‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 5 sur 158 · DES MODERNES · texte numérisé non relu

DES MODERNES

morte , pour laquelle ou u'a pas la millième partie de ces iccours?

CiceroD , dans un endroit des TusculanesS a pris la peine de marquer les diiSërentes significations des mots destines à exprimer la tristesse. jiEgrùudo , dit ce gr^nd orateur , est opinio recens maîi prœsentis , in quo denùtd contrahique animo rectum esse videatur. AEgritudini subjiciuntur , angor^ mœrar, dolor, luctus , œrumna , qffliciatio. Aagor est œgritudo premeiis ; mcsror , œgritudo flebiUs ; œrunum , œgriiudo laùoriosa ; dolor, œgritudo crucians ; qfflictatio , œgràudo cum cogùaiione ; luctus y œgritudo ex ejus qui carus fuerit interitu acerbe. Qu'on examine ce passage avec attention , et qu'on dise ensuite de bonne foi si on se serait douté de toutes ces nuances , et si on n'aurait pas été fort embarrasse ayant à marquer dans un dictionnaire les ac/:eptions précises à* œgritudo , mceror, dolor^ augor, Utc^ tus , œrumna , qfflictatio. Si le grand orateur que nous venons d€ citer, avait fait un livre de synonymes latins , comme l'abbé Girard en a fait un de synonymes français , et que cet ouvrage vint à tomber tout à coup au milieu d'un cercle de latinistes modernes, j'imagine qu'il les rendrait un peu confus sur ce qu'ils croyaient si bien savoir. On pourrait encore le prouver par d'autres exemples , tirés de Cicéron même; mais celui que nous venons de citer nous parait plus que sujQisant.

Despréaux , quoique lié avec beaucoup de poètes latins de son temps , sentait bien le ridicule de vouloir écrire dans une langue morte. Il avait fait ou projeté sur ce sujet une espèce de dialogue , qu'il n'osa publier , de peur de désobliger deux ou trois régens qui avaient pris la peine de mettre en vers latins l'ode que ce poëte avait faite en mauvais vers français sur la prise de Namur ; mais depuis sa mort on a publié et imprimé dans ses œuvres une esquisse de ce dialogue. 11 y introduit Horace, qui veut parler français , et, qui pis est , faire des vers en cette langue , et qui se fait sifller par le ridicule des expressions dont il se sert sans pouvoir le sentir. Jetais tout cela sur l'extrémité du doigt , pour dire sur le bout du doigt; la cite' de Paris , pour la ville de Paris ; le Pont nouveau , pour le Pont neuf; un homme grand, pour un grand homme; amasser de F arène, pour ramasser du sable , et ainsi du reste. J'ignore quelle réponse opposeront à Despréaux ceux que nous combattons dans cet écrit ; car Despréaux est pour eux une grande autorité , ne fût-ce que parce qu'il «st mort.

M- de Voltaire , dont l'autorité , quoiqu'il soit vivant , vaut pour le moins celle de Boileau eu matière de goût , pense abso-

• Lit. IV , chap. 7 cl 8.

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