‹ ŒuvresChapitre 25 sur 49 · VRAIS PRINCIPES SUR LESQUELS DOIT REPOSER LA LIBERTÉ DE LA PRESSE · texte numérisé non relu

VRAIS PRINCIPES SUR LESQUELS DOIT REPOSER LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

Il importe essentiellement au repos et au bonheur de la nation d'éclairer sans cesse la conduite des fonctionnaires publics, d'examiner leurs projets, de suivre leur gestion, de rechercher h-ias démarches, de dénoncer tout ce qu'on y trouve de louche, d'équivoque, de suspect, d'abusif, de

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criminel ; à plus forte raison de dénoncer leurs menées, leurs trames, leurs complots, leurs conspirations, — sans que le dénonciateur puisse jamais être recherché par aucun tribunal, n'étant comptable qu'à celui du public, de tout ce qu'il croit ou prétend faire pour le salut du peuple. Comme nulle erreur n'est criminelle, tant que l'homme n'est pas infaillible, que les que soient les inculpations dont le dénonciateur charge les agents de l'autorité on ne saurait lui en faire un crime. Mais il n'a droit à la confiance et à l'estime de ses concitoyens, qu'autant que ses intentions sont pures et que ses vues sont droites. Ainsi, lorsqu'il répand l'alarme sans sujet, que la perte de la confiance publique soit sa punition ; lorsqu'il diffame malignement d'honnêtes fonctionnaires, que le mépris public soit son châtiment.

Tels sont les principes de la censure dans tout État libre ; tels sont ceux que je n'ai cessé de prêcher depuis la révolution contre les juristes ignares qui prétendaient prendre à partie les écrivains patriotes. Pour les faire triompher, j'ai foulé aux pieds les décrets de prise de corps lancés par des tribunaux corrompus à la réquisition des ennemis de la liberté. J'ai bravé le pouvoir des jugeurs du Châtelet et du tribunal de police, la fureur de leurs satellites, la rage de leurs coupe-jarrets. La raison s'est fait entendre, ces principes ont été reçus, et je m'applaudis, d'avoir été le premier, j'ose même dire le seul des défenseurs de la patrie qui se soit fait un devoir de former à cet égard l'esprit public (1).

(1) Dans le même numéro, Marat fait ainsi allusion aux dangers auxquels l'exposait sa vigoureuse polémique : « Je vois tous les jours mille poignards s'élever sur ma tête; moi dont le corps sera mis en hacbis, si j'ai le malheur de tomber entre les mains des assassins qui sont sur mes traces, moi qui ne leur ai échappé que par un miracle continuel de la Providence, moi qui ne saurais me flatter que ce miracle dure encore longtemps.»— Quelques jours auparavant une nouvelle expédition avait été dirigée contre lui. Il l'avait racontée dans son n" ô02 sous ce titre : Coup d'uutoi'ité. Le conseil suivant, dans lequel il résumait l'esprit qui inspirait son journal, [servait de prétexte à son récit; « Citoyens, soyez

(X° ôil. — Du 15 janTier 1791.)

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