‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 97 sur 158 · JUSTIFIER, DÉFENDRE · texte numérisé non relu

JUSTIFIER, DÉFENDRE

L'un et l'autre veut dire , travailler à établir l'innocence ou le droit de quelqu'un. En voici les différences.

Justifier suppose le bon droit, ou au moins le succès. Défendre suppose seulement le désir de réussir.

Cicéron défendit Milon , mais il ne put parvenir h le justifier. ^innocence a rarement besoin de se défendre -^ le temps IsljuS" iifie presque toujours.

LACorriQUE, coircis.

L^idée commune attachée a ces deux mots est celle de brièveté. Voici les nuances qui les distinguent.

Laconique se dit des choses et des personnes ; concis ne se dit guère que des choses , et principalement des ouvrages et du sljle ; au lieu que laconique se dit principalement de la conversation , ou de ce qui y a rapport.

Un homme tres-^taconique , une réponse laconique , une lettre laconique ; un ouvrage concis , un stjrle concis.

Laconique suppose nécessairement peu de paroles ; concis ne suppose que les paroles nécessaires. Un ouvrage peut être long et concis , lorsqu'il embrasse un grand sujet. Une réponse , une lettre , ne peuvent être à la fois longues et laconiques.

Laconique suppose une sorte d'affectation et une espèce de défaut ; concis emporte pour l'ordinaire une idée de perfection : voîlÀ un compliment bien laconique ; voilà un discoors bien eonciâ et bien énergique.

370 SYNOXYiMFS.

M KF 1ER (SE), DÉFIER (se).

Ces deux mois marquent en général le défaut de confiance en tjuelqu'un ou en quelque chose , avec les différences suivantes.

I®. Se méfier exprime un sentiment plus faible que se défier. Exemple : cet homme ne me paraît pas franc , je m'en méfie \ cet autre est un fourbe avéré , je m'en déjie.

2". Se méfier marque une disposition passagère et qui pourra cesser; se défier est une disposition habituelle et constante. Exemple : Il faut se méfier de ceux qu'on ne connaît pas encore, et se défier de ceux dont on a été une foi^ trompé.

3**. Se méfier appartient plus au sentiment dont on est affecté actuellement ; se défier lient plus au caractère. Exemple : Il est presque également dangereux dans la société de n'être jamais méfiant , et d'avoir le caractère défiant ; de ne se méfier de personne . et de se défier de tout le monde.

4*. On se mtfie des choses qu'on croit ; on se défie des choses qu'on ne croit pas. Je me méfie (|ue cet homme est un fripon , et je me défie de la vertu qu'il affecte. Je me méfie qu'un tel dit du mal de moi ; mais quand il en dirait du bien , je me défie-rais de ses louanges.

5**. On se méfie des défauts , on se défie des vices. Exemple : Il faut se méfier de la légèreté des honiracs , et se défier àe leur perfidie.

G°. On se méfie des qualités de l'esprit , on se défie de celles du cœur. Exemple : Je me méfie de la capacité de mon intendant , et je me défie de sa probité.

7<*. On se méfie dans les autres d'une bonne qualité qui est réellement en eux , mais dont on n'attend pas l'effet qu'elle semble promettre ; on se àéfie d'une bonne qualité qui n'est qu'apparente. Exemple : Un général d*arinée dira : je n'ai point donné de bataille cette campagne, parce que je me méfiais de l'ardeur que mes troupes témoignaient , et qui n'aurait pas duré long-temps , et que je me défiais de la bonne volonté apparente de ceux qui devaient exécuter mes ordres.

8". Au contraire , quand il s'agit de soi-même , on se méfie d'une mauvaise qualité qu'on a , on se défie d'une bonne qualité dont on n'attend pas tout l'effet qu'elle semble promettre. Exemple : Il faut se méfier de sa faiblesse , et se défier quelquefois de ses forces même.

9°. La méfiance suppose qu'on fait peu de cas de celui qui en est l'objet ; la défiance suppose quelquefois de l'estime. Exemple : Un général habite doit quelquefois se méfier de l'habileté de ^es

lieutenans , et ne défier toujours des mouvemens qu'un ennemi . actif et rusé fait en sa présence.

Page 1