APOLOGIE
DE CLERMONT-TOiNNERRE '.
On nous demandera sans doute par quelle raison , ayant donné le titre à? Eloge aux articles qui concernent les autres académiciens, nous présentons, sous un titre bien moins flatteur, l'article
1 François «le Clcrmont-Tonneire, evéqnc de Noyon , ne en 1629, rcn le l3 dt'ccnibic 169J ; mort le i5 février 1701.
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destiné à un prélat , commandeur de l'ordre du Saint-Esprit , pair de France, et sorti d'une des plus grandes maisons du royaume. Notre réponse sera courte et modeste.
L'opinion publique, à notre grand regret, traite avec si peu de faveur l'évêquc de Noyon , qu'il a malheureusement beaucoup plus besoin d'une apologie que d'un éloge. Mais cette apologie nous paraît être , pour l'historien de l'Académie, un devoir de bienséance et de justice, qu'il doit se presser de rendre aux mânes de son confrère ; surtout s'il doit en résulter, comme il s'en flatte , plus d'un trait honorable à celui qu'il ne voulait que défendre. Peut-être levêque de Noyon sera-t-il plus loué que le public ne s'y attend , par les détails même qu'entraînera sa justification.
Ce prélat (il faut l'avouer sans détour) est presque uniquement connu par la haute idée qu'on l'accuse d'avoir eue de sa noblesse, dout personne ne lui contestait l'éclat, et de son mérite, qu'il croyait, dit-on, égal à sa noblesse; on a conservé dans ces recueils d'anecdotes, qui ne sont que trop souvent , comme l'a dit Voltaire, des recueils de mensonges imprimés, les prétendus monumens de son intrépide jactance ; monumens que nous apprécierons dans la suite de cet article , mais qui semblent avoir jeté un ridicule sur sa mémoire : on disait de lui qu'il était jaloux de l'ancienneté et de la grandeur de sa maison, non-seulement dans ce monde, mais dans l'autre, parce qu'il avait fait composer sous ses yeux et donner au public l'histoire de tous les Saints de la maison de Clermont-Tonnerre ' , dont la plupart cependant sont moins révérés dans l'Eglise, que beaucoup d'autres qui n'avaient point de pi re gentilhomme. Mais des âmes plus pieuses que malignes ne verront dans cet ouvrage que l'édifiante émulation du prélat , pour mériter un jour, à l'exemple de ses religieux ancêtres, les honneurs de la canonisation. Une ambition si louable répond suffisamment à l'espèce d'épitaphe satirique que les détracteurs de l'évêque de Noyon n'ont pas rougi de lui faire. Ou racontait dans cette épitaphe, ou plutôt oins cette épigramme funèbre, que le prélat s'étant présenté après sa mort à la porte du Paradis, et ayant jeté les yeux sur la compagnie qu'il renfermait, s'était retiré avec dédain, parce qu'il n'y voyait que du peuple (i). Nous pouvons aussi rapporter >ans conséquence cet autre sarcasme moins indécent, mais non moins déplacé, que s'il avait pu honnêtement changer son nom de baptême , il eut abjuré celui de François , pour se choisir un patron plus noble que l'instituteur des ordres mendians. Il s'é-
* Ol ouvragr . f.iii j>;ir le proi.Icnt Cousin , f\jt imprime ù Pari* en 1698.
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tait chargé, a-t-on dit encore, de prononcer le panégyrique de S. Jean de Dieu ( instituteur du plus respectable des ordres monastiques, parce qu'il est le plus utile , les Frères de la Charité) : mais il renonça bientôt à ce travail, avant appris que l'homme vertueux qu'il devait louer avait été laquais dans sa jeunesse. Les plaisanteries dont l'évéque de Noyon a été l'objet sont si connues , qu'il nous a paru plus court et plus sage d'avouer ici les principales, en les réduisant à leur juste valeur, que de laisser à la malignité le soin de les aiguiser encore , ou que d'y donner nous-mêmes une sorte d'autorité , en affectant de les passer sous silence. Nous nous garderons pourtant bien de les rapporter toutes , non-seulement pour éviter l'ennui qui résulterait de cette enfilade d'épigrammes monotones, mais parce qu'il en est un très-grand nombre qu'il a essuyées sans y avoir même fourni de prétexte. Il suffit à la nation française qu'un homme connu ait eu le malheur de prêter en quelque chose le flanc au ridicule , pour qu'on lui fasse présent de toutes les sottises dont cent autres ont pu se rendre coupables dans le même genre ; c'est , pour ainsi dire , V Hercule infortuné sur lequel on réunit tous les traits de cette espèce, comme on a chargé l'Hercule de la fable des exploits de vingt autres Hercules. Notre académicien parait avoir été plus que personne la victime de ce charitable usage. Cependant la malignité n'a pas toujours été adroite à son égard ; plusieurs des mots qu'on lui a prêtés avaient un sens ironique et réfléchi, dont ceux qui en étaient l'objet ne se doutaient guère; ils croyaient, en redisant ces mots, se moquer de l'évéque de Noyon, et ne voyaient pas qu'il s'était moqué d'eux. Un prélat, son confrère, assurait, par exemple, lui avoir entendu dire , quil était dex'enu évéque, comme un moine , à force de prêcher. Ne se pourrait-il pas que ce prétendu trait de vanité fut plutôt un trait de satire contre l'oisive ignorance de plusieurs princes de J'Eglise, ses contemporains, dont l'élévation était plus l'ouvrage de leur naissance ou de leur intrigue, que de leurs lalens? Il en est de même d'un autre mot qui lui échappa au sortir d'une église, où il avait entendu un sermon intéressant, prononcé par un aumônier du roi. Je viens , dit-il, d entendre un gentilhomme qui prêche bien. N'était-ce pas un avis malin et charitable aux abbés de cour, de son temps, qui ne prêchaient pas, ou qui prêchaient mal? Enfin , comme si l'évéque de Noyon eut été condamné à éprouver des injustices de tous les genres , on a eu quelquefois celle de lui attribuer des plaisanteries très -offensantes pour ceux qu'elles regardaieut , peut-être même très-injustes , mais dont il était très-innocent, eutre autres le trait satirique d'un duc d'Elbœuf , qui parlait souvent à la cour de Louis XIV , d'uu
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livre qu'il \oulait donner au public , et dans lequel on trouverait, selon lui , V histoire véritable des cfievah'ers de Vordre et des ducs et pairs qui n'étaient pas gentilhommes . On donnait aussi, très-mal à propos , à M. de Clermont-Tonnerre , ce mot , beaucoup plus ancien que lui, sur les nobles de création nouvelle, que leurs armoiries étaient , pour la plupart , les enseignes de la boutique de leurs pères. Ainsi le malheureux prélat s'est vu chargé , tout à la fois, et des ridicules qu'on a voulu lui donner, et de ceux qu'il donnait finement à d'autres , et des péchés qui n'étaient pas les siens. Nous tâchons ici de rendre ce qui appartient à chacun , et nous nous flattons d'avoir au moins beaucoup diminué la part qu'on destinait à notre confrère.
Lorsqu'il obtint à l'Académie une place , qu'il voulut bien , dit-on, s'abaisser à demander, on a prétendu qu'il avait poussé la crainte de compromettre son rang , jusqu'à hésiter s'il ferait , selon l'usage , dans son discours de réception , l'éloge de son prédécesseur , Barbier Daucourt, qui était né d'une famille obscure, et n'avait de titre que son mérite. Il est pourtant certain que M. l'cvéque de Noyon se soumit de très— bonne grâce à ce devoir. Il traça en peu de mots, à la vérité, mais avec autant de précision que de justesse, le portrait de celui qu'il venait remplacer. J'avoue , dit-il modestement , que les talens de mon prédécesseur me seraient aujourd'hui nécessaires. Son éloquence grave et facile dans les ouvrages de prose et de poésie ; son mérite accueilli par un ministre estimable * ; sa charité victorieuse pour la défense d'un innocent prêt à subir le dernier supplice9; enfin son attachement inviolable aux intérêts de cette compagnie ; c'est , messieurs , en ce point seul que je ne lui cède pas , et que j'espère même le surpasser. On a imprimé dans des Ana, que cet éloge de Barbier Daucourt n'avait point été prononcé par l'évèque de Noyon , qui s'était fait une loi de ne jamais louer de roturiers ; et on ajoute que l'Académie, justement offensée de cette réticence , exigea que l'éloge fût rétabli à l'impression. Cette fable sera suffisamment détruite, si l'on fait attention à
' Colbert était ce ministre estimable a qui M. de Clermonl-Tonnerrc refusait, disait-on, une plus honorable epithéte, parce qu'il ne le croyait pat d'assez bonne maison ; imputation du même genre et du même poids que toutes les autres.
1 Cet innocent, dont Barbier Daucourt prit la défense , est le malheureux Le Brun, accuse d'un assassinat qu'il n'avait pas commis, condamne à mort par les premiers juges . et mort en prison des suites de la question affreuse que les seconds juges lui firent donner, pour tirer de lui l'aveu de son prétendu crime, il n'y a point de magistrat </ ni ne doive trembler en prononçant une sentence de mort , quand il aura lu les mémoires pour et contre cet nfartuné.
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la phrase qui , dans le discours imprime , suit immédiatement ce qu'on vient de lire ; phrase qui a évidemment été prononcée, et qui parait nécessairement liée à ce qui précède. Vous le voyez , messieurs , dit le récipiendaire , e/ je le sens encore plus ; je t remôle de peur, et je suis transporté de joie. Ce langage n'est celui ni de l'orgueil, ni de la présomption; il ne paraît pas même être le masque transparent d'une fausse modestie , mais l'expression sincère d'un sentiment naturel et vrai ; la vanité qui se déguise et se cache , ne s'exprime pas avec une timidité si naïve 1 .
Si M. de Clerraont-Tonnerre paraît avoir loué sincèrement l'académicien auquel il succédait, on prétend que la même franchise ne se trouve pas dans la réponse que l'abbé de Caumartin , depuis évêque de Blois, lui fit en qualité de directeur. Celte réponse parut à l'assemblée une ironie perpétuelle, et ce que nous appellerions aujourd'hui une espèce de persijflage , oii l'on se moquait finement du prélat en paraissant l'accabler de louanges , et où l'on parait la victime pour l'immoler. Le directeur , témoin de l'effet qu'avait produit ce discours, se défendit beaucoup de l'intention maligne qu'où lui prêtait ; mais soit justice, soit fatalité , il eut le malheur de ne convaincre personne ; le coup était porté, et le public , grâce à la bonté qui lui est naturelle , était prévenu sans retour : comment lui faire prendre pour un éloge ce qui ne lui avait paru qu'une satire adroite et sourde, qu'il était si flatté et si content d'avoir aperçue et démêlée? Celte persuasion générale se trouvait , par un nouveau malheur, fortifiée d'une opinion dont le poids était bien redoutable, celle de Louis XIV lui-même. L'abbé de Caumartin avait parlé dans son discours de l'accueil que le roi faisait au prélat , et en avait parlé d'une manière assez équivoque pour faire croire qu'il associait le monarque aux plaisanteries dont Févêque de Noyon était souvent l'objet parmi les charilables habitans de Versailles. Le monarque , en effet , ne dédaignait pas de se joindre quelquefois à eux. M. Vcvé/jue de Noyon , dit madame de Coulanges dans une lettre à madame de Sévigné, fait toujours f amusement de la cour ; Usera reçu après demain à l'Académie , et le roi lui a dit qu'ïï s'attendait à être seul ce jour-là. C'est ainsi que le prince effleurait quelquefois l'évêque de Noyon ; mais la majesté royale prétendait rire toute seule
* C'en est usez pour répondre encore à quelques autres fabricarcurs d'anecdotes , qni prétendent que si l'évêque de Noyon eut enfin la complaisance de rendre hommage à la mémoire de sou prédécesseur, ce fut uniquement par la crainte qu'on lui inspira, que, pour le punir de s'être dépensé de ce devoir, *nn successeur ne lui rendit un jour la pareille , et ne lui refusât aussi le tribut riVloges que réclameraient ses ccodres.
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et ne trouvait pas bon qu'on voulût changer en un trait perçant l'ironie qu'elle avait voulu légèrement aiguiser. Aussi les ennemis de l'abbé de Caumartin , car son mérite lui en avait fait plus d'un parmi les ecclésiastiques courtisans, qui voyaient en lui un rival pour l'épiscopat, ne manquèrent pas de faire envisager au roi la liberté que le directeur de l'Académie avait prise, comme un manque de respect pour sa personue : le roi le crut , et le crut si bien, qu'il en témoigna son mécontentement de la manière la plus marquée. L'abbé de Caumartin, pour ôter à la malignité publique la satisfaction de faire plus en détail le commentaire de sa harangue, prit le parti de ne la point donner à l'impression. Elle ne parut que long-temps après , lorsque la mort des personnes intéressées eut détruit tout le piquant de cette prétendue satire ; elle a même osé se montrer dans les derniers recueils des harangues de l'Académie , où l'on ne songe plus guère à l'aller chercher. Ceux qui seraient curieux de la lire, pourront juger par eux-mêmes de l'imputation que l'auteur a essuyée. Le souverain juge de nos pensées , devant qui l'abbé de Caumartin a paru depuis long-temps , sait mieux que nous l'intention qu'il avait inspirée à l'orateur, et a prononcé sur ce péché si l'accusé en est coupable. Nous nous croyons pourtant obligés de dire, que si le directeur eut dessein en cette occasion d'immoler bénigne ment le récipiendaire à la risée publique , il eut un tort très-grave , et à l'égard de son confrère , et à l'égard de son corps. Quelque jugement que l'orateur de la compagnie porte en secret sur celui qu'il est chargé de recevoir, lui eût-il refusé son suffrage, eût-il traversé son élection, fût-il même son ennemi , il doit oublier tout , dès qu'il se trouve à la tête de la société respectable qui vient d'adopter le nouvel académicien ; simple organe de ses confrères en cette circonstance , et réduit à exprimer leurs sentimens , lors même qu'ils ne sont pas les siens , il est , au moins pour ce momeut , voué , ou , si l'on veut, condamné à l'éloge , comme le récipiendaire l'est à la timidité et à la modestie. L'évêque de Noyon, aiusi que nous l'avons vu, avait fait sou devoir de récipiendaire : nous laisserons à décider si l'abbé de Caumartin fit son devoir de directeur.
Les compilateurs d'Ana ont encore débité que l'abbé de Caumartin avait lu son discours à l'évêque de Noyon avant de le prononcer à l'Académie; que le prélat ne s'aperçut pas de l'ironie perpétuelle qui en faisait la substance ; qu'il n'eu fut averti que par l'impitoyable public , et que ses amis , ou ceux qui feignaient de l'être , lui ayant marqué leur ctonnement d'une ai lourde méprise , il rép ondit : Quand il m'a lu son discours, fêtais si plein de moi, et si vide de lui, que je ne me suis doutv
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de rien ; réponse qui a besoin, pour être vraisemblable, qu'on veuille bien supposer M. «le Clermont- Tonnerre assez absurde dans sa vanité, pour avouer qu'il élaitplein de lui, et pour ajouter que cette plénitude , qu'on nous passe cette expression, l'avait fait tomber dans le piège le plus humiliant pour son amourpropre.
Mais ce qui répond victorieusement à cette satire , si c'en est une , et même à toutes les autres , ce qui (ait le plus grand honneur à celui qui pouvait se croire offensé si cruellement et si publiquement par le directeur même de l'Académie , c'est que M. de Clermont-Tonnerre exerça contre l'offenseur, réel ou supposé, la vengeance la plus édifiante et la plus noble. Le nouvel académicien tomba dangereusement malade assez peu de temps après sa réception ; voulant mourir en chrétien et en évêque, il désira de voir l'abbé de Caumartin , l'assura qu'il oubliait tout ce qui s'était passé , promit de lui en donner des preuves s'il revenait à la vie, et les lui donna en effet dès que les circonstances le permirent. Il sollicita auprès du monarque, avec plus de zèle à la vérité que de succès, les honneurs de l'épiscopat pour l'abbé de Caumartin : Louis XIV, mécontent de sa harangue, s'obstina toujours à les lui refuser; il ne les obtint qu'après la mort du roi, et dans le même temps ou l'éloquent oratorien Massillon, constamment écarté de lYpiscopat, sous Louis XIV, par les jésuites La Chaise et Le Tctellier , y était appelé par le régent , qui n'avait point de jésuite pour confesseur. L'évêque de Noyon , qui n'existait plus quand l'abbé de Caumartin fut nommé évêque , n'eut pas la satisfaction qu'il méritait , de voir le succès des généreuses démarches qu'il avait faites en sa faveur ; mais les cœurs honnêtes , qui tiennent compte à chacun de ses bonnes actions , avoueront du moins qu'avec tant de noblesse dans l'âme , M. de Clerrnont-Tonnerre peut être excusable de l'avoir quelquefois poussée trop loin; car ne pourrait-on pas dire de l'élévatiou des sentimens , ce qu'un grand poète a dit de l'amitié?
Seal mouvement de l'Ame où l'excès soit permis.
M. l'évêque de Noyon a donné, dans plusieurs circonstances , des preuves d'une fierté estimable et bien placée : tout le inonde sait sa réponse à Louis XIV, qui, comptant avec satisfaction parmi ses domestiques les plus grands seigneurs de son royaume, lui demandait un jour pourquoi la maison de Clermont-Tonnerre, d'une noblesse si ancienne , n'avait été illustrée par aucune charge à la cour ; *.c 'est , dit l'évêque de Noyon , parce que mes ancêtres étaient trop grands seigneurs pour servir l's
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7 . '<tres. Il fit à ce prince, dans une autre occasion , une réponse encore plus noble. Le roi passait par Noyon , et les niaréchaux- <les-logis avaient marqué dans l'évêché le logement d'une femme très-chérie du monarque, mais qui ne pouvait décemment habiter dans le palais épiscopal, et que le prélat refusa d'y recevoir. Louis XIV lui fit avec douceur une espèce de reproche, du peu «le galanterie qu'il avait marquée dans cette circonstance : Sire, répondit -il , vous ne me l 'auriez jamais pardonnât. Une autre réponse du même prélat , quoique sans doute peu obligeante pour celui à qui elle s'adressait , mérite encore d'être rapportée, parce que la fierté s'y exprime avec une énergie peu commune. Un duc et pair , dont la dignité était à peu près de même date que sa noblesse, c'est-à-dire assez nouvelle , lui témoignait son étonnemeut de ce que les pairs ecclésiastiques , du nombre desquels était l'évêque de Noyon , précédaient au parlement les pairs laïques; il ajoutait, que les anciens pairs du royaume 1 avaient autrefois , sans difficulté , le pas et la préséance sur tous les évêques décorés de la pairie. Cela est vrai, reprit M. de Clermont-Tonnerre ; mais 7'ous ne pensez pas nu il était alors plus honorable de. suivre des hommes tels que ceux-là , qu'il ne rest aujourd'hui de précéder des hommes tels que vous. A ces dillërens mots, soit de fierté, soit de véritable grandeur, nous en ajouterons quelques autres qui supposent du tact et de la finesse. Un prédicateur jésuite s'était imprudemment chargé de l'oraison funèbre d'un prélat peu édifiant , dans laquelle il ne trouvait, disait-il, que deux points embarrassans à traiter, la vie et la mort du défunt; cependant, comme il ne voulait ni scandaliser lésâmes pieuses, eu louant à la face des autels celui qui les avait dégradés, ni outrager les mânes du prélat, en jetant des doutes sur son salut, il allégua une incommodité pour se dispenser de faire celte importune oraison fiiuèbre. Ye dites ]>as , mon pire y lui dit l'évêque de Noyon , que vous êtes incommodé; dites que la matière est incommode. Un homme de la cour, que M. l'évêque de Noyon était allé voir, lui ayant demandé à genoux sa bénédiction, que le prélat se défendait de lui donner, et le pressant avec les plus humbles instances de lui faire cette grâce : monsieur , lui répondit -il en le bénissant , je vous donne ma compassion. On raconte enfin que, durant une assemblée du clergé qui se tenait à Saint-Germain en Laye, quelques jeunes ecclésiastiques lui ayant proposé de faire les soirs avec lui de longues promenades , et ensuite de petits soupers ;
' Ces pairs étaient , comme l'on sait, le duc de Hourgognc, le duc de .Normandie , le duc dWtjuitaine , le comte de Toulouse, le comte de l lundi < et le comte de Champagne.
dites, répondit-il , de très-courtes promenades , et des soupers aussi longs pour vous qu'il vous plaira , mais non pas pour moi; car j ai encore plus d'argent que de temps à perdre.
D'après ces traits , dont assurément aucun n'a pu partir d'un homme sans esprit , peut-on se persuader que M. de Clermontlonnerreenait été dépourvu , au point de dicter lui-même à son secrétaire, comme on l'a prétendu, les deux mémoires pour servir à son éloge, que des compilateurs ont publiés près de cinquante ans après sa mort ; mémoires qui contiennent des louanges , que l'amour-propre le plus exalté oserait à peine se donner en secret , et que l'orgueil le plus stupide n'oserait se donner hautement ? Nous n'entrerons point ici dans le détail de ces deux mémoires (3) , dont le second surtout est une espèce d hymne ou de cantique , aussi étrange pour le fond que pour la forme , et semblable aux litanies de quelque Saint ou à la prose d une messe solennelle. Quant au premier mémoire car il n est pas possible d'ajouter la moindre foi au second , il 'n'est' pomt de lecteur sensé qui n'y démêle ce que l'évéque de Noyon peut avoir en effet dicté innocemment , et ce que la trahison de son secrétaire peut y avoir ajouté. Dépouillés de ce vernis de malice digne amusement , ou petite vengeance d'un subalterne les faits que le premier mémoire contient peuvent réellement servir a 1 éloge de l'évéque de Noyon , et faire connaître le^n réel dont son diocèse lui est redevable. Ce bien con Lait en d abondantes aumônes, en d'utiles établissemens pour les pauvres, en d excellentes écoles fondées pour l'instruction des lunes ecclésiastiques ; tous ces actes respectables de charité et de Zt lance episcopale assurent à la mémoire du prélat une estime , que sa vanité réelle ou prétendue ne saurait lui faire perdre
conlF?^^™ qUce M' de Clermont Tonnerre, occupé comme il 1 etai de tout faire fleurir dans sa ville épiscopale el
plein d enthousiasme pour l'éloquence, dont on l'accusait dJ se croire le modèle , n ait pas imaginé , comme tant d'autres lui en donnaient 1 exemple de fonder dans cette ville une académie Quelqu un de ses détracteurs a dit que , s'il avait eu cette i^ il aurait sans doute suivi les traces d'un amateur distinguer ' naissance , qu, , vers le milieu du siècle passé , établi de nos provinces une société littéraire , dont le principal rL, ! ment était de n admettre pour membres que desgentilshTmZsi ) Nous répondrons a cette épigramme , que M. l'évéque de S eut ete détourne d'un pareil projet , par la juste crainte quTne compagnie si honorablement instituée , n'eût à montre I d ecussons que d'ouvrages. Aussi cette académie provinciale si bien fourme de gentiUhommes , et qui avait pris le titre de Jlle