RÊVE, GARE AU KÉVEIL
Le songe que l'on voulait faire faire à la nation, aux Parisiens surtout, c'est que les provinces redemandaient à grands cris le retour à l'ordre, c'està-dire à l'ancien état de choses; c'est que le malaise des "bourgeois et la misère de la classe ouvrière venaient de la Révolution ; c'est que chacun commençait à le sentir et que la moitié du chemin était déjà parcourue dans la voie du repentir; qu'il n'y avait plus qu'à seconder ce beau mouvement; que de tous côtés les régiments soulevés rentraient dans le devoir; que l'Assemblée n'avait qu'à suivre l'interprète de ce sentiment général en décrétant le bonheur de la France. Le placard dément une à une ces assertions, et Marat termine ainsi : c Hélas ! VA7ni du peuple vous prêchera-t-il toujours en vain? Prends conseil de tes malheurs, peuple lâche et stupide ! Et si rien ne peut te rappeler au sentiment de tes devoirs, coule tes jours dans l'oppression et la misère, termine-les dans l'opprobre et l'esclavage, n
Le 51 août, quatriiMiie placard : L'affreux réveil.
La nation se réveillait en effet an bruit dn canon de Nancy. Le massacre des suisses de Clkâteauvieux à Nancy est un des faits de cette époque qui produisirent la plus vive sensation. C'est pour le dénoncer au peuple que Marat fit un quatrième placard :
« La voilà donc arrivée cette horrible catastrophe que je vous ai présagée depuis si longtemps, suite inévitable de votre imprévoyance, de votre aveugle sécurité... Barbares, ces hommes que vous allez massacrer sont vos frères, ils sont innocents, ils sont opprimés. Ce que vous avez fait le 1/i juillet, ils le font aujourd'hui, ils s'opposent à leurs massacreurs; les punirezvous de suivre votre exemple et de repousser leurs tyrans?... Rien n'égale les forfaits du commandant et des officiers de Nancy, si ce n'est la légèreté de l'Assemblée nationale qui a lancé les horribles décrets, actes de démence, oh ! dites plutôt actes de scélératesse dignes du dernier supplice...
« Juste ciel ! tous mes sens se révoltent, et l'indignation serre mon cœur. Lâches citoyens, verrezvous donc en silence accabler vos frères? Resterez-vous immobiles quand des légions d'assassins vont les égorger? Oui, les soldats de la garnison de Nancy sont innocents; ils sont opprimés, ils résistent à la tyrannie, ils en ont le droit; leurs chefs sonf, seuls coupables, c'est sur eux que doivent tomber vos coups : l'Assemblée nationale elle-même, par le vice de sa composition, par la dépravation de la plus grande partie de ses membres, par les décrets injustes, vexatoires et tyranniques qu'on lui arrache journellement, ne mérite plus votre confiance... Qu' est-elle? qu'une bande d'ennemis de la Révolution, de conjurés, de traîtres et de conspirateurs; ce sont ces misérables, ennemis de la
liberté par état, par principe, que vous avez la stupidité de regarder comme les représentants de la nation dont ils sont les mortels ennemis; ce sont ces hommes que vous regardez comme législateurs et dont vous avez la folie de respecter les décrets.
« Ah! foulez, foulez aux pieds ceux qu'ils viennent de lancer pour allumer la guerre civile; invitez sans délai les provinces à nommer d'autres députés; installez-les dans le Sénat, et chassez-en avec ignominie ceux qui en souillent actuellement les sièges. Mais avant tout volez au secours de vos frères; dessillez les yeux des soldats citoyens ; invitez tous les Suisses à soutenir leurs compatriotes ; désarmez les satellites allemands qui vont égorger vos concitoyens; arrêtez leurs chefs, et que la hache vengeresse les immole enfin sur Tautel de la liberté. »
Cette affaire de Chateauvieux eut un grand retentissement, et les polémiques soulevées à ce sujet remplissent les journaux du temps et notamment le journal de Marat. La douleur des patriotes fut grande pour cet événement. Loustalot, le rédacteur des Révolutions de Paris, le plus populaire des journalistes d'alors, mourut de ce coup qui lui parut ajourner pour longtemps, pour toujours, l'espérance de la patrie. Voici comment Marat (n° 228, 22 septembre) annonce la mort de Loustalot et fait son éloge funèbre :
Est-il un seul vrai patriote, un seul bon citoyen, un seul honnête homme qui n'ait élevé la voix contre ces scènes d'horreur? Mais quoi? L'Assemblée nationale, le monarque, le commandant de la garde parisienne, couverts du sang des amis de la liberté ! Affreuse image, elle me poursuit sans cesse et me glace d'etfroi, A combien de cœurs sensibles elle a été funeste! Loustalot n'est plus : c'est elle qui a porté le trouble dans son imagination, jeté le désordre
dans ses frêles organes, et qui vient de trancher à la fleur des ans le fil de ses jours. Loustali^t n'est plus : fidèle défenseur de la patrie, il lui consacra ses preuiières armes presque à l'époque de la révolution; dès lors il combattit toujours pour elle, et combattit avec succès. Son cœur ne connut point les transports du patriotisme; mais il brûlait doucement des feux du civisme le plus pur, et s'il ne fit jamais d'enthousiastes à la liberté, il lui fliisait des amis chaque jour. Trop peu versé dans la politique pour pénétrer d'un coup d'oeil les noirs complots de nos ennemis, moins encore pour sentir la nécessité de soulever contre eux l'opinion publique et connaître le magique pouvoir d'un affreux scandale, jamais il ne porta l'épouvante dans leur sein ; jamais il ne les força de suspendre ou d'abandonner un projet sinistre; jamais il ne les provoqua à des actes impuissants de fureur; jamais il ne les poussa à se perdre par de vains attentats; jamais il ne les entraîna dans le précipice, en attirant sur lui un bruyant orage; mais il saisissait avec art l'un après l'autre les fils dune trame odieuse, il la développait avec méthode et l'exposait trèsbien au grand jour. Étranger aux grands mouvements de l'éloquence, à ces traits de feu qui enflamment, entraînent, subjuguent, il n'avait aucune des qualités de l'homme d'État fait pour retenir sur le bord de l'abîme la patrie prête à périr et pousser un peuple ignorant, lâche et corrompu à briser le joug de ses tyrans ; mais doué d'un esprit calme, juste et méthodique, mûri par le temps, il eût été merveilleusement propre à former à la liberté un peuple nouveau. Chez une nation heureuse, sa perte eût été sensible; elle eût été douloureuse chez une nation opprimée; mais chez une nation menacée de la servitude, sa perte est amère et cruelle. Chère patrie! n'est-ce donc pas assez qu'environnée d'ennemis inq)lacables, tu sois menacée par les uns, déchirée par les autres; fallait-il encore que l'aspect de tes enfants égorgés fît mourir d'eflroi l'un de tes plus zélés défenseurs?
Périsse jusqu'au dernier rejeton la race impie des tyrans et leurs suppôts; ils ne laisseront aucun regret dans
los cœurs honnêtes; mais tant qno le soleil éclairera la terre, les amis de la liberté se rappelleront avec attendrissement de Loustalot, leurs enfants béniront chaque jour sa mémoire, et son nom inscrit dans les fastes glorieux de la révolution, passera avec éloge jusqu'à nos derniers neveux. Ombre chère et sacrée, si tu conserves encore quelque souvenir des choses de la vie dans le séjour des bienheureux, souffre qu'un frère d'armes que tu ne vis jamais, arrose de ses pleurs ta dépouille mortelle et jette quelques fleurs sur ta tombe.
Que nos infidèles représentants prennent le deuil pour les oppresseurs de la liberté ; enfants de la patrie, ne le portez que de ses défenseurs, et nous, ses avocats intègres, redoublons d'énergie en soutenant sa cause, et réparons par notre zèle la perte cruelle que nous avons faite.
Nous reprenons; et nous continuons à parcourir la collection de Y Ami du peuple.
(N" 177. — Du 30 juillel 1790.)
INDIGNES ARTIFICES DES TRAITRES A LA PATRIE POUR ENDORMIR LE PEUPLE SUR LE BORD Dï L'ABIME.
Je !e dis avec douleur : l'édifice de la constitution est manqué et il l'est pour toujours, à moins que nous ne prenions enfin le seul moyen propre à contenir dans le devoir les ennemis de la révolution. Or si après le 14 juillet, époque à laquelle le parti patriotique était tout-puissant, il s'était trouve un seul homme d État dans le sénat de la nation, il aurait senti que nos tyrans, revenus de leur première terreur, ne cesseront de conspirer contre la liberté naissante qu'après l'avoir détruite ou après avoir été exterminés. Pour mettre un frein à leur audace, il aurait demandé avant tout l'érection d'un vrai tribunal d'État composé de quelques bons patriotes chargés de faire à la face des cieux et de la terre le procès aux conspirateurs contre
— isola pairie, puis rinstitution d'une oharge de dictateur, élu par le peuple dans les temps de crise, dont l'autorité n'aurait duré que trois jours et dont le devoir aurait été de punir sévèrement les mauvais citoyens qui auraient mis le salut public en danger.
Je le répète, c'est le comble de la folie de prétendre que des hommes, en possession depuis dix siècles de nous gourmander, de nous piller et de nous opprimer impunément, se résoudront de bonne grâce à n'être que nos égaux; ils machineront éternellement contre nous jusqu'à ce qu'ils soient exterminés, et si nous ne prenons ce parti, le seul que dicte la voix impérieuse de la nécessité, il nous est impossible d'échapper à la guerre civile et de ne pas être nous-mêmes massacrés.
f>'^ iSÔ. — Bu 5 avril 1790.)
CONSPIRATION CONTRE LES ÉCRIVAINS PATRIOTES ET CONTRE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE.
Il est donc vrai, dans huit jours il y aura une loi sur la faculté qu'a l'homme de penser et de communiquer ses idées, 0 vous que la nation a chargés de détruire les abus, gardez-vous d'en créer de nouveaux, et écoutez ces maximes naturelles et sages :
Les hommes ne diffèrent des bêtes que. parce qu'ils sont susceptibles de quelque perfectibilité; sans cela les sociétés n'existeraient point. Ils n'acquièrent cette perfectibilité que parce qu'ils peuvent naturellement se communiquer leurs iilées. Cette communication se fait par le secours de la parole, qui est un don de la nature, et par l'écriture qui est un moyen de l'art. Enchaîner, entraver la communication de la pensée, c'est empêcher que les hommes ne soient hommes et vouloir les retenir dans la classe des brutes. Les tyrans seuls pratiquent celte conduite, parce que ce sont des vautours qui veulent couper les ailes aux pigeons pour les dévorer mieux à leur aise.
— uo —
Laissez aux hommes, laissez la liberté d'avoii' des pensées et de se les communiquer, alors la vérité triomphera, les préjugés disparaîtront et jamais le despotisme ne ressuscitera. Sans celte liberté sociale, point de bonne constitution. Si un membre de la société, qui aime véritablement son pays et dont la raison est supérieure, n'a pas le droit de dire à ses concitoyens que tel traître les trompe par ses mensonges, que tel homme public les vexe par ses brigandages, les préjugés ne mourront jamais et les abus renaîtront toujours. Eu vain on aura quelques l)onnes lois; ceux qui seront chargés de leur exécution en corrompront le fruit
Tout est licite pour réveiller le peuple de sa funeste léthargie, le ramener au sentiment de ses droits, lui inspirer le courage de les défendre ; on ne saurait être factieux quand on ne crie que pour les intérêts de la nation. Enfin, quelque véhément que l'on soit, on n'est jamais écrivain incendiaire quand on s'adresse au public par la voix de l'impression L'écrivain n'a alors sur le pubtic que l'autorité de la raison ; s'il déraisonne, il est traité en imbécile; s'il extravague, il est traité en fou ; s'il a raison, il est applaudi; s'il persuade, il entraîne et il est justifié.
Taisez -vous donc, vous qui opinez pour enchaîner la presse, parce que vous craignez que quelque malin auteur ne découvre que vous êtes voleurs ou banqueroutiers; et vous, disparaissez, odieux suppôts du despotisme, qui soutenez impudemment qu'on ne peut gouverner le peuple qu'en le trompant. Vous êtes nés pour croupir et végéter avec les tyrans et les lâches, et non pour vous réjouir et vivre avec des hommes libres et courageux.
(ÎS'° 2-26. — Du 20 septembre 1790.) OBSERVATIONS SUR LES HAINES SOULEVÉES CONTRE LUI I).
J'aime à croire que la vivacité de mes réclamations, en soulevant l'opinion publique, embarrasse quelquefois les ennemis de la liberté, et je sais mieux que personne com-
^i; Lue iiouvciie expodilioii venait d'avoir lieu contre Marat dont il avait raconté lui-même les détails, avec sa verve ordinaire, dans son numéro de l'avant veille : « Le 16, à une heure du malin, trois cents sou- « teneurs du patriotisme de Motier (Lafayette) s'emparent de la rue et a des défilés. Un mouchard stylé s'avance doucement jusqu'à la porte de « limprimerie, et frappe trois coups. On descend : — Qui vive? — An;i, « ami. — Séduit par la voix pateline, on ouvre. A peine la porte est-elle « entr'ouverte que les espions en uniforme se précipitent dans l'allée « d'un air triomphant. En un clin d'œil la maison en est pleine, et la « joyeuse bande escalade l'escalier; elle trouve les ouvriers occupés à « tirer le redoutable numéro. Elle se saisit de tous les exemplaires et des « formes; elle furette dans l'imprimerie, passe dans l'appartement du « sieur André, le force de se lever, la baïonnette sur la poitrine, fouille « de tous les côtés, se met à verbaliser et commence à démonter les « presses à grands coups des haches dont elle est pourvue. Le sieur « André demande l'exhibition de Tordre de dévaliser son imprimerie. « Sept à huit satellites lui répondent qu'ils ont le droit d'enlever et les « presses et l'imprimeur. Il Insiste : alors le nommé Grandin tire de sa « poche un papier. C'est un ordre du comité des recherches, signé « Bailly et Lafayette qui lui enjoint de se transporter avec main-forte « chez le sieur André, d'y faire la perquisition la plus exacte du journal « \'A»n du peuple, de briser les portes à la moindre résistance, et de « traîner l'imprimeur en prison, sur le simple refus d'indiquer la de- « meure de l'auteur, etc. Le sieur André répond qu'on ne peut, ni le « forcer d'être sorcier, ni le punir de ne l'être pas, et qu'il ne les croit « pas asïiz forcenés de le jeter dans un cachot parce qu'il ignore l'asile « de M. Marat. Il leur observe, de plu.*, qu'il est en règle : que le « journal Y Ami du peuple est signé par l'auteur, et qu'ils n'ont aucun « droit d'enlever l'impression, moins encore les formes. Ils le laissent « dire, partent avec l'édition et courent chez la dame Meugnier, forcent « bureaux et armoires, fouillent la paillasse du lit avec les baïonnettes, « vident les poches de l'hôtesse, lui'enlévent une charretée de collections, « et partent à la pointe du jour comme des voleurs qu'ils sont.» — «Non, non, mes chers compatriotes, conclut Maral, il ne s'agit pas de relever " vos anciens tyrans, mais d'exterminer les nouveaux, puis de vivre libres (< et heureux. •
bien la haine des noirs et des ministériels de l'Assemblée nationale pour le pauvre j4mi du peuple est sincère. — Ils m'ont décrété comme criminel de lèse-nation, et c'était une sotte facétie; je leur ai montré cent fois qu'ils ont train la patrie, et c'est une triste vérité. Que prétendent-ils faire aujourd'hui contre moi? Me décréter encore? Ce serait une platitude; ils connaissent mes sentiments. Je ne sais s'ils y ont bien réfléchi; mais ce qui pourrait leur arriver de moins grave, c'est le scandale atroce que leur persécution contre le plus zélé défenseur de la liberté exciterait dans le royaume, si j'avais le malheur de tomber dans leurs mains; car trèscertainement je ne me laisserai pas égorger sans crier. Si la nation était éclairée et que la justice fijl faite, ils rougiraient de paraître en cause contre moi, je leur en porterai le défi; mais que me reprochent-ils? De leur manquer de respect? Assurément c'est leur faute; ils savent combien j'en ai pour le mérite et pour la vertu. De n'avoir aucune vénération pour leurs décrets? ils se trompent grossièrement, je suis à genoux devant celui de la déclaration des droits de l'homme; mais s'ils n'ont pas craint de fouler aux pieds leur plus belle loi en y portant atteinte par cent décrets postérieurs, me feront-ils un crime de ne pas respecter plus qu'eux leur propre ouvrage et de fouler aux pieds ces décrets attentatoires? Croient-ils m'intimider? Qu'ils ne s'en flattent pas; fanatique de justice et de liberté, je combattrai sans cesse avec courage pour une aussi belle cause et plutôt que de l'abandonner lâchement, ils me -verraient combattre seul sur les ruines fumantes de la patrie. Espèrent-ils me tenir et me forcer au silence? Comme ils abusent de la force publique, je tâcherai de ne pas me trouver sur leur chemin. Au surplus, je leur ai donné un excellent moyen de faire de moi le plus zélé de leurs apologistes ; c'est de révoquer leurs décrets attentatoires aux droits de l'homme et de citoyen; c'est d'en faire de nouveaux pour assurer la liberté publique, établir le régime de la justice ; c'est de prendre soindesinfortunés ; c'est d'extirper tous les abus, de ramener parmi nous l'abondance et la paix et de se rendre dignes du nom de
pères de la patrie. Qu'ils mettent la main à l'œuvre et je cours à l'encensoir.
(N" 2i-8. ~ Du 12 octobre 1790.)
CONJURATION DE TOUS LES ENNEMIS DE LA RÉVOLUTION AVEC LE SIEUR MOTER (LAFAYETTEj (1).
Peut-on douter encore que le grand général, le héros des deux mondes, l'immortel restaurateur de la liberté, ne soit le chef des contre-révolutionnaires ^ l'âme de toutes les conspirations contre la patrie? peut-on douter qu'il n'ait dans tous les points de la France des émissaires de la trempe de ses aides-de-camp , c'est-à-dire des fourbes adroits recueillis dans les tripots de Paris et presque tous fameux dans les fastes de l'ancienne police? Peut-on douter qu'à l'aide de ces misérables vendus au despotisme, il n'ait réuni en corps dans chaque département tous les ennemis de la révolution et formé des listes de proscription de tous les bons patriotes à corrompre, à immoler? Peut-on douter qu'il n'existe toujours des compagnies de famine dont l'administrateur parisien des subsistances est le directeur général, et dont les municipaux des provinces sont . les associés?
Peut-on douter que la majorité corrompue de l'Assemblée nationale, si empressée de lancer en leur faveur des décrets fulminants coiitre le pauvre peuple qu'ils affament, ne connive avec eux? Peut-on douter que dans tout le royaume les maréchaussées ne soient encore des satellites aux ordres du ministre pour enlever les bons citoyens et les faire i)éiir clandestinement?
Peut-on douter qtie 1rs ministériels, les ci devant privi-
(1) Les attaques contre Lafayettc abondent dans celte période du journal de Maral. Nous avon; choisi icxlrail suivant qui nous a paru un des plus caraclcrisliiiues pour donner une idée de l'esprit qui in>pirail ces all.iques.
légiés, les robins, les municipaux, les membres des tribunaux de districts et de département, les états-majors des milices nationales, le corps des oflficiers de l'armée et de la marine, les troupes étrangères, la finance, les agioteurs et les sangsues de l'État, les suppôts et les satellites royaux, et la tourbe nombreuse des mauvais citoyens qui ne soupirent qu'après le désordre et l'anarchie ne soient conjurés contre la liberté ? Enfin peut-on douter que l'intrigant Motier ne tienne dans ses mains les fils de leurs trames perfides? Citoyen:., je vous le répète : vous vous faites illusion; la machine ne marchera point, ou elle ne marchera qu'aux ordres du despote, jusqu'à ce que la hache vengeresse ait abattu les têtes criminelles des principaux conspirateurs, en commençant par celle de l'indigne général.
(N" 259. — Du 25 octobre 1790.)
DANGERS IMMINENTS QUI MENACENT LA FRANCE, SUITES INÉVITABLES DES MALVERSATIONS MINISTÉRIELLES.
Citoyens, nous dormons tous au-dessus d'un volcan. A la vue des soulèvements des troupes de ligne et de l'escadre, des mouvements populaires causés dans les provinces par l'accaparement des grains, de la chute dt;s arts, des manufactures et du commerce, par le resserrement et l'accaparement du numéraire, des séditions excitées dans nos provinces méridionales, du bouleversement de nos colonies, du refus de payer les impôts^ des malversations des municipalités, des conspirations contre la patrie, des prévarications du Cliâtelet, on se demande avec effroi quels sont donc les agents de tant d'embûches, de tant de sourdes manœuvres, de tant de conjurations, de tant de perfidies? Ah! faut-il le demander? Et serait-il un seul homme parmi nous qui sans hésiter ne nommât les ministres?
C'est au moment que les Français annoncent de la manière la plus authentique que jamais ils n'entreprendront rien sur la propriété de leurs voisins, que toutes les nations
s*arnieiit contre eux; c'est au moment où leur loyauté prend l'engagement d'acquitter une dette immense contractée par l'infâme prodigalité des anciens administrateurs qu'on s'efforce de tarir la source de leur bonne foi, de leur bonne volonté; c'est au moment où, la balance â{S droits des nations h la main, ils posent des bariières entre l'oppression et l'anarchie, que toutes les puissances de l'Europe trouvent dans leurs sujets des instrnments de vengeance et le soutien de leur exécrable ambition. Eh! que prétendent donc ces despotes? quel sera leur manifeste? de quels principes autoriseront-ils la viol:itio!i de notre territoire? de quel droit se mêlent-ils de notre constitution? Espèrentils couvrir d'un crêpe funèbre notre liberté naissante, ou présument-ils que, faibles et pusillanimes, nous recevrons dans un respectueux silence le joug qu'il leur plaira de nous imposer? Les Français esclaves, sous Louis XIV, ont fait trembler l'Europe pendant quarante ans ; ils désavoriont aujourd'hui ces vains trophées de gloire; mais pour être devenus humains, justes, généreux, libres enfin, pense t-on qu'ils ne sauront pas défendre leurs droits et leurs foyers ?
Jugez qui aime le plus le roi, ou des patriotes qui cherchent à rétablir son autorité sur les bases inébranlables de la justice, ou des conspirateurs qui voudraient l'engloutir sous les débris de leur patrie? Est-ce par respect, par amour pour Louis XVI que ces factieux soulèvent les peuples contre les lois sanctionnées par lui? Est-ce par respect pour la couronne qu'ils cherchent à démembrer le royaume et à en faire passer les plus belles provinces sous des dominations étrangères? Qui ne voit que les passions les plus atroces, guidées par un intérêt purement personnel sont le seul mobile de leur conduite? Et ces hommes perfides s'appellent bons Français 1
La constitution ne permet aucun tirme d'accommodement entre un peuple libre et des tyrans. On peut embraser nos propriétés, y renouveler les horreurs flétrissantes du Palatinat; mais la France sera lil re ou ne sera qu'un dé-
sert, monument éternel de honte et d'infamie pour les peuples qui survivront à ses cendres.
Fiançais, je remplis mon devoir en vous annonçant des dangers; ils sont imminents, et si vous ne prenez pas promptement les plus sages précautions, vos frontières seront au printemps cernées de quatre cent mille hommes de troupes étrangères; des armées notiibreuses pénétreront à la fois dans vos foyers par l'Alsace, la Champagne, la Flandre et le Dauphiiié; le gouvernement anglais aura peut-être la lâcheté de pr(?fiter de ce désordre pour envahir vos colonies : la fi lélité de l'Espagne est très-suspecte. Armi'z-vous donc, il est temps, si vous void<z piévenir la guerre la plus désastreuse. 11 ne s'agit que de vous mettre en mesure pour dissiper tant de complots.
Je sais que vos ennemis, dans le sein même de l'Assemblée nation lie, ne manqueront pas d'opposer que toutes dispositions de défense appartiennent exclusivement au pouvoir exécutif; car ils savent respecter les décrets qui concourent à leurs vues; mais si ce pouvoir sommeillait au bord du précipice, si le roi était trompé, s'il était vrai que ses agents fussent d'intelligence avec vos ennemis, y aurait-il de la justice à accuser le Corps législatif d'empiéter sur les droits du pouvoir exécutif, parce qu'il serait forcé de preu'lre des [)récautions contre lui-même et pour son propre intérêt? Voulez-vous ^év'w constitutidnnellement? Fit lorsque vous êtes environnés de pièges et de dangers, si, par défaut de mesures f fticaces, le pouvoir exécutif attaque, même indirectement , votre cotistilution. ne rompt-il pa^ vos engagements et les siens? et devez vous lui confier alors le soin exclusif de veilleT à voire sûreté? Qu'est-ce donc que le droit des hommes? Qu'est-ce que la résistance à l'oppression? Qu'est-ce que le serment que vous avez fait?
(N» 274. — Du 8 novembre 1790.)