être ne le paraftroni pas k d'autres autant qu'ji moi. Les gens de lettres en jugeront.

NOTES. i6i

(5) Sous le nom de chef; nondne principis. J*ai cru devoir traduire en cet endroit princeps par chef et non par prince. Le nom de prince^ en notre langue , désigne trop le pouvoir d'un maître ; et Auguste voulait être souverain sans en porter le nom , pour ne pas trop révolter des hommes accoutumés à la liberté et au noip de la république : c'est ce qu'on peut voir plus bas , non regno , negue dicUtturâ , sed principis nomine constiàitam rempublicam ; et plus bas encore Tibère est appelé caput reipublicœ. Princeps ne signifie proprement que le premier , le chef d'un certain nombre de personnes. Bfille exemples en sont la preuve. Tacite , dans ses Mceurs des Germains, dit au chap. 1 1 , rex , aut princeps , qu'on ne peut traduire que par ces mots , le roi , ou le chef. Le passage suivant du même ouvrage , chap. x4f est encore plus décisif. Princeps pro Victoria pugnant, comités pro principe ; où Ton voit qae' princeps n*est ici que le chef de ses compagnons , primas inter pares. Dans l'endroit des Annales dont il s'agit ici , Davanzati traduit princeps par principale , ce qui revient à notre traduction ; Gordon tnAmt prince ou chef du sénats ce açai n'est, à mon avis, qu'une assez mauvaise périphrase ; d'ailleurs, prince du sénat ne signifie rien f ce me semble , s'il ne veut dire le chejf, le premier du sénat. Enfin, du sénat n'est point dans le texte ; et assurément Tacite n'eût pas omis le mot senatûs , s'il eût été nécessaire. Pour moi , je pense qu'Auguste , lorsqu'il prenait simplement le titre de princeps ^ ne voulait pas se borner à être le chef du sénat , ni regardé seulement comme tel , mais à être reconnu comme chef de l'Etat, et traité en conséquence ; et que, ne voulant pas exprimer trop clairement cette prétention , il se bornait au titre vague de chef, sans y ajouter rien , afin de donner à ce mot l'étendue et le sens qu'il jugerait à propos. Nous savons de plus par les livres d'antiquités romaines , que le titre de princeps senatâs , chef OM premier du sénat , se donnait , dans le temps de la république, à celui des sénateurs que les censeurs en jugeaient le plus digne ; simple titre d'honneur qui n*aurait pas suffi à l'ambition d'Auguste, ni même à %e& vues secrètes.

On nous a objecté , malgré l'évidence des remarques précédentes sur la signification du mot princeps , que les Romains avaient le terme de dux pour rendre l'idée de chef; d'où l'on conclut que princeps ne signifie pas la même chose , suivant la judicieuse réflexion d*uu journaliste ; <r c'est comme si l'on disait : ensis , en latin , signifie épée , donc » gladius ne le signifie pas. Horace , dans une de ses odes , appelle n Auguste dux bone , ce qui prouve que le titre de princeps , adopté » par Auguste , signifiait à peu près la même chose ; car un courtisan n aussi fin qu'Horace , aurait-il donné a Auguste un titre au-dessons » de celui que prenait cet empereur ? Que dirait-on d'un écrivain qui » appellerait le roi de France comte ou marquis ? Le savant M. de » Boze , dans les Mém. de VAcad. des Belles^Lettres , tom. 16 , » pag. 5^1 , traduit /in/i^e/'^ senatâs , par le premier du sénat. En » vain demanderait-on si l'on peut dire chef de Pologne , chefd*An'-

iGa NOTES.

» gieierre , pour désigner les rois de ces deux oations. On ne le dit » point , parce que ce n'est pas Tusage , et que ces princes prennent en » effet , de Taveu de leur nation même , le titre de rois , qu'Auguste » étitait de prendre ; mais on peut très-bien dire chef de PEiai , chef n delà république , comme Tacite le dit plus bas en parlant de Tibère ; » et c'est le vrai titre que prenait Auguste. »

(6) Parles guerres civiles. Voici une seconde traduction du commencement des Annales» Elle est un peu moins serrée , mais un peu plus littérale que l'autre ; le lecteur choisira entre ces deux versions , qui ont chacune leurs avantages , ou , pour les apprécier peut-être avec plus de justice , leurs défauts réciproques.

L autorité des décemvirs ne dura que deux ans , et la puissance consulaire resta peu de temps aux tribuns des soldats ; la tyrannie de Cinna^ celle de Sylla ne furent pas longues ; le pouvoir de Grassus et de Pompée céda bientôt à César, et les armes de Lépide et d'Antoine à cdles d'Auguste , qui , sous le nom de chef , prit les rênes de l'Ëtat , fatigué de guerres civiles.

(7) Mon caractère m* en éloigne, et les temps m'en dispensent. Quorum causas procul habeo. La traduction paraîtra sans doute un peu paraphrasée ; mais ce qui précède semble prouver que Tacite a voulu renfermer dans la phrase latine les deux idées que j'ai cherché à exprimer dans la phrase française , et que je n'ai pu rendre d'une manière plus courte.

(8) Et le meurtre d'Antoine. Le texte dit , interfecto Aniomio , toine ayant été tué. Tacite n'ignorait pas qu'Antoine s'était donné la mort à lui-même ; mais il veut sans doute faire regarder le suicide forcé de ce triumvir, comme un meurtre de la part d'Octave ton ennemi , et j'ai cru devoir me confoiiner à cette idée.

(9) Ils préféraient la fortune qu'un maître leur assurait , au danger de refuser des chaînes : le texte dit , ac novis ex rébus aucti, tuta et prœseniia , quàm vêlera et periculosa mallent.

Dans les éditions précédentes , j'avais traduit ainsi : ils préféraietu la fortune sûre que le nouveau gouvernement leur offrait y au danger de combattre pour la liberté ancienne. Cette traduction est plus litlé* raie, mais moins concise, et celle que j'y ai substituée me parait exprimer tout le sens de la phrase. Il n'y a que le mot vetera qui peut sembler n'être pas rendu ; mais il est suppléé par l'expression refiiser des cliaines , qui suppose une liberté ancienne dont on veut jouir. On pourrait exprimer encore davantage le mot vetera , en traduisant au danger de se conserver libres ; mais refuser des chaînes renferme la même idée , et présente une image plus animée et plus noble. J'aurais pu traduire encore, au danger de la liberté ancienne; mais cette phrase n'offire pas , ce me semble , un sens assez précis , et n'exprime

NOTES. i63

pas d'une manière assex nette le danger que les citoyens couraient pour eux-mêmes , s'ils eussent youIu rester libres comme leurs pères.

(lo) Tous , les yeux sur le prince, attendaient ses ordres. Le texte dit , jussa principis aspeciare. Quelques uns lisent exspectare , et c'est d après cette leçon que j*aYais simplement traduit, dans les éditions' précédentes , tous attendaient les ordres du prince* Hais le mot aspectare o£Drant une image très-énergique de la serritude des Romains , doit être préféré , comme plus digne de Tacite.

(il) Ils disaient qu* Agrippa , etc. J'ai mis ces discours en style indirect , et c'est ainsi que j'ai cru devoir rendre tous les endroits ou l'historien fait parler le public. Cette forme , outré qu'elle est plus conforme k l'original , me panât aussi plus naturelle et moins opposée à la vraisemblance. On ne reproche que trop aux anciens d'avoir multiplié f dans leurs histoires , les harangues directes : que n'auraitron pas dit s'ib en avaient placé plusieurs dans la bouche de tout un peuple? Je n'ignore pas néanmoins que , même dans les cas où Tacite raconte les jugemens du public , plusieurs traducteurs , apparemment pour éviter la répétition des gue ( inconvénient , ce me semble , peu considérable ) , ont employé le s tjrle direct; c'est à d'autre que moi à les juger. Je me contenterai de dire qu'il est au moins quelques uns d'eux qui me paraissent avoir usé avec excès de la liberté qu'ils ont prise 4 cet égard.

(la) Qi^à la tyrannie élu /ils , la mère joindrait celle de son sexe; accedere matrem muliebri impolentia ; le mot impotentiâ désigne id le caractère impérieux et violent de Livie , comme on le voit encore au commencement du cinquième livre des Annales : mater impotens, uxor facilis ; mère impérieuse , épouse complaisante. Cependant , comme impotentiâ signifie aussi faiblesse , impuissance , le sens de ce passage pourrait être encore , que Livie voudrait régner a^ec sonjîls , malgré lajaiblesse et ^incapacité de son sexe ; mais le premier sens paraît bien préférable.

Il est assez singulier que le mot impotentiâ désigne à la fois tyrannie et faiblesse ; cependant on peut rendre raison de cette espèce de bizarrerie, en observant que ce mot, qui signifie à la lettre impuissance, peut désigner également et l'impuissance et agir, c'est-à-dire la jfkiblessc, et l'impuissance de dompter ses passions, de réprimer sa violence, qui est un des caractères et une des sources de la tyrannie.

(i5) Et de deux jeunes gens qui Sabord fouleraient PÉkti et le déchireraient un Jour. Tacite veut parler ici de Drusus fils de Tibère , et de Germanicus son fils adoptif ; et de la crainte qu'on avait qoe ces deux jeunes princes , après avoir foulé l'État sous le règne de leur père, ne le déchirassent pour régner après sa mort. Peut-être le mot distrahant serait-il plus exactement traduit par le mot démembrwfi

i64 NOTES.

qui est sa signiOcation naturelle; mais ce démembrement emporte ici une idée de violence qu'il a fallu rendre par le mot déchirer,

La suite fit voir que ce jugement de la multitude était très-injuste , surtout à regard de Germaniais.

(i4) Postumus Agrippa. J'ai rendu ainsi les mots Postumi Agrippas. Quelques uns traduisent Agrippa Posthume, supposant apparemment que ce jeune prince (le dernier des trois enfans de Julie, fille d'Auguste , et de Marccllus , son premier mari ) était né après la mort de son père : mais d'autres traduisent simplement, comme moi, Postumus Agrippa, ou Agrippa Postumus; et j'ai cm devoir traduire ainsi ^ i^. parce que Postumus était peut-être un simple pronom ou surnom, comme dans JRabitrus Postumus, et dans beaucoup d'autres exemples ; a^. parce que peut-être le nom de Postumus, qui est une espèce de superlatif de posterior, avait été donné au jeune Agrippa , non pas précisément comme posthume , mais comme le dernier des enfans de son père. En efiet , on trouve dans le Dictionnaire de Gesner des exemples que Postumus signifie quelquefois simplement /M>5i>vmfi5. En vain objecterait-on que Posthumus , par un h, ne peut signifier que Posthume; car Gesner soutient encore que Postumus doit s'écrire sans h , même dans cette dernière signification. Les enfans nés après la mort de leur père , ou simplement après son testament, s'appelaient postumi, c'est-à-dire, non pas seulement les derniers {posieriores) , mais les derniers qu*il lui/ut possible d'avoir,

(i5) Jlne restait plus à employer que ce genre d^ adulation. Ea sola species adulandi supererat. Le passage latin peut signifier , ou que c'était le seul genre d'adulation qu'on n'eût point encore imaginé , ou que c'était la seule espèce d'adulation qui pût flatter Tibère , peu touché des éloges grossiers qu'il recevait d'ailleurs. Il se peut même que Tacite ait eu les deux sens en vue , et c'est pour cela que j'ai tâché de les renfermer dans la traduction. Peut-être les exprimerail-OD mieux encore en traduisant , il ne restait plus à essayer que ce genre d'ondulation.

(i6) Tibère, avec une orgueilleuse modestie, les en laissa maîtres. Remisit Cœsar arroganti moderatione. Quelques traducteurs donnent k ces mots un sens plus différent de celui-là qu'il ne le paraît d'abord , Tibère y consentit; plusieurs autres ont traduit d'une manière tout opposée, Tibère le refiisa^ sans doute à cause des mots qui suivent, arroganti moderatione , a^vec une orgueilleuse modestie. Car, où aurait été la modestie, si Tibère avait consenti que les sénateurs portassent sur leurs épaules le cadavre d'Auguste? D'un autre côté, Suétone ^it expressément que les sénateurs exécutèrent en efl*et ce qu'ils avaient si bassement demandé ; mais leur bassesse même aurait-elle osé faire ainsi sa cour à Tibère après un refus essuyé de sa part? Notre traduction , Tibère les en laissa maîtres, tient en quelque manière ie milieu

NOTES. i65

entre les deux autres; elle s'accorde bien avec l'orgueilleuse modestie. que Tibère fit paraître en cette rencontre, et de plus avec le récit dé Suétone. La signification propre et primitive du mot remittere >. est renvoyer; ainsi, dans cet endroit , remisit parait signifier, ou simplement renvoyai leur demande, c'est-à-dire, n^jr consentit pas, ou renvoya cette demande à la volonté des sénateurs, c'est^-à-dire les en laissa nuutres. Un traducteur estimable de Tacite a rendu la phrase latine par celle-ci, Tibère eut Varrogiuwe d^jr condescendre; il a supprimé le moderatione, dont apparemment il a senti le peu d'accord avec le sens qu'il adoptait. Je sais que le mot remittere signifie quelquefois , même dans les bons auteurs , accorder, consentir; mais il a aussi d'autres sens dont je crois , dans cet endroit , avoir saisi le plus vraisemblable.

Parmi ces différens sens , il en est un qui pourrait aussi mériter quelque attention , et dont nous croyons, par ce motif, devoir faire mention dans cette note. Remittere peut signifier quelquefois remettre ce qui est dû, se relâcher de ce quon est en droit de prétendre ; dispenser de ce qu'on peut exiger : à peu près comme la phrase arcum remittere, signifie relâcher un arc. En adoptant ici cette acception, et en supposant que Tinsolent Tibère regardait comme un devoir des sénateun de porter sur leurs épaules le cadavre de leur maître, on pourrait traduire, Tibère les en dispensa; ^orgueilleuse modestie s'accorderait très-bien avec ce sens , mais il ne s'ajusterait pas aussi parfaitement avec le fait attesté par Suétone, que les sénateurs portèrent le corps d'Auguste sur leurs épaules. Ù faut ayouer cependant qu'tb pouvaient, sans craindre d'ofEenser Tibère, se dévouer librement à un acte de bassesse dont il les aurait dispensés : il vaudrait donc mieux supposer ici une simple dispense, qu'un refus dont ces hommes vib n'auraient peut-être pas osé s'aflfranchir, même pour rendre un hommage scrvile au tyran qu'ils redoutaient et qu'ils voulaient flatter. M^ le sens que j'ai adopté , et qui concilie tout« me semble préférable aux autres. Je m'en rapporte au jugement des littérateurs instruite; et j'ajoute qu'il me paraît difficile de rendre ici le mot remisit (quelque acception qu'on lui donne) d'une manière qui ne laisse absolument rien à désirer, soit pour l'exactitude du sens, soit pour b justesse de l'expression. J'ai exposé les raisons pour et contre; c'est au lecteur à prononcer.

(17) Ménagé les alliés ; il y a dans le texte modes tiam apud socios ; et il me semble que modestiam se rapporte ici à Auguste qui avait traité avec douceur et modération les alliés de l'Empire, en même temps qu'il avait gouverné avec justice les ciioycoA ^ jus apud cives. D'autres traducteurs rapportent les moU jus et modestiam k cives et à socios, et traduisent qu'Auguste avait ramené la justice chez les citoyens , et la modestie chez les alliés ; vraisembbblemeot ib ont été déterminés à ce sujet par la proposition apud. Mab l'autre sens me paraît plus viabcmblable en sous-cn tendant (ce qui est tris-

i66 NOTES.

naturel) le mot exercuit; quelque autre équivalent, il exerça la justice à P égard des citoyens, et la modération à P égard des alliés. J*obserTerai de plus que , dans le cas où Ton adopterait le sens sur lequel je propose ici mes doutes, j'aimerais mieux la modération chez les alliés, que la modestie; ce dernier mot ne présente pas , ce me semble, ime idée aussi nette que celui de modération, qui indiquerait ^ dans le sens dont il s'agit , que les alliés , sous le règne d'Auguste , ayaient été plus modéra dans leurs demandes , qu'ils ne Tétaient auparavant.

(i8) De ceux qui en avaient joui. Le texte porte simplement, qui fecere, qui les avaient Jaites, c'est-à-dire, sans doute, qui en avaient été les exécuteurs sous les ordres d'Auguste. Biais comme les exécuteurs des ordres barbares dont.il s'agit, recefaient <Mrdinairement , en tout ou en partie , les biens des proscrits pour récompense , j'ai cru pouvoir ici exprimer cette idée : en effistf il n'aurait pas été surprenant que ceux qui auraient simplement exécuté les proscriptions pour obéir aux ordres d'Auguste , les eussent désapprouvées ; rien n*est plus naturel et plus ordinaire que de bUimer des ordres injustes donnés par un maître ; mais il était surprenant (et c'est sans doute ce que Tacite veut dire) qu'ayant profité de ces proscriptions, ils n'osassent les louer ; il fallait pour c»la qu'elles fussent ÏMSk évidemment injustes , ou plutôt barbares.

(19) Et par r espoir dun parallèle avantageux avec ce méchant prince, Comparatione ieterrima sibi gloriam quœsivisse- JTanrais pu traduire encore , à peu près comme dans les éditions précédentes , Et par le désir de la gloire que lui assurait la comparaison aifec ce monstre. Mais la phrase aurait été un peu plus kmgne, et j^ai craint d'ailleurs, i*'. que monstre ne fût id tn^ fort, malgré l'énergie du mot teterrima, qui désigne le plus détestable tuoceniur ; a», que le mot même de gloire, quoiqu'il réponde au latin gloriam, ne fût ici assez impropre, la comparaison avec l'infâme Tibère ne pouvant tout au plus que faire regretter Auguste , et non lui procurer de grands éloges. C'est aussi pour cela que j'ai mis ici parallèle avantageux, au lieu de parallèle flatteur ; car il est peu^ZdtlflKP d'être préféré à un méchant prince. Si , par ces raisons , on croyait que le mot gloriam est ici employé par Tacite avec une sorte d'ironie , ce qui n'est pas sans vraisemblance, on pourrait traduire, en conservant cette' ironie; et par ¥ espoir d^un glorieux parallèle avec ce méchant prince: car glorieux parallèle renferme un sens ironique, que parallèle glorieux n'indiquerait pas.

(20) Sur son extérieur, sa parure et sa conduite; de habitu eulftf que et institutis ejus. Gordon traduit par trois mots anglais qui reviennent à ceux-ci : sur son caractère, sa condaate et see moeurs; mais il me semble que le vrai sens des mola latÎDB hébUitS et cuttus

est celui que je leur ai donné. D'ailleuri-, si on adopte le sens quej'ai suivi, kabitus , culius et insUtuUt expriment trois choses bien distinguées; elles ne le font pas de même si on adopte le sens de Gordon ; et ce n'est pas Tusage de Tacite d'employer trois mots diff^ rens , pour exprimer à peu près la même idée.

(21) // ny avtùt iians ce discours qu^imM fims$e nobUsst; le texte porte à la lettre : il y avuil détns ce discours plus de noblesse que de bonne foi. Et c'est ainsi que j'avais traduit dans les éditions précédentes; mais comme cette noblesse de Tibère, dans le refus qu'il faisait de l'Empire , n'était que dissimulation et mensonge , j*ai cru que le mot de fausse noblesse rendrait ici avec plus de précision la vraie pensée de Tacite.

(t2a) // rappela à Tibère lui-même ses victoires. On voit assez que ces victoires sont celles de Tibère , et non de Gallus : l'équivoque n'est ici que dans les mots , et nullement dans le sens ; el je B*ai pas cru devoir recourir k une périphrase. U n*y a point d'écrivain qui ne se soit permis quelouefois ces légères amphibologies que la nature de la langue française rend presque inévitables. J'aurais pu traduire, pour éviter cette équivoque grammaticale, il rappela les victoires même de Tibère ; mais le texte dit qu'il s'adressât à Tibère , et non au Sénat y TibeHum admonuit; excès grossier de flatterie, qaî ni*a paru ne devoir pas être supprimé.

(a5) Les uns voulaient Vappeler mère de la patrie. Le texte dit, alii parentem, alii matrem patriœ appellandam, U y a apparence que les deux mots parentem et matrem se rapportent également ù patriœ ; mab ces deux mots , difi^ens en Latin , ne peuvent êtra traduits en français que par le seul mot de mère : j'ai donc été obligé de supprimer cette nuance. On pourrait néanmoins aussi rapporter parentem au mot sous-entendu patrum ou senatds, et traduire mère du sénat ou leur mère, comme je l'avais fait dans les éditions précédentes. D'autres ont traduit simplement le root parentem par celui de la mère; ce qui ne présente pas , ce me semble, une idée assez, nette : estrce la mèi*e de l'État ou la mère de Pempereur, on élaiv-cc un titre de distinction qu'on voulait donner à Agrippine , comme on donne , en France , le titre unique de Afonsieur k l'aîné des frères du roi? La phrase paraît susceptible de oes divers sens; le lecteur chobira.

(24) yous okHsz violé mente ce que V ennemi respecte, le droit des gens et des ambtissadeurs , Hostium jus , et sacra legationis, etfos gentiu/n. Il y a dans ces mots latins, yW, sacra eïjàs, lue nuance qu'il est difficUe de bien rendre en français sans une longue et insipide périphrase.' Dans les éditions précédentes nous avions mis sim-. pleraent le droit des gens , des ambassadeurs et des ennemis , ou ,

i68 NOTES.

ce qui serait plus énergique et moins rapide , le droit sacré des ambassadeurs , celui des nations , celui même des ennemis : mais la nouvelle manière dont nous traduisons id, nous parait enœre plus précise et plus rigoureusement conforme au sens de Tauteur. Diuus

Julius divus Augustus. Nous ne pourrions rendre en notre

langue le mot divus que par une périphrase. Il signifie reçu parmi les dieux, mis au rang des dieux; et cette périphrase , surtout étant répétée presque deux fois de suite , énerverait entièrement la traduction. Le mot divin ne suffirait pas , et serait d^ailleunr équivoque , ce mot s'appliquant, en notre langue, à toutes les personnes ou à toutes les choses dont on vent louer Texcellence. Cependant j'ai traduit un peu plus bas, tua, dive Auguste, cœlo recepta mens, par votre âme qui habite des cieux, ô divin Auguste ! parce qu^O me semble qu^ea cet endroit le sens du mot divin est déterminé par les mots qui précèdent, et qui rappellent l'apothéose d'Auguste.

(a5) Qu'en ce Heu seul on massacre les centurions, etc.; Mctanrtum interfici centuriones, etc. D*autres traducteurs ont donné à ce passage un sens différent : Qu^on ne /ait ici que massacrer les centurions , etc. J*avoue que je ne puis être de leur avis. Un journaliste très- éclairé, qui d'abord n'avait pas pensé comme moi, est revenu ensuite à ma traduction : voici les raisons qui l'y ont déterminé ; raisons qu'il a pris la peine de m'écrire , et auxquelles je n'ai rien à ajouter. « Indépendamment , dit-il , de cette nuance qui est dans votre sens : » ce n'est plus dans les combats que périssent les centurions, ce 9 n'est plus qu^ici, ce n'est plus que dans le camp même qtiCon les mas^ 9 sacre, etc. ; j'y vois encore celle-ci , que vous ne dénvouerez pas, » & ce que je crois : Mon père reçoit d'heureuses neuves de toutes » les provinces, ce n'est qu'ici, ce n'est que dans V armée commandée 9 par son fils qu^on massacre les centurions, etc. Gela tient k tout 9 dans le texte; d'abord cela tient intimement au lœta onmia aUis 9 e provinciis audienti. De plus , cela est préparé par le trait de 9 Jules-César, par celui d'Auguste, par le nos.,., ex illis orios, par 9 le si Hispaniœ Sjrriœve miles, par le iUa signis a Tiberio aecep^ 9 tis, tu tôt prœliorum socia, tôt pnemiis aucta; cda est enocMre 9 confirmé après coup par le meque precariam animam inter infhuos 9 trahere. Toutes ces horreurs sont donc uniquement réservées à G«r- 9 manicus , au fils de Drusus , au fils adoptif de Tibère? Ce sens est 9 beaucoup plus beau et plus juste que celui auquel vous le préféras. »

(26) Et que fe traîne ici ma vie à la merci des fixctieux. Neque precariam animam inter infensos trahere: littéralement, et que je traîne ici moi-même une vie précaire au milieu de mes ennemis. C'est ainsi que j'avais traduit dans les éditions précédentes ; et de bons juges avaient approuvé cette phrase. La seule objection dont elle est susceptible , c^est que le mot précaire ayant différentes significations (voyez le Dictionnaire de P Académie Fr^mçaise) VLtaX peal-éire.

en cet endroit , ni assez précis , ni assez dair pour le commun des lecteurs.

Cette harangue de Germanicus à ses soldats séditieux semble imitée, en plusieurs endroits , de celle que Sdpion , dans Tite-Live , fait en ' Espagne à son armée séditieuse. La ressemblance paraîtra surtout frappante dans ces mots de la harangue de Sdpion : Quos ne quo nomine quidem appellare deheam, sch. Cives ? qui a patria vesira discistis. An militis ? qui Impen'um auspiciumque abnuislis, sacra'menti religionem rupistis, etc. Je ne sais de quel nom vous appeler; Citoyens ? vous qui trahissez votre patrie. Soldais ? vous qui ne connaissez plus ni chef s y ni discipline, ni sermens , etc. On peut comparer les deux harangues , toutes deux très-belles ; mais ceUe de Tadte est plus courte et serrée , suivant le caractère de cet historien.

(a 7) S'étendit sur les vertus de sonjils avec trop iT étalage, pour paraître sincère. Multaque de virtute ejus memoravit, magis in speciem verbis adomata , quam ut penitus seniire crederetur. On pourrait traduire aussi, débita sur les vertus de sonjils un discours trop étudié pour qu'on le crût sincère; ce qui serait un peu plus long, mais un plus littéral. Je crois pouvoir me permettre de proposer quelquefois dans ces notes dififérentes manières de traduire, qui m*ont paru avoir chacune leur avantage , et entre lesqudles j'ai hésité sur la préférence.

(28) Que ces jeunes princes seraient d'ailleurs excusables de ren-vojrer quelques demandes à leur père. Adolesceniibus excusatum, quœdam apud patrem rejicere. On peut, ce me semble, traduire aussi, que ces jeunes princes pourraient (Tailleurs s'excuser de quelques r^fus sur les ordres de leur père. Ce sens me parait autorisé par le mot rejicere, et par la phrase immédiatement suivante : resis" . tentesque Germanico aut Druso , posse a se mitigari vel infringi. Au reste , ces deux sens paraissent assez proches Tun de l'autre pour ' qu'on puisse les adopter indifféremment.

Un peu plus haut , ligne 2 de la même page , j'ai traduit , nudta quippe et diversa augebant, par ces mots, toujours hésitant et en suspens. On pourrait objecter que cette phrase paraît contredire la précédente, Tibère persista fermement à rester dans Rome; mais eUe s'accorde très-bien, et avec le texte, et avec ce qui suit, sur l'embarras où était Tibère par rapport à son voyage aux deux armées ; embarras qui le détermina à ne point partir. Cependant si cette contradiction prétendue n'était pas du goût des lecteurs , on pourrait traduire , et peut-être aussi bien , les roots nudta quippe et diversa augebant, par ceux-d , différentes idées l'agitaient.

(39) Trop peu de ressources dans les lois. Quia parwn subsidii in legibus erat. Ces mots , in legibus, se rapportent-ils aux lois romaines ou k celles des Germains? Il me parait assez difficile de le

décider. J ai donc cru devoir laisser dans ma traduction Tincertitude du texte, ce qui est ici sans inconvénient, puisqu'il s'agit, en cet endroit, des lois (queues qu'elles fussent) d'après lesquelles la querelle d'Arminius et de Ségeste devait être jugée.

(5o) Ce Crispinus ouvrit une route , etc. Le qui, qui est dans le latin immédiatement après le mot Hispone, parait se rapporter à Hispo; mais la suite fait voir, ce me semble, que c'est à Crispinus Cépio qu'il se rapporte i car ce qui se rapporte évidemment (comme le texte le démontre) à celui que Tacite va fiûre parler; or celui qu'il va faire parler est Cépio; Hispo ne parle qu'après, addidit Hispo; en effet, suivant le récit même de Tadle, Crispinus est ici le principal accusateur, Hispo ne l'est qu'en aeoond, subscribenle romano Hispone, Ces sortes d'amphibologies ne sont pas rares dans Tacite , mais elles ne sont pas à imiter. Je doit avouer cependant que plusieurs traducteurs, forcés sans doute par la construction grammaticale, ont rapporté à Hispo ce que je rapporte à Crispimu ; chacun de ces deux sens peut , à la rigueur , être adopté , et ii importe assez peu de choisir ici l'un ou l'autre.

(Zi)La cruauté du maître; sœvUiœ principis. Je traduis ici principes par maître, et non par chef; parce qu'il ne s'agit plus ici du titre que l'empereur prenait , mais de ce qu'il était réellement. Tm même quelquefois mis ce terme de prince dans la bouche de Tibère , pour abréger la périphrase chef de l'État; mais j'avertb ici le lecteur, que dans les lettres et les discours de Tibère, soit au aëaat, soit au peuple, le mot prince ne doit jamais avoir que cette dernière signification , au moins apparente et littérale , quoique dans l'intention de l'empereur, et même de fait , il signifiât souverain et maître.

(52) Pour P honneur de VÉtat. Peut-être les roots dedecus pubiicum peuvent-ils aussi s'entendre du déshonneur qu'on mauvais choix aurait fait à Tibère^ C'est même ainsi que j'avais traduit dam les autres éditions. Ce qui précède m'a déterminé au sens que j'adopte ici , quoiqu'il ne me paraisse pas indubitable. Si l'on préférait l'autre sens, on pourrait traduire, /'/ craignait de se repentir dun bom choix, et de se déshonorer par un choix infème^ ou bien, il craignait dêtre écUpsé par des gens de bien, et déshonoré par des êcéiérmts.

(53) // poussa enfin Pùuiécision /usqu'àjaire rester détns Bmme des gouverneurs qu*d avait nommés. Les mots non enU pasëwrus, qui sont dans le texte, peuvent signifier, ce me semble, ou que Tibte était résolu de ne pas laisser partir ces gouverneurs, ou que, relativement à ridée bonne ou mauvaise qu il avait d'eux , et qui les lui faisait ci^aindre ou mépriser, il n'aurait pas dd les laisser partir, quoiqu'à force d'incertitude il Jles eût nommés ; et ces deux sens , dont j'ams edoplé le second dans les éditions précédentes, peuvent, si je ne lae

trompe, être appuyés Tun et Tautre par ce qui précède. Cependant, comme le premier sens me parait le plus simple et le plus naturel, je le préfère aujourd'hui , avec d autres traducteurs. La phrase latine et équivoque, non erat passurus , répond assez eiactement à cette phrase française , il ne devait pas permettre , phrase qui renferme un double sens; car cette proposition, ye dois faire teile chose, peut signifier (suivant les circonstances), ou simplement ye^/vi telle chose, ou il faut que je la fasse ^it par deroir, soit par besoin^ soit pai* intérêt, etc.). Ainsi, en traduisant, il poussa Vindécision jusqu'à nommer des gouverneurs qu'il devait retenir dans Borne, on exprimerait les deux sens; mais cette amphibologie serait un défaut, à moins qu'on ne prétende, ce qui pourrait être, que Tacite, qui renferme beaucoup de choses en peu de proies , avait en rue les deux sens à la fois. J*ai cru devoir traduire d'une manière qui renfermât implicitement les deux sens , mais sans équivoque dans Texpression.

(34) En soi^ffrant ou mettant eux-mêmes le royaume des Arsacides au rang des provinces romaines, Jam inter provincùu romanos, solium Arsacidarum haberi darique. J'applique ici le mot dari aux Parthes mêmes , qui avaient, pour ainsi dire , fait présent de leur pays aux Romains, en demandant pour roi Yohonès. Ce sens me parait suffisamment indiqué par ce qui précède , il est d'ailleurs plus conforme & la manière de Tacite. Cependant on peut aussi traduire simplement, ^ue déjà Rome regardait et donnait comme une de ses provinces le royaume des Arsacides.

(35) Et ne seraient que répétés par les autres. J'avais d'abord eu dessein de traduire, et auraient pour écho la multitude; mais j^ai craint que cette phrase , avoir pour écho, ne fût ni assez noble , ni assez conforme k la manière d'écrire de Tacite; d'ailleurs la phrase, et ne seraient que répétés par les autres , a , ce me semble , qu^ que chose de plus précis.

(36) Il sort par la porte augurale : egressus augurali, c'est^-dire, par la porte de l'endroit du camp où l'on prenait les augures, et qui était toujours proche de la tente du général.

(37) A Mars, à Jupiter, à Auguste» Le texte porte, ei Augusto et a Auguste, ce qui dans notre langue aurait peu d'harmonie. J^avone cependant que j'ai regret à ne pouvoir exprimer ici la conjonction et, qui me paraît avoir une sorte de finesse, soit pour associer en appa^ rence le nom d'Auguste à ceux de Jupiter ei de Mars, et par là le traiter en quelque sorte comme un dieu, soit peut-être pour le séparer tacitement de ces dieux, ei pour faire entendre qu*il amii pari à l'honneur de ce monument, quoiqu'il neféi qu'um homme. IWiie, dont le style est si court et si précis, aurait vraisemblablement supprimé en cet endroit la conjonction et, s'il ne l'avait auc nécessaire.

J'avais dessein de traduire, pour conserver oetle conjonction , a dressé ce monument en U honneur de Marsp de Jupiter et iP Auguste; mais cette phrase eut été traînante , et n'eut pas rend» exactement le mot sacrare, consacrer. Si je n avais pas cru cpie l'exactitude grammaticale exigeât la répétition de la préposition <i, j'aurais traduit simplement à Mars, Jupiter et Auguste; phrase qui, après tout, est trèsclaire dans son sens , très-nette dans sa constniction , et qui ne serait contre les règles qu en vertu d'un usage peut-être assez arbitraire ; j'ai cru pourtant devoir m'y soumettre.

J'observerai encore ici que j'ai traduit simplemenl les mots debellatis interAlbim Rhenumque nationibus, par ceux-ci, victorieuse de l'Ëlbe au Rhin, i^. pour éviter la longue phrase, qywU vaincu les nattons qui habitent entre VElbe et le Rhin : 2». parce que la phrase que j'ai adoptée renferme le même sens que la phrase latine, et me paraît l'exprimer noblement.

(38) Gaiius prévenu dans son avis par une liberté apparente ; quia speciem liberiatis Piso prœceperat. Tacite veut dire, ce me semble, que si Gallus eût opiné le premier, il aurait ouvert le même avis que Pison ; mais qu'opinant ensuite, il crut devoir ouvrir un avis contraire, soit pour en avoir un qui lui fût propre, soit pour contredire Pison; je ne sais si la traduction rend cette idée assez heureusement et assez clairement. J'aurais pu traduire ainsi : gagné de vitesse par cette liberté apparente ; mais gagné de vitesse ne me paraît pas assez noble.

(59) Sénateurs. Je traduis toujours ainsi les mots patres conscHpti, Je sais que la plupart des autres traducteurs se servent, pour rendre cette expression latine, des mots pères conscripts, et qu'ik sont même autorisés en cela par le Dictionnaire de l'Académie Française; mais cette phrase, patres conscripti, ne présentant aucune idée nette, et le terme de conscripts n'étant pas même français, j'ai cru devoir préférer le simple mot sénateurs, à une façon de parler qui me paraît à la fois obscure et barbare ; d'ailleurs le Dictionnaire déjà cité observe que l'expression patres conscripti, comme tout le monde sait, désignait le sénat de Rome,

(4o) // se dérobait à la renommée; relinquebat fanuun ; on pourrait, je crois, traduire également bien, il échapptUt à la renmnmée.

(40 Le 16 de mai. Tacite, ainsi que tous les auteiu-s latins, compte tous les jours du mois par calendes, nones et ides. Il y a ici dans le texte septimo calendas junias, c'est-à-dire le septième jour avant le premier de juin. Voici une méthode bien simple pour réduire ce calcul au notre, qui compte par les jours du mois. Ajoutes le nombre 1 au nombre de jours du mois précédent ; c'est ici le mois de mai, qui a trente-un jours, vous aurez trente-trois jours ; retran-

chez de ce nombre le nombre sept qui est dans le texte latin, tous aurez le 26 mai pour le jour cberché. Cette règle s'étend à tous les mois en général ; elle est fondée sur cette raison, que le dernier de chaque mois s'appelle pridie, ou secundo calendas du mois siiirant. Ainsi, le 3i de mai étant secundo calendas junias, et le 5o, ' tertio calendas juniaSy il est clair que , pour réduii*e le calcul des Romains au nôtre, il faut ajouter 1 au nombre des jours de notre mois.

Si le mois qui précède les calendes de celui dont il s'agit, avait seulement 3o jours, ou 1% comme férriei*, ou 29 comme ce dernier mois dans les années bissextiles, il faudrait toujours ajouter a au nombre des jours de ce mois.

Par la même méthode, on réduira notre calctd à celui des anciens. Pour exprimer, par exemple, le 16 mars, on ajoutera *i au nombre des jours de mars, qui est 3i, ce qui donne 33; on en 6tera 16, ce qui donne 17, et Ton aura pour le 16 mars 17®. cal. apriles.

On peut faire aisément un calcul semblable pour le^ nones et les ides , en se souvenant ,1®. que les nones ne finissaient que le six pour les mois de mars , mai , juillet et octobre , et le quatre pour les autres ; a°. que les ides étaient le quinze pour ces quatre mois, et le treize pour les autres; 3<^. que le calcul par calendes ne s'étend par conséquent que jusqu'au i5 ou au i3 du mois exclusivement, à compter de la fin du mob , et que le reste se compte par nones et par ides.

Ainsi le 3 de mars , par exemple , est 4^. nonas martias; le 10 du même mois est 6®. martias , etc. Le 16 de mars sera 33 moins 16, ou 17". calendas apriles. Le 1 4 de janvier, dont les ides sont le i3 , sera de même 33 moins i4f ou ig^. calendas Jebr. etc.

On voit assez combien notre manière simple de compter les jom*s du mois , est préférable à la méthode compHquée des Romains. Cependant nous allons donner, d'après les remarques précédentes, une manière facile de compter les jours du mois romain , et de les rapporter aux nôtres , ou réciproquement.

D'abord on écrira de haut en bas , les uns sous les autres , suivant notre manière de compter, les chiffi*es du jour du mois , i, a, 3, etc. , jusqu'au dernier jour inclusivement. Ensuite, remontant de bas en haut, et commençant par le dernier du mois , on écrira pridie ( ou secundo ) calendas (du mois suivant) , et au dessus de pridie , en remontant , les chifires 3<*, ^^^ 5®, etc. , jusqu'au i4* du mois inclusivement, si les ides de ce mois sont le i3, et jusqu'au 16* du mois inclusivement, si les ides sont le i5 : au i3 ou i5, on mettra idus avec le nom du mois, martias , par exemple ; au dessus on écrira , en remontant de bas en haut, pridie idus , 3*^, 4°f 5®f «te. , jusqu'au 6 indusivenient , si les nones sont le 5 , et jusqu'au 8 , si les nones sont le 7 : au 5 ou au 7 on écrira nonas (du mois) ; au dessus on écrira , en remontant de bas en haut , pridie nonas, 3°, 4S «^* 1 jusqu'au 1 du mois inclusivement, et au premier du mois on écrira calendas.

Exemple pour les mois qui ont Us nones le 5 et les ides le i3.

lO

la i3

>9 ao

ai

aa

ATril.

caltndas.

3". notuiSf etc.

pridie nonas, nonas dpriles.

3<*. i</u«, etc.

pridie idus.

idus apriles, i8-.

la®.

3<*. ealemLut etc.

pridie calendat maias.

Exemple pour les mois qui ont U-t

nones le ^ elles idet le i3.

Mai.

t ealendas maias.

5 3«. nonas, etc.

6 prûfie nonas»

7 iHNUU maias.

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