‹ ŒuvresChapitre 54 sur 56 · ÉLOGE DE J. A. DE MESMES · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE J. A. DE MESMES

TJs nom cher aux lettres, et ses talens personnels, lui ouvrirent l'entrée de l'Académie. La protection distinguée que deux de ses ancêtres, Henri et Jean-Jacques de Mesmes, donnèrent au fameux Jean Passerat, si connu par ses vers latins et français , est consacrée dans les ouvrages de ce poète reconnaissant. Voiture trouva de même un Mécène respectable en la persoune de l'illustre comte d'Avaux, qui était grand oncle de notre académicien, et à qui l'Europe doit cet immortel traité de Westphalie, garant précieux de la liberté de l'Empire. Les ouvrages des deux écrivains qu'on vient de nommer, ceux des Dorât , des Balzac , des Sainte-Marthe, et de plusieurs autres, assurent a la maison de Mesmes l'attachement éternel des gens de lettres ; espèce d'illustration qui .n'est peut-être guère moins flatteuse pour elle que les dignités dont elle a été revêtue.

Héritier du goût et du savoir de ses aïeux, le père de notre académicien avait été comme lui membre de celte compagnie ; le fils, qui marcha de bonne heure sur ses traces, n'était encore que président à mortier lorsqu'il fut reçu parmi nous ; cet honneur fut comme Je gage d'une place beaucoup plus importante et pins relevée, que le feu roi lui accorda deux ans après; il fut mis, au commencement de 1712, à la tête du parlement de Paris , qui , dans ces temps difficiles et cruels pour la nation souffrante , avait besoin d'un chef respecté , sage et vertueux. M. le président de Mesmes remplit avec honneur les espérances que le monarque et les sujets avaient conçues de lui. Prudence, intégrité, application aux affaires, dignité daos toutes ses fonctions, et, ce qui nous intéresse particulièrement, talent distingué de la parole ; telles furent les qualités par lesquelles il sut justifier également , et le choix du prince , et le suffrage de l'Académie. Nous pouvons ajouter à ce suffrage celui d'un simple particulier, homme de lettres , mais d'un homme dont la voix mériterait d'être comptée quand elle serait seule , du sévère

' Jean- Antoine de Mesmes , premier président du parlement, ne le 18 no* rembre 1661 ; reçu h la place de Louis Verjus , comte de Creci , le 20 mars 17105 mort le a5 août 1733.

Despréaux, qui n'était p;»s toujours de lavis de sa compagnie dans les choix qu'elle jugeait à propos de faire. Je viens à vous» monsieur, dit-il à M. de Mesmes le jour de sa réception , afin que vous me félicitiez dy avoir pour confrère un homme comme vous. La liberté avec laquelle le satirique s'était expliqué sur l'élection de quelques autres académiciens* accrédités à la cour, et illustres par leur naissance, ne permettait guère de soupçonner que la dignité de M. le président de Mesmes entrât pou r rien dans cet éloge.

Quoi qu'il en soit , cette dignité n'arrêta pas un autre poêle plus amer et plus injuste. Jean-Baptiste Rousseau , ulcéré depuis plusieurs années contre l'Académie, dont ses satires lui avaient fermé la porte , prête à s'ouvrir à ses talens , faisait régulièrement une épigramme ou chanson , tantôt bonne , tantôt mauvaise , contre chaque récipiendaire. M. de Mesmes ne lui échappa point, quoique n'étant pas précisément homme de lettres, il lût étranger aux querelles que le satirique s'était malheureusement suscitées. On pourra juger , par les faits rapportés dans cet éloge, si M. de Mesmes fut en effet déplacé à l'Académie , berné à la cour, et jouet des grands*. Et quant à la justice des suffrages que l'Académie lui donna , celui de Despréaux répondra ici pour la compagnie aux sarcasmes de Rousseau, dont la satire n'aura plus que le déplorable mérite d'être un ramas d'injures bien rimées 3.

• Voyez l'article de M. le marquis de Saint-Aulairc.

* Juge qai le déplaces ,

Courtisan berne', Des grands que tu lasses Jouet obstine , Sur noue Parnasse , Le laurier d'Horace T'est donc destine.' Vos écrits , froids poètes , Jetoniers rampans ,

s Danchct , pour venger l'Académie et M. de Mesmes, fil contre Rousseau

Du choix que vous faites M'étaient bien garans.

Mais craignez les censeurs j De la double colline , J'cnleuds les neufs « Leur Uoupc badine Rit avec Racine De ses successeurs.

la chanson suivante , sur le Le plaisir vous appelle.

Fils ingrat , coeur perfide , Esprit infecté , Ennemi timide, Ami redouté , Détestable guide D'un amour qu'Ovide N'a jamais chanté j A le masquer habile, Traduis tour à tour

air, qui est celui de l'opéra de 1 ancré Je:

Pétrone à la ville, David a la cour.

Sur nos airs fais des vers Que ton venin distilla Sur tout l'univers.

Nouveau Théophile, Imite son style , Mais crains ses revers.

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