‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 8 sur 158 · SLR LA LATINITÉ DES MODERNES · texte numérisé non relu

SLR LA LATINITÉ DES MODERNES

savans et les corps littéraires qui n'ont pas encore cessé d'écrire en ]angae latine , à ne point perdre cet utile usage. Autrement il faudrait bientôt qu'un géomètre , un médecin , un physicien , fussent instruits de toutes les langues de l'Europe , depuis le russe jusqu'au portugais; et il me semble que le progrès des sciences exactes doit en soulErir. Le temps qu'on donne à l'étude des mots est autant de perdu pour l'étude des cboses ; et nos» avons tant de choses utiles à apprendre , tant de vérités à chercher , et si peu de temps à perdre.

(i) LiE dernier raisonnement, si péremptoire , est d'un chanoine de Rouen , qui n^ayant jamais été attaqué , ni même connu de Fauteur de cet article, a jugé à propos de lui dire beaucoup d'injures dans une critique qu'il a faite de trois ou quatre des noiubreux articles donnés ar cet homme de lettres à V Encyclopédie \ Ce chanoine de Rouen t auteur, par malheur pour lui, d'une élégie latine sur la mort de M. de Fonlenelle, dont on n*a pas fait, dans les collèges même, tout le cas que Fauteur aurait désiré. Personne ne serait donc plus intéressé que lui à soutenir, que s'il n*a pas mieux réussi dans ses vers latins, c'est que la chose est impossible. Mais chacun entend comme il peut ses intérêts. Quoi qu*il en soit, on 'profitera de cette occasion pour donner a ce chanoine quelques avis utiles. On TaTertira donc, i**. de ne pas mettre sur le compte de l'auteur qu'il attaque, des fautes de copiste ou d'impression vbibles , et dont il y en a même qui ottt été corrigéèl dans les Errata, 3°. De ne pas citer à deux reprises di£Cirentes (pag. 23 et 178 de sa brochure) l'article Asinmomie, comme contenant des choses qui ne s'y trouvent nullement. 5^. De ne pas a*oire (page 20) qu'un livre n'existe point, parce qu'il ne lui ert pas connu ; par exemple , l'ouvrage imprimé au Louvre en 1693 , et cité partout sous le litre de Recueil des Foyages de V Académie, L'exactitude, disait un homme d'esprit, est la vertu d'un sot; cet homme d'cspiit avait tort en cela ; mais il est au moins certain que ce devrait êti'e la vertu d'un critique qui reprend dans un ouvrage les points et les virgules , et qui assaisonne sa censure de beaucoup d'invectives. On l'avertira 4"- de plaisanter le moins qu'il pourra; de ne pas dire par exemple (page 167) en parlant d'un journaliste qu'il veut décncr, que c*est tout au plus un hommiè pmptv à panser la mule de Phetitts. 5". De ne pas appeler (page 171 ) l'imilalion de J.-C. un nuifrage de gotU; de ne pas croire (page 175) qu'il faille du goût poui* .êli*e crudit ; et de ne pas conclure (page iGq) qu'on fait bien -d'écrire en latin

' Celle rriiiquc ?e trouve dan^ une hrocliurc pnblicc par Jc cbanoine contre !<' Dictionnaire rnevloiicdiqnc.

NOTES. !i7

des outrages de godt, parce que de grands hommes, teb que Bayle, Newton, et beaucoup d'autres, ont écrit dans cette langue des on- TTages de science. 6<*. De se borner , dans ses critiques , k relever les erreurs de dates , de noms propres , d*une lettre mise pour une autre, d'une virgule de trop ou de moins , et autres méprises de cette espèce, à condition cependant qu'il j sera fort exact , ce qui ne lui anive pas toujours; m|is de ne pas toudier aux raisonnemens bons on roaurais, et de s'abstenir de raisonner lui--mênie le plus qu'il lui sera possible. On Tient de voir un édiantillon de sa dialectique , en faveur de la latinité des modernes. En voici un autre de cette dialectique , en faveur des moines, qu'il paraît chérir beaucoup. U prétend (page 172) que des religieux , voués par état à la prière , doivent être plus propres par cette raison même k faire des progrès daps la physique , la géométrie et les autres sciences profanes, parce que S. Thomas nous asssure qu'il avait plus appris de théologie dans la prière que dans l'étude. 7®. Enfin , on conseille à' ce critique de ne point attaquer grossièrement des hommes tels que M. de Voltaire, dont toutes les satires du chanoine , latines et françaises , ne pourraient effleurer la réputation. De plus forts que cet adversaire y ont échoué , et même s'en sont repentis.

(1) Voici le comravnoement d'une harangue de ce profesBéur , prononcée à la rentrée des classes , et qui a pour sujet : De hilari" tate magistris in docendo necessana.

Meditanii mihijustam orationent apudvos plenamque gravitaiis^ auditores ^ suspicio inciditj qiue me cum initio movisset parum, confidentiiis iamen existimata Jecit, ut omissis gravibus et seriis, maliierim ad jucunda menlem stjrlumque traducere. Sic cogitabam, ipse mecum , animas vestros , longa studiorum intermissione iaxatas , paulatim et quibusdam quasi gradibus revocandos esse ad séria, nec protinus gravitate sermonis aUenandos. Nimirùm Jastidit animas vel optima quœque ^ nisi tempes tive se offerant; nec facile admittit severitatem, cum semel occupeunt hUtuitas.

On peut s'assurer que tout le reste du discours , et même les autres harangues prononcées par ce professeur , sont dans ce goût de latinité. Voyez le recueil intitulé : Selectœ Orationes quorvmdam celéberrimorum ex Vniversitate PaHsiensi projessomm. Paris, 1728. U 1.1c semble qu'aucun moderne , autant encore une fois qu'il nous est ]>crmis d'en juger , n'a approché de si près de htL manière de Cicéron. Quand on est condamné à écrire en latin, il y a certainement quelque mérite à imiter de la sorte les bons modèles. J'ignore pourcjuoi ce professeur n'a pas dans l'Université une réputation du moins égale A celle deallersan, des Roflin, des Coffin et des Grenan. J'ose même le croire supérieur aux Jouvency , aux Commirc et ai>x autres jésuites tant célébrés sur le Parnasse latin moderne. Je remarquerai à cette occasion , qu'un professeur de l'école militaire , très-Terâé , n ce qu'on assure, dans la langue latine, a prétendu récemment, et

même entrepris de prouver , qu'il y arait un grand nombre de fautes dans quelques pages du père Jourency. Que ce professeur ait tort ou raison, voilà deux habiles latinistes modernes dont Tun reproche a Tautre des erreurs grossières; en faut-il davantage pour prouver que les modernes savent très-imparfaitement le latin?

Quoi qu*il en soit , voici encore quelques vers d'une épître du professeur Marin , adressée à feu M. Boivin , de TAcadémie Française , et qui a pour sujet : De Festivo, On jugera s'il n y a pas autant approché , en apparence , de la manière d'Horace , qu'il a approché de celle de Cicéron dans sa prose latine.

Sœpè mihi risum , bilem propè , moisit ineptus ^

yatum error, qui sefestiuos posse videri

Quandoçumque voUnt , sperant ; imàfore , ut ipsis

Accurrant jûssi condendo in carminé risus.

« Jam tordent mihi magna poemata , Flaccius inquit ,

» JY'escio quœ major lepidis est gratia nugis;

» Heu euro solas deinceps, et totus in hit sum, »

Si recte possis , laudo , et non est melius quid.

P^erum âge, dum calamos et scrinia in versibus aptas

Digna tuit , Flacci , bonus accipe , pauca ioquamur.

Nous dirons aussi à cette occasion que le P. de La Rue nous paraît avoir assez bien imité, en apparence, la versification de Virgile. En. voici un exemple tiré des poésies de ce jésuite.

Belgicus hos animos , et inexsuperabile robur JVequicquam infrendens sensit leo : quique priores , Luserat ante minas, vestrisque interritus armis Otbictari ultra gaudebat, et obvias ire, Ilie ducum seriem egregiam , collectaque cernens jigmina , et immensam Lodoici in pectore gentem , Uorret ad aspectum , nec jam ausus sistere contra , Indociles iras et colla ferocia subdiu

Et dans une autre pièce :

Ultrh sidereos axes et lucida cœU Cont^exa , inmuneris œdes suffulta cohunnis, Latior et terris et iatior œquore surgit, lUic porticibus tercenUun impressa superbis Fata hominum ^ variique sua stant ordine casus , Quos lux quemque solo inducet, quœ tradita cuique Sint vitœ spatia , et quœ meta nouissinui vitœ. Ast animœ illustres, et clarum in nomen iturœ, Seu quas imperii decus olïm, orbisque regendi Cura manet, seu quas faeîorum gloria, et ardens Eveket ad superos per mille pericula virtus , Semotœ turbd et satis popularibus , omnes Distinctas habuere paresque laboribut aulas.

Cette versification tient, ce me semble, à la fois de .Virgile et d'Ovide^ et parait tenir plus du premier ; en toQt l'imitation y semble moins exacte que dans les deux morceaux du professeur Marin , rapportés d-dessus. Mais , encore une fois , que nous sommes peu en état d'ap-^ précier cette sorte d'imitation!

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