LES PLACARDS
C'EN EST FAIT DE NOUS! — ON NOUS ENDORT, PRENONS-Y GARDE! — C'EST UN BEAU RÊVE, GARE AU RÉVEIL! — L'AFFREUX RÉVEIL.
Pour rendre plus pressant l'avertissement contenu dans ce numéro, Marat employa un moyen de propagande plus actif encore que le journal : le placard. Il lit afficher un placard sous ce titre qui était un vrai cri d'alarme : G'ii n lst fait de nous ! Il dénonce un coml)lot formé par l'Autriche et les émigrés pour marcher sur Paris et réduire la nation. Voici l'exorde de ce morceau : «Je le sais, ma tête-est mise à prix parles coquins qui .sont au timon des affaires de l'État; cinq cents espions me cherchent nuit et jour : eh bien!
s'ils me découvrent et s'ils me tiennent, ils m' égorgeront et je mourrai martyr de la liberté; il ne sera pas dit que la patrie périra, et que VAini du peuple diura. gardé un lâche silence » .
Voici la péroraison : « Citoyens! c'en est fait de vous pour toujours, si vous ne courez aux armes, si vous ne retrouvez cette valeur héroïque qui, le lli juillet et le 5 octobre, sauvèrent deux fois laFrance ! Volez à Saint- Cloud ; s'il en est temps encore, ramenez le roi et le dauphin dans vos murs. Tenez-les sous bonne garde et qu'ils vous répondent des événements; renfermez l'Autrichienne et son beau-frère; saisissez- vous de tous les ministres et de leurs commis, mettez-les aux fers ; assurez-vous du chef de la municipalité et des lieutenants du maire ; gardez à vue le général, arrêtez Tétat-major, enlevez le parc d'artillerie de la rue Verte, emparez-vous de tous les magasins et moulins à poudre ; que les canons soient répartis entre tous les districts. . .
« Courez, courez s'il en est temps encore, ou bientôt de nombreuses légions ennemies fondront sur vous : bientôt vous verrez les ordres privilégiés s€ relever; le despotisme, l'affreux despotisme reparaîtra plus formidable que jamais. Cinq à six cents têtes abattues vous auraient assuré repos, liberté et bonheur. Une fausse humanité a retenu vos bras et suspendu vos coups ; elle va coûter la vie à des millions de vos frères.»
La loi sur la presse n'était pas encore faite-, mais Malouet dénonça cet appel à l'insurrection à l'assemblée constituante, dans la séance du 31 juillet, et sur sa ptopositiou un décrei fut rendu ordonnant au procureur du roi au Cliâtelet de Paris u de poursuivre comme criminels de /êse-îuition, tous auteurs, impri-
meurs et colporteurs d'écrits excitant le peuple à l'insurrection contre les lois, à l'efFusion du sang, au renversement de la Constitution. »
Cependant le 2 août, sur les observations de Pétion et d'Alexandre Lameth, l'Assemblée revint sur son décret du 31 juillet, « dont les expressions vagues prêteraient aux poursuites les plus arbitraires; » mais elle maintint expressément l'ordre de poursuites contre le placard : Cen est fait de nous.
Voici comment Marat accueillit l'acte de l'Assemblée: «Que faire? Regarder l'infâme décret du 31 juillet comme non avenu; se moquer, de l'autorité injuste, que prétendent usurper les traîtres à la nation qui dominent l'assemblée nationale, et aller son train en prenant les précautions d'usage contre les tyrans. » C'est-à-dire :se:acher dans une retraite plus profonde encore. Et le 2 août, il écrivait : « La clause conservée étant le seul objet qui tînt au cœur des ennemis de la Révolution, elle est honorable pour VAmi du peuple; seule elle suffirait pour démontrer à quel point ils redoutent sa plume. »
Puis. sans s'inquiéter davantage, il faisait paraître, le 11 août, un deuxième placard intitulé : On nous ENDORT, PUENONS-Y GARDE ! inspiré par lindignation que soulevait en lui la procédure du Châtelet contre les révoltés des journées des 5 etG octobre. Marat dit «qu'on vient de renouveler avec fracas une dénonciation de complot simulé contre la famille royale, pour détourner l'attention du peuple du complot ourdi contre la France par les traîtres à la patrie : »
« Français, s'écrie-t-il, souffrirez-vous toujours que vos implacables ennemis vous traitent en sots et vous
en imposent comme à des enfants?.-.. Soyez hommes une fois dans la vie, écartez loin de vous tout préjugé stupide et formez-vous une idée juste des choses. Quand le complot d'attenter aux jours de la famille royale ne serait pas l'œuvre des ennemis de la Révolution et quand il ne serait pas chimérique, mérite-til de vous distraire un instant de la recherche de la conspiration formée contre la patrie, seul point qui doit vous occuper? Le prince n'éiant qu'un serviteur de la nation, l'attentat contre sa vie ne peut jamais être qu'un délit particulier, tel que l'attentat contre les jours d'un autre mandataire du peuple : délit moinsgrave que l'attentat contre la patrie. »
Le 2*2 août , troisième placard : C'est UlN beau