‹ ŒuvresChapitre 28 sur 56 · AU ROI · texte numérisé non relu

AU ROI

Sire ,

« Le dictionnaire de l'Académie Française paratt (a) enfin sous n les auspices (ù) de votre majesté , et nous avons (c) osé mettre » à la tete de notre ouvrage le nom auguste du plus grand des » rois. Quelques (d) soins que nous ayons pris d'y rassembler » tous (e) les termes dont l'éloquence et la poésie peuvent for- » mer l'éloge des plus grands héros , nous if) avouons , sire , » que vous nous en avec fait sentir plus d'une fois et le défaut » et la faiblesse. Lorsque (g) notre zèle ou notre devoir nous » ont engagés à parler (h) du secret impénétrable de vos des- » seins, que la seule exécution découvre aux yeux des hommes, » et toujours dans les momens marqués par votre sagesse , les » mots de prévoyance, de prudence et de sagesse même ne » répondraient pas (1) à nos idées, et nous aurions osé nous » servir de celui de (/) Providence, s'il pouvait jamais être » permis de donner aux hommes ce qui n'appartient qu'à Dieu m seul. Ce qui (k) nous console , sire, c'est (/) que sur un pa- »> reil sujet les autres langues n'auraient aucun avantage sur la » nôtre : celle des Grecs et celle des Romains seraient dans la » même indigence , et tout ce que nous voyons (m) de brillant » et de sublime dans leurs plus fameux panégyriques n'aurait » ni assez de force, ni assez d'éclat pour soutenir le simple » récit de vos victoires. Que l'on remonte de siècle en siècle » jusqu'à l'antiquité la plus reculée, qu'y trouvera-t-on de » comparable au spectacle qui fait aujourd'hui l'attention de » l'univers, toute l'Europe armée contre vous, et toute l'Europe » trop faible?

»» Qu'il nous soit permis , sire , de détourner un moment » les yeux {n) d'une gloire si éclatante , et d'oublier , s'il est

» possible, le vainqueur (o) des nations, le vengeur des roii(/>), » le défenseur des autels, pour ne regarder que le protectear de » l'Académie Française. Nous sentons combien nous honore (0) » une protection si glorieuse ; mais quel (r) bonheur pour nous m de trouver en même temps le modèle le plus parfait de l'élo- » quence! Vous (5) êtes, sire, naturellement et sans art, ce m que nous tâchons de devenir par le travail et par l'étude. Il » règne dans tous (f ) vos discours une souveraine (w) raison , » toujours soutenue d'expressions fortes et précises, qui vous » rendent maître (v) de toute l'âme de ceux qui vous écoutent, » et ne leur laissent d'autre volonté que la vôtre. L'éloquence (r) » où nous aspirons par nos veilles , et qui est en vous un don du *» ciel , que ne doit-elle point à vos actions héroïques? Les [y) » grâces que vous versez sans cesse sur les gens de lettres, peu- » vent bien faire fleurir les arts et les sciences ; mais ce sont les » grands événemens qui font les poètes et les orateurs : les » merveilles de votre règne en auraient fait naître au milieu » d'un pays barbare.

» Tandis (2) que nous nous appliquons à l'embellissement de » votre langue , vos armes victorieuses la font passer chez les m étrangers : nous leur en facilitons l'intelligence par notre tra— » vail , et vous la leur rendez nécessaire par vos conquêtes : et » si elle va encore plus loin que vos conquêtes, si elle réduit m toutes les langues des pays où elle est connue, à ne servir *• presque plus qu'au commun du peuple , une si haute destinée » vient moins de sa beauté naturelle et des (a) ornemens que » nous avons tâché d'y ajouter, que de l'avantage d'être la » langue de la nation qui vous a pour monarque , et , nous ne * craignons pas de le dire , que vous avez rendue la nation m dominante. Vous répandez {ab) sur nous un éclat qui awu- » jétit les étrangers à nos coutumes dans tout ce que leurs lois » peuvent leur avoir laissé de libre : ils se font honneur de parler » comme ce peuple à qui vous avez appris à surmonter tous les » obstacles , à ne plus trouver de places imprenables, à forcer n les retranchemens les plus inaccessibles. Quel {ac) empresse— m ment, sire, la postérité n'aura-t-elle point â rechercher, à >» recueillir les mémoires de votre vie, les chants de victoire » qu'on aura mêlés à vos triomphes ! c'est {ad) ce qui nous ré- » pond du succès de notre ouvrage; et s'il (ae) arrive, comme » nous osons l'espérer, qu'il ait le pouvoir de fixer la langue m pour toujours, ce ne sera pas tant par nos soins, que parce v que les livres et les autres monumens qui parleront du règne » de votre majesté , feront les délices de tous les peuples , feront n l'étude de tous les rois, et seront toujours regardés comme faits

DE REGNIER DESMARAIS. 4«t)

» dans le temps de la pureté du langage et dans le beau siècle » de la France.

» Nous sommes (af) , avec une profonde vénération, etc. »

Critique de VÊpitre précédente ; par Racine et Vabbé Régnier.

(a) (Le Dictionnaire de l'académie parait enfin. ) Ce mot enfin ne peut ici être dit qu'en deux sens ; ou comme par un aveu de la lenteur de l'Académie à travailler , ou par une espèce de vaine complaisance d'avoir pu venir à bout d'un si grand ouvrage. Or , dans l'un et l'autre sens , le mot enfin est mal , parce qu'il n'est ici question ni de s'accuser, ni de se vanter. (// semble que V Académie * sans s'accuser ni se vanter, a pu se servir ici du mo/ enfin ; il suffisait qu'elle eût mis beaucoup de temps à la composition de son Dictionnaire, et que ce travail eût en effet exigé beaucoup de temps , sans qu'on pût accuser ta compagrue d'en avoir perdu. Or , c'est en effet le cas où elle se trouvait. )

(b) (Sous les auspices de votre ma/esté. ) On dit bien agir sous les auspices ,* entreprendre , achever quelque chose sous les auspices dfun grand prince , pour marquer que c'est par ses ordres que tout s'est fait ; que c'est son génie , son bonheur qui ont iuflué sur tout. Mats , parait sous tes auspices , ne se peut dire , k mon sens , que dans une occasion : ce serait si un auteur n'ayant pas voulu , par modestie , mettre un ouvrage au jour , venait a y être excité , et comme forcé par les instances d'un grand prince ; car alors on pourrait dire avec fondement, que cet ouvrage paraît sous les auspices du prince. Mais ici il n'y a rien de semblable. (On dit aujourd'luti , faire paraître un ouvrage sous les auspices de quelqu'un , pour dire , le lui dédier. Ainsi cette critique porte à faux, au moins relativement à V usage présent de la langue, usage qui vraisemblablement était dès-lors établi, puisqu'on emploie ici cette phrase. )

(c) ( Et nous avons osé mettre à la téte de notre ouvrage le nom auguste. ) Cette phrase, mettre le nom a* un prince à la téte d'un ouvrage, pour dire lui dédier un ouvrage , me semble impropre , eu ce qu'elle ne signifie point en effet ce qu'on veut lui faire signifier. Le mot éoser me semble aussi n'être pas à propos en cet endroit ; car en général , bien loin que ce soit une hardiessse à qui que ce soit de dédier un livre a un grand prince , c'est au contraire une marque de respect , un acte d'hommage; et pour l'Académie , c'est un devoir à l'égard du roi qui en est le protecteur , c'est une obligation indispensable. (Même observation que sur la critique précédente. On dit aujourd'hui et Ton disait vraisemblablement dès-lors , mettre le nom de quelqu'un à la tête d'un ouvrage , pour dire , le lui dédier. Quant à la critique du mot oser , elle paraît juste en elle-même ; mais nos formules de respect v bonnes ou mauvaises , semblent autoriser celte expression. )

(«/) ( Quelque soin que nous ayons pris d'y rassembler tous les ter-

mes dont V éloquence et la poésie peuvent former V éloge des plus grands héros.) De la manière dont ceci est énoncé, on peut croire que l'Académie , en faisant son dictionnaire , n'a eu d'autre chose en vue que de recueillir les mots dont ou peut se servir dans un panégyrique , dans une ode , dans un poëme épique ; ou que du moins , en rassemblant aussi tous les autres , elle ne Ta fait que par manière d'acquit ; mais que pour ceux qui peuvent entrer dans l'éloge d'un grand prince , elle y a travaillé avec tout un autre soin ; car c'est là ce qui résulte naturellement de la phrase dont il s'agit. Si on la veut prendre dans un sens plus étendu , et comme faisant une figure qui , dans l'expression de la plus noble partie , comprend le tout , il y aura un autre inconvénient : c'est que tous les faiseurs de dictionnaires seront aussi bien fondés que nous à dire qu'ils ont pris soin de rassembler tous les termes dont on peut former V éloge des plus grands héros. {Si Racine » comme le prétend l'abbé d'Olivet, a eu part à plusieurs des critiques de Vabbé Régnier, il est difficile qu'il ait eu part à celle-ci; car on peut voir dans les notes sur l'article de M. Clermonl-Tonnerre , évéque de Koyon , que ce grand poète avait à peu près la même adulation à se reprocher. )

Il y a d'ailleurs une autre observation à faire là-dessus : c'est que les mots de jurer, blasphémer , voler, tuer, assassin, traître, crime, poison , inceste, etc. , ne sont pas moins dans le Dictionnaire de l'Académie , que ceux de régner , vaincre , triompher, libéral , magnailime, conquérant, valeur, gloire, sagesse, etc.; qu'ainsi on peut dire avec le même fondement , que nous avons pris soin de rassembler tous les termes dont on peut se servir pour faire les invectives les plus sanglantes , et pour décrire les actions les plus abominables. ( Cette critique parait juste. )

(e) ( Tous les termes dont l'éloquence), phrase louche par elle-même , et qui laisse en doute d'abord , si on ne veut pas dire tous les termes F éloquence desquels. ( On pourrait ajouter que la phrase serait encore mauvaise dans ce dernier sens ; car on ne dit point V éloquence des termes. D'ailleurs cette expression , tous les termes dont on peut former l'éloge des héros , est-elle bien correcte et bien élégante ? On dit bien les mots dont est formé un mot composé , mais on ne dit point les termes dont est formé un éloge , un discours. )

C/0 ( Nous avouons , sire , que vous nous en avez fait sentir plus ttune fois et le défaut et la faiblesse.) Ces mots -là, de la manière dout ils sont rangés , font tout un autre sens que celui qu'on a voulu y donner. On a voulu dire que le roi nous faisait sentir la faiblesse et la pauvreté de la langue : et au contraire cette phrase , telle qu'elle est , signifie qu'il nous a fait sentir le défaut et la faiblesse des héros. (// est certain que la phrase pouvait être écrite plus correctement; et la remarque qu'on fait est juste dans la rigueur grammaticale; mais le sens est clair. )

(g) ( Lorsque notre zèle. ) Quand on a avancé une proposition , il faut que la preuve qu'on en donne ensuite, y ait un parfait rapport. Ainsi , après avoir dit que le roi nous a fait sentir plus d'une fois la faiblesse de la langue , il faudrait , pour le bien prouver , faire une espèce d'énumération des choses en quoi il nous L'a fait sentir. Mais ou ne parle que d'une seule ; et par-là non-seulement ou manque ù prouver suffisamment ce qu'on avait avancé , puisqu'une proposition générale ne saurait être prouvée par un fait particulier ; mais on donne de plus lieu de croire que ce n'est qu'à l'égard de ce fait particulier qu'on a trouvé la langue trop faible.

(h) (Parler du secret impénétrable.) Parler d'un secret, c'est le révéler , le divulguer : de sorte qu'on pourrait dire, que bien loin que le zèle et le devoir engagent à parler du secret impénétrable des desseins d'un prince , ils obligent au contraire à n'en dire mot. ( Cette critique parait bien sévère; le sens est clair, et par lui-même , et par ce qui suit. )

(/) (Ne répondaient pas à nos idées.) H faudrait , pour la justesse de la construction , ont mal répondu , puisqu auparavant il y a , nous ont engagés ; ou bien , ce qui serait encore plus régulier : Toutes les fois que notre zèle ou notre devoir nous ont engagés.... nous avons

trouvé que les mots ne répondaient pas à nos idées. (Je ne sais

si je me trompe ; mais il me semble que ne répondaient pas , est ici plus expressif que n'ont pas répondu , et que d'ailleurs la justesse de la construction ne s'y oppose pas. Ne'peut-on pas très-bien dire , toutes les fois que j'ai été chez lui , il n'y était point ? Voilà un imparfait qui suit un prétérit. Une critique bien plus réelle à faire , c'est que la louange est ici exagérée à un degré ridicule , et c'est le reproche général qu'on doit faire à cette épiti'e. C'est aussi ce que le censeur reproche quelquefois au panégyriste ; mais lui-même , comme on le verra , tombe aussi dans l'adulation. )

(j) (Providence.) Reconnaître que le terme de providence n'appartient qu'à Dieu seul , et qu'il ne peut jamais être permis de donuer aux hommes ce qui n'appartient qu'à Dieu , et dire en même temps qu'on le donnerait , s'il était permis de le donner ; il y a en cela une contradiction d'idées , et cela se détruit de soi-même.

D'ailleurs en disant : et nous aurions osé, etc. ; s'il pouvait être permis , etc. , on marque une grande disposition à faire la chose même , que Ton reconnaît n'être pas permise. Cet endroit, à ce qu'il me semble , blesse la bienséance. ( Cette critique me paraît encore trop sévère. La phrase employée ici par C/uzrles Perrault est un tour oratoire dont on se sert tous les jours pour faire passer des louanges qui peuvent paraître exagérées. Mais la critique eût été plus juste , ainsi que la précédente , si elle fût tombée sur l'exagération ridicule de l'éloge. )

(A) ( Ce qui nous console. ) Voilà encore un endroit où l'exprcssioa fait tort au sens ; car si l'Académie est véritablement touchée de ce qui regarde la gloire du roi , ce ne doit pas être un sujet de consolation pour elle , de ce que les autres langues ne sont pas plus capables que la notre de donner une juste idée des actions d'un si grand prince. On ne peut avoir raisou de s'exprimer de la sorte , que quand on veut bien laisser voir qu'on n'agit que par émulation. Mais hors de là il est mal de dire qu'on se console de ne pouvoir pas bien faire , parce que d'autres ne peuvent pas faire mieux. ( Celle critique parait encore bien sévère , en mettant toujours à part V exagération ridicule de V éloge. L'Académie se console de ce que les autres langues ne sont pas plus riches que la langue française, parce qu'il en résulte que ce n'est pas la faute des académiciens , s'ils ne sont pas plus éloquens dans les louanges qu'ils donnent au rx>i. )

(/) (Cest que sur un pareil sujet les autres langues n'auraient aucun avantage sur la nôtre. ) De ces deux sur , le premier est peutêtre impropre ; car on ne dit pas avoir avantage sur quelqu'un, sur quelque chose , mais en quelque chose. De plus, l'exactitude et la pureté du style ne souffrent pas qu'on mette dans un petit membre de période , deux sur , qui dépendent tous deux d'un même :

(m) (De brillant et de sublime dans leurs plus fameux panégyriques. ) A prendre le root de panégyrique dans un sens étroit , cela n'irait pas loin. Ainsi je ne doute point que par les plus fameux panégyriques , on n'ait eu en vue tout ce que les anciens Grecs et Romains peuvent avoir fait de plus achevé , en matière de louanges , dans tous leurs ouvrages. Mais en même temps aussi je crois que c'est une exagération , et trop forte en elle-même , et vicieuse outre cela quant au sens et quant à l'expression , que de dire que ce qu'il y a de plus brillant et de plus sublime dans l'éloquence, ou grecque ou romaine , ne puisse pas avoir assez de force et assez d'éclat pour soutenir le simple récit des victoires du roi. D'ailleurs le brillant , le sublime et l'éclat ne sont point faits pour soutenir; et un simple récit des victoires du roi ne doit point être soutenu. (On pourrait ajouter que soutenir un récit, se dit pour l'ordinaire dans un sens très-différent de celui qu'on y donne ici. Je n'ai pu soutenir le récit de vos malheurs , c'est-à-dire , je n'ai pu le supporter. )

(/») ( Qu'il nous soit permis , sire , de détourner les yeux d* une gloire si éclatante.) Je ne blâme point celte phrase; mais pourtant les yeux d'une gloire peuvent trouver de mauvais plaisam. (Ces plaisons auraient bien envie de F être. )

(o) ( Le vainqueur des nations. ) Tour pouvoir dire qu'un prince est le vainqueur des nations , il ne suffit pas qu'il ait été toiijotirs victorien* dans toutes les guerres qu'il a ou en l reprises ou «oulcuucs contre di-

verses nations ; il faut qu'il ait subjugué des nations entières. Or cela ne se peut pas dire du roi , quoique ses victoires et ses conquêtes soient plus grandes et plus glorieuses par elles-mêmes que celles des princes qui ont subjugué plusieurs nations. (Pourquoi ajouter à une critique très-juste cette dernière phrase d'adulation qui la dépare ?)

(p) ( Le vengeur des rois.) Celle épithète ne convient pas non plus. Il faudrait , pour qu'elle fut fondée , que le roi eut effectivement rétabli le roi d'Angleterre sur le trône. Tant qu'il ne l'y rétablit point , il est son protecteur, son appui , mais il n'est point son vengeur; le mot de vengeur supposant un homme qui non-seulement a pris quelqu'un sous sa protection , mais qui Ta effectivement vengé de ses ennemis et rétabli dans son premier état.

(q) (Une protection si glorieuse.) La construction souffre ici; car il ne suffit pas que sous le terme de protecteur , celui de protection soit enfermé , pour dire ensuite absolument une protection si glorieuse : mais il faut nécessairement que celui même de protection ait été exprimé : ces mots une si glorieuse étant de même nature que le pronom démonstratif ce, qu'on ne peut jamais employer sans que le terme auquel il se rapporte ait été déjà employé peu de temps auparavant , ou sans ajouter ensuite quelque chose qui marque précisément de quoi il s'agit. Ainsi , après avoir parlé de la protection dont le roi honore l'Académie , on peut bien dire , une si haute protection , sire. Que si on ne s'est point encore servi du mot protection, il faudra dire, une siluiute protection que celle dont vous nous honorez , ou quelque autre chose de semblable ; car si l'on n'ajoute rien après une si haute protection , dans un cas où le même mot n'a pas précédé encore une fois , il n'y a point de construction. (Cette critique parait mal fondée. Il nest pas nécessaire que le mot de protection se trouve dans la phrase précédente. Cest tout au plus ce que l'on pourrait exiger, s'ilr avait ici, cette protection, au lieu d'une protection ; encore y wt-il beaucoup de bons écrivains qui ne s'astreindraient pas à cette contrainte. Mous ajouterons que la phrase proposée par Vabbé Régnier , une si haute protection que celle dont vous nous honorez , n'est point française ; il faut dire , une aussi haute protection que celle dont tous nous honore*. )

Si glorieuse. En parlant des grandes actions du roi , c'est fort bien dit , des actions si glorieuses , parce que c'est à lui quelles apportent de la gloire. Mais en parlant de la protection que le roi nous donne , comme ce n'est pas à lui , mais à nous qu'elle fait honneur, il faut le marquer et dire , une protection qui nous est si glorieuse.

Ce qu'il y a encore à observer sur cette phrase , combien nous honore une protection si glorieuse , c'est qu'elle roule sur des termes qui ne disent à peu près que la même chose , et qu'ainsi elle tomberait dans le vice où tomberait celui qui dirait ; Je sens combien me fait de plaisir une chose si agréable ; ou je sens combien m'est utile une chose si avantageuse ; car l'honneur et la gloire ne sont pas plus distincts entre eux que l'agrément et le plaisir . que l'avantage et l'utilité.

4f»4 NOTES SUR L'ÉLOGE

( r ) ( Quel bonheur pour nous de trouver en même temps le modèle le plus parfait de t 'éloquence /) De la façon dont ceci est énoncé , on ne donne pas assez à entendre où l'on a trouvé ce modèle ; et puisque c'est du roi qu'on veut parler , il me semble qu'il aurait fallu dire , de trouver en vous , ou quelque chose d équivalent. Mais sans m arrêter à ce qui regarde ici l'expression , je passe à ce qui regarde le sens.

Le roi parle sans doute très-purement, il s'exprime avec une grande justesse , avec une grande précision , et il a l'esprit si excellent , il est si consommé dans les a flaires de son état , que tout ce qu'il pense et tout ce qu'il dit dans ses conseils , est toujours ce qu'il y a de meilleur à dire et à penser. C'est donc un très-grand prince, un très-grand génie, qu'on peut proposer aux rois pour modèle : mais est-ce un orateur éloquent, sur le modèle duquel ceux qui aspirent à l'éloquence, doivent et puissent se former ? De plus , quand le bon sens , la pureté et la précision qui régnent dans tout ce que le roi dit dans ses conseils , feraient cette véritable éloquence , que les académiciens doivent chercher, comment la pourraient-ils imiter, puisque pour cela il faudrait être admis dans ses conseils, et pouvoir l'entendre parler sur les a (Ta ires de l'État ? rar s'ils n'ont l'honneur de le voir et de l'entendre que comme la foule des courtisans , ils pourront bien apprendre de lui à se posséder toujours , à ne dire jamais rien de dur, rien d'iuutile , rien que de précis et de sage. Mais tout cela regarde bien plus les mœurs que l'éloquence. Aussi plus j'approfondis la louange qu'on a voulu donner en cela au roi , moins je la trouve convenable.

(s) ( Vous êtes , sire , naturellement et sans art , ce que nous tâchons de devenir par rétude.) Pour juger si cette proposition renferme un sens juste , il faut examiner ce que le roi est naturellement , et ce que les académiciens doivent travailler à devenir par l'étude. Le roi est naturellement , c'est-à-dire par sa naissance , et sans y avoir rien contribué de lui-même , roi de France ; il est naturcUement'd'une bonne et l»eureuse complexion : et si l'on veut étendre encore davantage le sens de naturellement , il a naturellement de l'esprit, de U pénétration, de la bonté , de la douceur , de la fermeté , de la grandeur d'âcue. Voilà a peu près ce qu'on peut dire que le roi est naturellement , et ce qu'il a sans le secours de l'art. Mais est-ce là ce qu'un académicien doit se proposer de devenir et d'acquérir ? 11 me semble que comme académicien , ce qu'il doit se proposer, c'est de devenir un excellent grammairien, un excellent critique en matière de littérature, un excellent homme de lettres. Or le roi n'est rien de tout cela naturellement. (Les académiciens ont iioulu dire que le roi est éloquent naturellement et sans art. tandis qu'ils ont besoin iVefforls pour le devenir. Le sens est clair parce qui précède , et la phrase parait sur ce point à l'abri de la critique , sauf, encore une/ois , l'excès de t adulation. )

(/)(// règne dans tous vos discours.) La chose est vraie en soi, mais elle nie parait niai énoncée ; car ces mots, dans tous vos discours.

ne conviennent nullement au roi. Il faudrait dire : // règne dans tout ce que vous dites ; ou bien , vous ne dites rien où il ne règne. ( // me semble que , du moins aujourd'hui, dans tous vos discours , signifierait dans tout ce que tous dites. )

(u) ( Une souveraine raison. ) Cette souveraine raison , dont il est ici question , et qui fait les sages princes et les habiles politiques , est-ce la même qui fait les orateurs et les poêles ? Nullement : c'en est une d'une espèce toute différente , et qui n'a rien de commun avec l'éloquence , si ce n'est parce qu'il n'y a poiut de véritable éloquence que celle qui est fondée sur la raison. ( En donnant ici la raison pour base essentielle à l'éloquence , on justifie, au moins jusqu'à un certain point, la phrase de V Académie, P adulation étant toujours mise à part.)

(v) (Qui vous rendent maître de toute l'ame de ceux qui vous écoutent , et qui ne leur laissent d'autre volonté que la vôtre. ) Tout cela se peut fort bien dire d'un grand prédicateur , d'un grand orateur , et, si l'on veut, d'un éloquent général d'armée accoutumé à haranguer ses soldats et à leur inspirer ce qu'il veut ; mais non pas d'un roi qui donne ses ordres à ses ministres , et qui leur présent ce qu'ils doivent faire. Voilà quant au sens des paroles : je viens maintenant aux paroles mêmes.

On dit fort bien , en parlant d'un orateur , ceux qui Vêcoulent. Mais en parlant d'un roi qui agite , qui discute avec ses ministres les affaires de son Etat , il faut dire , ceux qui l'entendent parler. Et dire, en cette occasion , ceux qui l'écoutent , c'est une phrase aussi impropre que si on disait ses auditeurs pour dire ses ministres. (Je ne crois pas cette critique juste. Ceux qui l'écoutent a quelque chose de plusjlatteur et de plus noble , puisqu' enfin on veut ici louer le roi, que ceux qui l'entendent parler. )

11 y a , ce me semble , une autre faute de justesse dans ces paroles , qui vous rendent... et ne leur laissent... car ce ne sont pas les expressions fortes et précises qui rendent un homme maître, etc. , c'est la souveraine raison soutenue de ces expressions. Et par conséquent, au lieu que ces mots sont mis au pluriel , et se rapportent à expressions , ils doivent être mis au singulier , et se rapporter à souveraine raison.

Je croisaussi qu'en cet endroit expressions fortes n'est pas bien dit, parce que , dans la bouche du maître , des expressions fortes sont des expressions dures et qui tiennent de l'empire de la menace. (Des expressions fortes , même dans la bouche du roi , ne sont point des expressions dures , mais tles expressions pleines de vigueur et d'énergie.

(pliant à cette autre façon de parler , maître de toute l'ame , il me semble qu'elle a quelque chose de poétique , et qu'elle est ici mal appliquée ; car s'agit-il que le roi , pour faire entrer ses ministres dans son sentiment , se rende maître de leur esprit , par la force de ses raisons et

«le ses paroles? ( Cette critique ne parait ni bien claire, ni bien juste. Le mi peut sans doute obliger ses ministres à suivre son avis, sans les persuader ; mais on a voulu dire ici qu'il ne les y oblige qu'en les persuadant. D'ailleurs il ne s'agit pas seulement ici de l\ascendanl que l'éloquence du roi lui donne sur ses ministres , mais de l'avantage qu 'il en tire pour subjuguer tous las esprits et gagner tous les cœurs . On peut seulement observer que cette expression, maître de toute l'âme, est bien peu élégante, soit en prose , soit en vers. )

(x) (L'éloquence où nous aspirons par nos veilles , et qui est en vous un ilon du ciel , que ne doit-elle point à i>os actions héroïques ? ) Si on s'était contenté de dire que l'éloquence où l'Académie aspire , doit beaucoup aux actions héroïques du roi , on aurait dît une chose qu'on pourrait trouver moyen de soutenir. Mais de dire que l'éloquence qui est en lui un don du ciel, doit beaucoup à ses actions héroïques , c'est une chose qui ne se peut pas défendre ; car c'est dire précisément que le don du ciel qui est en lui , doit beaucoup a ses actions. (Il y avait ici une autre critique à faire. L'auteur de iépitre a voulu dire que les actions héroïques du roi prêtent beaucoup à V éloquence ; et cette phrase, l'éloquence doit beaucoup à vos actions, signifie, dans son sens le plus naturel, l'éloquence doit s'occuper beaucoup à célébrer vos grandes actions. )

(y) (Les grâces que vous versez sans cesse sur les gens de lettres, peuvent bien faire fleurir les arts et les sciences ; mais ce sont les grands événemens qui font les poètes et les orateurs. ) Si les grâces répandues sur les gens de lettres font fleurir les lettres , il s'ensuit nécessairement qu'elles font aussi des poètes et des orateurs ; car les lettres ne peuvent pas fleurir sans l'éloquence et la poésie. Ainsi le sens du second membre de celte période étant déjà enfermé dans le premier , il n'y a pas lieu de l'énoncer ensuite dans le secoud membre comme par une espèce d'opposition , et d'en former un axiome.

Mais quand il n'y aurait nulle difficulté en cela , je ne vois pas sur quoi on se fonde pour avancer que ce sont les grands événemens qui font les poètes et les orateurs. Tout ce qu'ils font, c'est de leur fournir «les sujets propres à les exciter et à les soutenir. Alexandre a été un des plus grands conquérans du monde , et il n'y a peut-être jamais eu «le plus grand événement dans l'univers , que le renversement de l'Empire des Perses , suivi de l'établissement de celui des Grecs «ians une partie considérable de l'Europe , dans l'Egypte et dans l'Asie , jusqu'au Gange. Cependant les grandes choses qu'il a faites lui ont-elles fait naître un excellent [Sotte grec? et le poêle Cherilus qui les a vues , et «ju'il comblait même de bienfaits , en a-t-il élé moins mauvais poëtc ? Les victoires d'Annibal , grandes et signalées en Espagne et en Italie , et celles même de Jules-César ont-elles fait naître des poêles et des orateurs? En a-t-on vu de bien illustres du temps de Charlcmagnc, si célèbre par ses grandes actions, et par l'empire romain partagé avec les Grec* '.'

T.t s'il était vrai que les merveilles du règne d'un prince dussent faire naître des orateurs et des poêles, au milieu d'un pays barbare , pourquoi les premiers Ottomans n'en ont-ils point eu , dont le nom ait mérité de parvenir jusqu'à nous ? Je sais bien que l'éloquence ne doit pas être renfermée dans les bornes d'une vérité rigoureuse ; mais il ne faut pas aussi , dans une épttre , s'emporter comme ferait un orateur dans la tribune , ou comme un poète dans un ouvrage pindarique.

(s) ( Tandis que nous nous appliquons. ) Voici une période d'une extrême longueur , et qui n'a en cela nulle proportion avec les autres , qui sont presque toutes coupées. (Je ne vois pas où est cette période si longue, qui finit proprement au mot étrangers. La période un peu longue ne commence qu'A ces mots : Et si elle va encore, etc. ypour finir à ceux-ci, la nation dominante. Mais la longueur n'en est pas excessive, et d'ailleurs les autres phrases de répitre ne sont pas assez courtes pour que celle-ci détonne par sa longueur. )

Il me semble , au reste , qu'il y a quelque chose qui blesse la bienséance, de représenter dans un même tableau , d'un côté l'Académie travaillant a la composition ou à la révision du Dictionnaire ,et de l'autre le roi à la tête de ses armées.

Mais laissant cela à part , puisque c'est du Dictionnaire qu'on prie et du Dictionnaire achevé , il ne faut pas dire en le présentant : Tandis que nous nous appliquons vos armes victorieuses font fait passer, etc. ( Cette critique parait sans fondement; le p lèsent a ici plus de vivacité et d'expression que le prétérit. )

(aa) ( Des ornemens que nous avons taclui d'y ajouter. ) Travailler au Dictionnaire d'une langue , est-ce y ajouter des ornemens ? Tous ceux qui font des dictionnaires, ne sont que des compilateurs plus ou inoins exacts. On orne , ou embellit une langue par des ouvrages en prose et en vers , écrits avec un grand sens, un grand goût, une grande pureté . une grande exactitude , un grand choix de pensées et d'expressions. Mais on ne peut pas dire que ce soit y ajouter des ornemens , que d'en recueillir , d'en définir les mots , et d'en fournir des exemples tirés du bon usage.

(ab) (Vous répandez sur nous.) Ce nous , si on en juge par tous les autres qui sont dans la période précédente , doit s'entendre des académiciens. De sorte que dans la rigueur des termes , la phrase entière signifie que les étrangers sont assujétis aux coutumes de l'Académie , dans tout ce que leurs lois leur ont pu laisser de libre. Mais quand on ôterait l'équivoque de nous , qui est très-facile à ôter , il ne sciait peutêtre pas aisé de réduire cette pensée à un sens juste et raisonnable ; car la langue d'un pays peut-elle raisonnablement se mettre au rang des choses que les lois laissent à la liberté des peuples de quitter comme il leur plaît ?

(ac) ( Ç**el empressement. ) Tout ceci, quant au sens . ne me paraît

pas *±>cz lié ni avec ce qui procède , ni avec ce qui

(«O {^est ce qui nous répond du succès. ) Qu'est-ce que Je succér

la postente î>i cela est , tous les mauvais ouvrages qui sont parvenus jusqu a nous depuis deux mille ans , plus ou moins . ont eu un grand succès. Et que promet-on au Dictionnaire, quand on ne lui promet autre chose? Mais si, par le succès d'un ouvrage, on entend, comme on le doit, le jugement avantageux qu'en fait le public après l'avoir examiné , comment peut-on dire que l'empressement que la postérité' aura a recueillir les mémoires de la vie du roi , est ce qui répond du succès du Dictionnaire?

(ac) (S'il arrive. . . . qu'il ait le pouvoir de fixer Us langue pour toujours , ce ne sera pas tant par nos soins que parce que.... ) C"est-adire . s'il arrive qu'il ait le pouvoir de fixer la langue , ce ne sera pas lui qui la fixera. La bonne logique aurait voulu qu'on eut dit : S'il arrive que langue française , telle qu elle est aujourd'hui , vienne à être fixée - toujours , ce ne sera pas tant par nos soins que parce que . etc.

(afl (^°us sommes. ) Lorsqu'un particulier écrit à un autre particulier , il peut finir sa lettre partout où il veut. D peut couper tout d'un coup . et dire , je suis . sans que cela ait aucune liaison de sens a\ec ce qui a précédé. Peut-être même qu'il est mieux d en user de la sorte . que de s'amuser à prendre un tour pour finir une lettre comme en cadence. Mais il n'en est pas de même . à mon z\ is , quand une compagnie écrit au roi. H faut que tout soit plus compassé , plus mesuré , plus étudié . et que du moins les dernières choses qu'on a dites aient quelque rapport de sens avec la protestation par laquelle on finit ; car une fin brusque . et qui n'est liée à rien , marque dc la négligence ou de la lassitude ; et l'un et (autre blessent le respect. ( Le respect exige , du moins aujourd'hui, que la dernière phrase qui en contient la formule, soit séparée des autres, et même mise à la ligne, comme elle rest ici. Tel est au moins r usage actuel, lorsqu'on écrit à des personnes d'un rang trèssupérieur. )

^ Voici maintenant les remarques critiques de l'abbé Régnier sur l'épître que M. Charpentier avait faite pour le Dictionnaire de l'Académie. Chacune de ces remarques nous parait très-juste , si on excepte la dernière.

Lettre de M. Charpentier au Roi.

Siée,

« Quand l'Académie Française apporte son Dictionnaire à >» votre majesté (a), c'est un hommage quelle vous rend de

* votre propre bien. Les grâces continuelles que nous avons >. reçues de votre libéralité et de votre magnificence (b) , nous

» ont été si nécessaires pour achever cette entreprise, qu'on » peut dire que c'est votre ouvrage autant que le nôtre. Ce » Dictionnaire est un fidèle portrait de l'état glorieux (c) où est » enfin parvenue la langue française , par les réflexions de tant » de grands hommes qui l'ont employée dans leurs ouvrages, » et principalement par l'attention de votre majesté, qui la » parle avec une pureté et une politesse qui nous font sentir » qu'on n'y peut plus ajouter de nouvelles grâces. Nous avons » préparé, sire , les matériaux (d) qui doivent être employés au » temple de votre gloire. Et ceux qui voudront toucher désor— » mais à vos actions immortelles, trouveront peut-être après » nous (e) plus de facilité à s'en expliquer : mais ne nous flattons » point de leur être utiles (/") , si la noblesse de leur génie ne » les élève au-dessus de nos méditations. Pourrons-nous leur » suggérer des termes assez forts pour atteindre à ces idées » héroïques {g) qui ont porté notre bonheur au-delà de notre » espérance , et qui ont changé en mieux la face de l'univers ? » La foi chrétienne prêchée jusqu'au fond des Indes (h) par un » effet de votre zèle ; la France purgée de l'hérésie qui l'avait » si long-temps infectée ; la religion catholique victorieuse et * triomphante; les pernicieuses maximes d'une fausse valeur » abolies; la sainteté des lois partout révérée ; l'injustice réduite » à se contenter de faire de mauvais souhaits; la majesté royale » soutenue contre les efforts de la rébellion et de la tyrrnnie; » les ennemis de la France vaincus partout ; leurs plus fortes » places foudroyées; les trophées de vos victoires par mer et » par terre élevés dans toutes les parties de l'Europe ; la justice » toujours compagne de vos armes : tout cela, sire, s'offrira en » foule à ceux qui entreprendront de parler de votre majesté. » C'est à tracer de fidèles images de ces grands événemens qu'ils » s'occuperont. Heureux s'ils trouvent des couleurs assez vives » pour exprimer tant de lumières (i), et s'ils en peuvent soun tenir l'éclat sans s'éblouir! De notre côté, sire, nous ren- » drons de continuelles actions de grâces au ciel (y ) de nous » avoir fait vivre en un temps ou nous sommes les spectateurs » de tant de merveilles ; où nous voyons de nos propres yeux cet air plus qu'humain (k) imprimé sur votre front , et où » nous entendons les oracles de votre bouche sacrée , bonheur » qui nous sera envié de la postérité. Cependant, sire , agréez » nos profonds respects , jetez un regard favorable sur l'ouvrage >» que nous présentons à votre majesté , assurés que son appro- ». bation (/) sera la plus glorieuse récompense de nos travaux. »• Nous sommes, Sire,

» Vos , etc. »

4> NOTES SDR L'ÉLOGE

Remarques de l'abbé Régnier.

(a) Beau passage pris de S. Augustin t liv. IX de ses Confessions , chapitre i3.

Quisquis tibi émanerai mérita sua , quid tibi enumerat , nisi munera tua?

(b) Voilà de grands mots pour ne signifier que des jetons , du bois et de la bougie.

(c) H est ridicule de dire qu'un dictionnaire , qui n'est qu'un recueil de termes et de phrases , soit un fidèle portrait de l'état glorieux d'une langue. Il pourrait être tout au plus uu fidèle portrait de son abondance : et ce qui est une louange fade et puérile , c'est de d ire que la langue soit parvenue à cet état principalement par X attention du roi.

{d) Faire un dictionnaire , est-ce préparer des matériaux ? Les matériaux d'une histoire ne sont pas les termes. Ce sont les mémoires qu'où donne pour une histoire , qui en sont uniquement les matériaux.

(c) Pourquoi , et qu'est-ce que cela veut dire?

if) Qu'est-ce que cela veut dire encore ? S'agit-il de donner ici des préceptes ?

(g) Qu'est-ce que c'est que des termes assez forts pour atteindre ? Et qu'est-ce que des idées héroïques , qui portent le bonheur au-delà de V espérance , et qui changent en mieux la face de V univers ? c'est un galimatias pompeux , et de plus fort à contre- temps.

(h) Dans cette énumération , il y a des choses vraies ; mais il y a des choses vagues , qui ne sont que d'un déclamatcur, d'un homme qui dérobe des phrases à Balzac , et d'autres qui sont dites d'une manière impropre et outrée.

( j ) Autre phrase de galimatias et de déclamatcur.

(y) Voilà un plaisant partage pour des académiciens , de donner aux autres à célébrer les grandes actions du roi , et de se réserver le soin de rendre de continuelles actions de grâces à Dieu. Il serait excusable au clergé de faire ces sortes de distributions.

(k) 11 a voulu imiter ma lettre en cet endroit. Mais l'air plus qu'humain est dit poétiquement et est outré : le reste est aussi outré.

(I) Cet endroit est bien. Il n'y a que le mot d'approbation qui ne convient nullement. (Cette remarque est la seule qui ne paraisse pas bien juste. Le mot ^'approbation semble être ici le plus convenable. )

Nous ignorons si l'Académie eut quelque connaissance des remarques critiques faites par son secrétaire sur l'épîtrc de Perrault et sur celle de Charpentier ; il paraît uu moins que cette dernière épiuc , telle

DE REGNIER DESM AR AIS. 4;i

qu'on vient de la lire, fut rejetée par la compagnie, puisqu'elle ne se trouve point à la tête de l'édition de i6g4- On u'y trouve point non plus celle de Perrault , dont à la vérité on a conservé plusieurs phrases ; et comme l'abbé Régnier nous assure dans ses mémoires que l'Académie préféra à l'épître qu'il avait faite , celle dont Charpentier était l'auteur, il en faut conclure que Charpentier fut apparemment chargé par l'Académie de composer une troisième épttre , où il conserverait ce qui lui paraîtrait de meilleur dans les deux autres. C'est sans doute celle qu'on lit à la tête de la première édition, et que nous croyons devoir insérer ici , afin qu'on puisse la juger , soit en elle-même , soit en la comparant avec les deux dont on vient de lire la critique.

Page 1