‹ ŒuvresChapitre 26 sur 49 · UN KOT DE J.-P. MARAT, L'AMI DD PEUPLE, A LOUIS XVI, ROI DES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

UN KOT DE J.-P. MARAT, L'AMI DD PEUPLE, A LOUIS XVI, ROI DES FRANÇAIS

Sire, la trahison est l'arme favorite des rois, rien n'est sacré pour eux, et ils ne rougissent de rien. Sont-ils les

sans cesse sur vos gardes, et dussent tous vos mandataires être gens de bien, conduisez-vous toujours avec eux comme s'ils étaient des fripons : unique moyen de n'êlre ni leurs dupes ni leurs victimes. » — « Ceux qui ne cherchent qu'à remettre la nation sous le joug sentent si vivement la vérité de ce principe, poursuivait Marat, et ils sont si convaincus de la fermeté inébranlable de ÏAmi du Peuple, que, jeudi soir '2 décembre 1790), le bataillon de Saint-Roch fut commandé pour l'enlever dans la nuit. Comme le m.aire et le général voulaient donner à cette expédition un vernis légal, ils firent venir un huissier du Chàtelet, auquel ils enjoignirent de mettre à exécution le dernier décret lancé contre moi. Qui l'aurait cru? cet huissier se trouva moins hardi contenipleur de la justice, ou plutôt des décrets, que le vertueux Bailly et le divin Motier. Il leur représenta que, le Chàlelet n'étant plus tribunal d'Etat et le décret lancé contre V Ami du Peuple étant un trait honteux des tyrannies dont l'Assemblée nationale aurait longtemps à rougir, il ne marcherait point. Le divin Motier, qui dispose aujourd'hui du comité des recherches et qui y tient même des espions à demeure, n'avait pas songé sans doute à se pourvoir d'un ordre direct. Quoi qu'il en soit, le bataillon fut presque toute la nuit sous les armes sans se mettre en marche. »

Cette situation particulière de Marat qui, pendant trois ans, se cachant constamment dans des souterrains et obligé de changer sans cesse de retraite, tint en échec toute la police, tout le pouvoir exécutif, explique la violence souvent excessive de sa polémique, dont il vient de nous révéler les principes. Dans de telles conditions la sincérité de journaliste n'est pas contestable, et on peut lui pardonner de manquer souvent de mesure. Pour apprécier justement .Marat, il faut tenir compte aussi de la clairvoyance ombrageuse avec laquelle il prévoyait l'avortement qui ne fut hélas! que trop réel de cette révolution commencée sous de si brillants auspices. Quand on relit cette polémique, on est frappé des rapprochements qu'elle suggère avec les faits contemporains. Ne sont-ce pas toujours les mêmes abus? et iMaral n'avait-il pas une vue juste de l'aveiyr, dans sa noire misanthropie? Lire avec attention, notaniment, à ce point de vue les chapitres qui vont suivre : Parallèle de rancie7i et du nouveau régime ; — ^'Avenir dévoilé; — le plan de la révolution absolument manqué par le peuple. Ces chapitres sulTiraienl à eux seuls à dis-

plus faibles, ils promettent tout pour gagner du temps, et tramer de nouvelles machinations. Espèrent ils être les plus foits, ils oublient leurs promesses, ils violent leur serment sur l'autel même qui l'a reçu; et plutôt que de manquer l'occasion, ils font assassiuer entre leurs bras leurs ennemis. Souvenez-vous de Charles IX et du cardinal de Guise.

Sire, vous vous êtes récrié cent fois sur les soupçons injurieux, élevées contre votre sincérité : vous prétendez être le père de vos concitoyens; vous avez juré cent fois de maintenir de toutes»vos forces la Constitution, la justice et la liberté : voilà de belles paroles; mais il nous faut des effets, et c'est par des preuves qui ne lui laissent aucun doute que je vous somne de dissiper les alarmes de la nation. Commencez donc par retirer le contre révolutionnaires Bouille du gouvernement des trois évêchés, de l'Alsace et de la Flandre, pour le donner à d'Aiguillon. Chassez de leurs places les anti-révolutionnaires Dénoue,

siper la mauvaise impression que peuvent produire les violences de Marat, qui ont été tant exploitées contre lui, et à montrer qu'il était, en même temps qu'un journaliste acerbe, un politique à vues vraiment profondes et élevées.

Nous signalons aussi, pour montrer la gradation de sa polémique, le chapitre qui suit immèiiiatement celui-ci : Vnmof de Marat à Louis Xi'I. Marat n'est pas encore l'ennemi déclaré du roi, ni même de l'idée monarcbique : il lui donne de sévères, mais d'utiles et honorables avertissements. Après la fuite de Varenncs, il ressent vivement le manque de foi de Louis XVI, ne garde plus de mesure dans son indignation, et enveloppe dans ses récriminations désespérées l'asse-nblée qui, par des ménagements politiques qu'il ne saurait admettre, consent encore à confondre la cause de la révolution avec celle d'un roi sur les intentions duquel il ne peut plus y avoir d illusions. C'est à partir de ce moment que la polémique de Marat devient surtout violenle; mais cette sombre violence est tellement sincère, qu'elle correspond à un amer découragement de Marat, qui, complètement désespéré, avait fini par renoncer à continuer son journal, quand éclata le coup imprévu du 10 août.

Nous laissons aux lecteurs le soin de compléter et de développer ces indications, mais il nous a paru indispensable d'en déposer le germe. Elles sont essentielles pour apprécier sainement le caractère et le rôle de Marat, quel que soit d'ailleurs le jugement définitif qu'on porte sur lui. Si ces indications ne justifient pas Marat, du moins elles l'expliquent, et il a été jusqu'ici dans l'histoire un monstre incompris.

Malseigne, Pons, etc. Faites ouvrir les arsenaux de la nation pour arnïer les gardes citoyennes de tout le royaume. Sollicitez l'Assemblée nationale de décréter la confiscation des biens et le partage des terres de tous les fugitifs qui ne rentreront pas dans leur patrie sous un mois. Demandez à votre beau-frère Léopold, et à vos cousins d'Espagne et de Sardaigne, de ne se mêler en aucune manière des affaires de France, et de retirer leurs troupes loin de ses frontières. A ces traits seuls, la nation pourra reconnaître que le mensonge n'habite pas sur vos lèvres, ni la trahison dans votre cœur; à ces traits seuls, elle s'assurera que vous êtes l'ami de la justice, de la paix et de la liberté ; à ces traits seuls, elle sentira que vous voulez son bien, et que vous vous occupez de son bonheur.

Sire, les yeux de la nation sont ouverts sur vous, tremblez que de nouvelles machinations de vos ministres et de vos agents ne vous aliènent son cœur. Les conspirateurs de votre cour, qui se flattent de vous rendre despotique, ne feraient qu'ébranler le trône; tremblez que leurs attentats ne le renversent, et qu'ils ne vous ensevelissent sous ses débris. Ce n'est que par votre bonne foi et votre soumission aux lois que vous pouvez l'affermir : soyez juste, méritez l'amour des Français, et craignez que les conseils perfides de vos favoris ne vous rendent la fable de l'univers.

(N- 574. — Du 17 février 1791.) LE VÉRITABLE SERMENT CIVIQUE.

On avait reproché à Marat de n'avoir pas prêté le serment civique ; il répond :

Messieurs, vous n'y songez pas, mon serment civique est gravé en traits de flamme dans VAmi du Peuple; demandez aux ennemis de la patrie; dix-huit mois de persécutions avoués de leur part ne suffisent-ils pas pour vous en attester la sincérité?...

— IGO —

On vous a fait jurer fidélité à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir de tout votre pouvoir la Constitution. Je me suis trop souvent élevé contre cette formule sacramentelle qui métamorphose les Français en serviles adorateurs des décrets bons ou mauvais de nos pères conscrits, et qui ne peut convenir qu'à dts esclaves, pour que je veuille l'adopter. Quelque prévenus que vous puissiez être, vous allez convenir de la force irrésistible de mes raisons.

Un citoyen éclairé ne peut être fidèle qu'à la nation, et il ne doit lui être fidèle que parce qu'il en fait partie, c'està-dire parce qu'il trouve un bien particulier dans le bien général.

Un citoyen honnête doit obéissance aux lois, mais il ne leur doit obéissance qu'autant qu'elles sont justes et sages.

Un citoyen libre et judicieux sait qu'il ne doit au roi que des égards, parce qu'il n'est qu'un fonctionnaire public. Comment lui devrait -il une fidélité qui suppose toujours empire, d'une part, et, de l'autre part, soumission?...

Je jure sur les autels de la vérité que la justice et la liberté seront toujours mes déesses favorites, comme elles le furent toujours.

Je jure de toujours regarder la patrie comme une mère, d'avoir pour elle toute la tendresse d'un fils, de consacrer à son service toutes les facultés démon corps etde mon âme, de la défendre au péril de ma vie, et, s'il le faut, de m'immoler à son salut.

Je jure de respecter jusqu'à mon dernier soupir les seuls décrets de l'Assemblée nationale qui sont conformes à la déclaration des droits, seul fondement légitime de la Constitution, de maintenir ceux qui n'y portent point atteinte. de fouler aux pieds ceux qui la renversent, et de ne prendre aucun repos qu'ils ne soient révoqués...

Je jure de dénoncer au peuple tout fonctionnaire public négligeant ses devoirs, infidèle ou malversateur, et de dévoiler au grand jour les turpitudes de sa vie, jusqu'à ce qu'il soit expulsé ou puni.

Je jure de dévoiler publiquement tout projet de machination contre le bien public, d'invoquer la rigueur des lois

contre ses coupables auteurs, fussent-ils mes parents les plus chers, mes meilleurs amis.

Je jure de ne jamais sacrifier les droits du peuple aux dépositaires de l'autorité, et de mourir plutôt de faim que de leur vendre ses intérêts.

Enfin je jure de mettre ma gloire à instruire le peuple de. ses droits, à lui souffler l'audace de les défendre, et à le fouailler chaque jour jusqu'à ce qu'il les ait recouvrés...

Mes chers concitoyens, si vous aviez senti vos droits et connu vos devoirs, vous auriez prêté ce serment au lieu de balbutier comme des perroquets celui que vous a dicté la majorité traîtresse de l'Assemblée nationale. N'en doutez pas, si vous aviez eu assez de lumières et de vertus pour n'en prêter aucun, dès cet instant les valets de la cour, les ex-nobles, les prélats, les robins, les financiers, les officiers de l'armée, les pensionnaires royaux, en un mot les suppôts de l'ancien régime, se seraient enterrés tout vivants, s'ils n'avaient pu prendre la fuite ; la liberté se serait établie d'elle-même au milieu de vous ; pour la défendre, vous n'auriez besoin nideplume nide baïonnettes, et la justice, la paix, l'abondance, le bonheur régneraient aujourd'hui dans vos murs.

Que de veilles, de soins, de peines, de fatigues, de combats avant d'en jouir un jour! N'allez pas toutefois perdre courage; malgré les machinations éternelles de vos ennemis, le salut public n'est pas désespéré, pourvu que vous soyez sur vos gardes et que vous ne vous laissiez pas endormir. Quant à vous , malgré l'humeur que vous me donnez souvent par votre apathie, votre aveuglement, je ne cesserai de vous prêcher et de vous stimuler que vous ne soyez libres et heureux.

(N»4i9. — Du l avril 1791.) ORAISON FUNEBRE DE RIQUETTI, DIT MIRABEAU (Ij.

Peuple, rends grâce aux dieux ! ton plus redoutable ennemi vient de tomber sous la faux de la parque. Riquetti n'est plus; il meurt victime de ses nombreuses trahisons.

(i) Quand Mirabeau mourut, su mort fut considérée comme un véritable deuil public, et la voix de Marat fut à peu près la seule note discordante qui s'éleva. Aujourd hui il s'en faut de peu que l'hisloire ne ratifie le jugement sévère de Marat sur Jlirabeau. ^'ous comprenons la sévérité de Marat, mais celle des historiens modernes nous parait une véritable injustice. La réhabilitation de Jlirabeau rentre dans l'œuvre de reconstitution révolutionnaire que nous avons entreprise. Mirabeau fut dans l'origine, cela est incontestable, un des agents les plus actifs de la révolution. Non-seulement il la poussa dans la voie de l'action, mais il contribua plus qu'aucun autre et avant tous les autres à en vulgariser les principes. Ensuite il entreprit de la modérer. 3Iais voulait-il l'enrayer? Nous ne le pensons. Comme Marat, il avait conscience de l'avortement funeste de cette sublime tentative de régénération, et, se plaçant à un autre point de vue que Maial, il voulut prévenir cet avortement funeste. Proudhon, qui n'est pas suspect, a pris soin lui-même de rétablir le rôle méconnu de Mirabeau : « .Mirabeau, dit-il, ne croit fortement qu'à une chose : la révo- « LUTiON. Mais en même temps il aperçoit plus nettement qu'aucun autre « la nécessité pour l'époque et pour la chose publique, de concilier, mo- « mentanément du moins, cette révolution avec une forme de gouverne- « ment monarcbique représentatif; plus que personne, il sent la nation « entraînée sur la pente fatale, et la révolutiDn, la liberté, tout en péril. « Mirabeau en 89 a vu 95; l'excès de la démagogie, et puis le despotisme

« militaire Quel est donc le sens de son fameux pacte avec la cour?

« Sauver la révolution de la seule manière qu'elle pouvait 1 être, par sa ré- « conciliation au moins temporaire avec la monarchie.» Il ne faut pas oublier qu'à l'fpoque où mourut iMirabeau cette conciliation paraissait encore possible à Marat lui-même. On ne peut pas préjuger ce qu'eût fait Mirabeau s'il eût vécu plus longtemps. Le rôle de Mirabeau ressort nettement de ki publication de sa correspondance avec la cour, à l'occasion de .aquelle Proudhon a écrit ces lignes. D'autres ont voulu voir dans cette publication la preuve de la trahison de iMirabeau. Ce n'est pas ici le Hjj de traiter cette question ; le caractère même de notre œuvre actuelle, lont le principe est une impartialité absolue, s'y opposerait. Jlais nous voulons seulement indiquer que la'question de la trahison de iMirabeau, n'est pas une de celle sur lesquelles, en dépit des historiens, on puisse passer légère-

victime de ses trop tardifs scrupules, victime de la barbare prévoyance de ses complices atroces, alarmés d'avoir vu flottant le dépositaire de leurs affreux secrets.

Frémis de leur fureur et bénis la justice céleste. Mais, que vois-je? Des fourbes adroits, dispersés dans les groupes, ont cherché à surprendre ta pitié, et déjà dupe de leurs faux discours, tu regrettes ce perfide comme le plus zélé de tes défenseurs; ils t'ont représenté sa mort comme une calamité pubhque^ et tu le pleures comme un héros qui s'est inmiolé pour toi, comme le sauveur de la patrie. Seras-tu donc toujours sourd à la voix de la prudence, et perdras-tu toujours la chose publique par ton aveuglement? La vie de Riqnetti fut souillée de mille forfaits; qu'un sombre voile en couvre désormais le honteux tissu, puisqu'il ne peut plus te nuire, et que leur récit ne scandalise plus les vivants. Mais garde-toi de prostituer ton encens, garde tes larmes pour tes défenseurs intègres; souviens-toi qu'il était l'un des valets nés du despote, qu'il ne fronda la cour que pour capter tes suffrages, qu'à peine nommé aux états pour défendre tes intérêts sacrés, il lui vendit les droits les plus"^acrés; qu'après la chute de la Bastille, il se montra le plus ardent suppôt du monarchisme; qu'il abusa cent fois de ses talents pour replacer dans les mains du monarque tous les ressorts de l'autorité; que c'est à lui que tu dois tous les funestes décrets qui t'ont remis sous le joug et qui ont rivé les fers : celui de la loi martiale, celui du veto suspensif, celui de l'initiative de la guerre, celui de l'indépendance des délégués de la nation, celui du marc d'argent, celui du pouvoir exécutif suprême, celui de la félicitalion des assassins de Metz, celui de l'accaparement du numéraire par

ment condamnation, et que c'est à tout le moins une qucsiion qui doit être réservée.

Nous retrouverons Mirabeau dans celte collection où il a sa place nécessairement niar.iuée. En attendant nous renvoyons les lecteurs désireux de s'éclairer à l'ouvrage que nous avons publié sur lui : Mirabeau, su vie, ses opinions et ses discours (5 vol. in-32 dans la collection de la Bibliothèque nationale) dans lequel nous reproduisons, entre autres documents, le jugement inédit de l'roudbon.

de petits assignats, celui de la permission d'émigrer accordée aux conspirateurs, etc. Jamais il n'éleva la voix en faveur du peuple que dans les cas de nulle importance. Après l'avoir trahi mille fois consécutives, un seul jour, depuis la journée des poignards, il refusa de tremper dans une nouvelle conspiration, et ce refus devint pour lui l'arrêt de sa mort (1).

'■ (N» 421. — Du 6 avril 1791.)

INSIGNE PANTALONNADE DES PÈRES CONSCRITS. — PROTESTATION CONTRE L'ÉTABLISSEMENT DU PANTHÉON (î)

Aujourd'hui l'Assemblée traîtresse profite habilement de la mort d'un de ses membres les plus gangrenés pour égarer l'opinion publique par le sentiment de la reconnaissance, et couvrir du clinquant des honneurs qu'elle lui décerne les funestes décrets qu'il a fait passer. Elle vient de le conduire en grand cortège au tombeau^ ce traître infâme qu'elle s'efforce de faire pleurer au peuple comme son défenseur, et qu'elle voudrait faire adopter à la nation comme le sauveur de la patrie.

La pétition du département a eu son plein effet. Elle avait été concertée avec les pères conscrits dès le jour que les conspirateurs qui mènent le Sénat eurent arrêté de se défaire de Riquetti; aussi a-t-elle été décrétée le lendemain sans discussion. Voici la manière dont le comité l'a modifiée pour en voiler les traits les plus choquants :

(1) Son secrétaire vient d'avouer qu'il a été payé pour l'empoisonner. Les commissaires qui se sont saisis de l'affaire, tous vendus à la faction des conspirateurs, ont déjà travaillé à le faire rétracter : attendons-noui à voir ces affreux mystères ensevelis à jamais dans l'antre ténébreux des comités et des tribunaux. (Noie de Marat.)

La question de l'empoisonnement de Mirabeau n'a pas encore été éclaircie. {Note de réditeur.)

(2) Le Panthéon fut établi à l'occasion de la mort de Mirabeau.

(Suit le décret qui consacre Sainte-Geneviève à recevoir les cendres des grands hommes (jugés tels par l'Assemblée), de Mirabeau, de Descartes, Voltaire, Désilles.)

Voilà donc les pères conscrits se constituant, sans pudeur, arbitres de la renommée et distributeurs d'immortalité. Non contents d'avoir usurpé les droits de la génération présente, ils usurpent encore les droits des générations futures : ce ne sera donc plus à l'histoire à juger les morts, ni à la postérité à fixer les réputations; ainsi l'ont décidé les faiseurs de décrets, et, pour montrer ce qu'on doit attendre de la sagesse de leurs décisions, c'est à un homme sans mœurs, sans probité, sans âme; à un homme qui trafiqua perfidement des droits et des intérêts de la nation avec le monarque, et qui n'employa ses talents qu'à tromper le peuple qu'ils décernent la première place dans le temple du civisme, où doivent être phicées les images des bienfaiteurs de la patrie !

Parmi les grands hommes auxquels la France a donné le jour et qui ont bien mérité de leur pays, il en est plusieurs qui honoraient l'iiumaine nature. Tels étaient Belzunce, ce digne évêque de Marseille qui, tout le temps que la peste ravagea la ville, soigna de ses mains h s nialades que les médecms avaient abandonnés; Sully... Catinat... Villars... Montesquieu...

Au lieu de ces grandi hommes qui auraient justifié la bonté de leur choix, les pères conscrits ont accordé les honneurs de l'apothéose à un Descartes, rêveur fameux par les écarts de son Imaginative, et dont le nom est fait pour le pays des chimères! à un Voltaire, adroit plagiaire, qui eut l'art d'avoir l'esprit de tous ses devanciers, et qui ne montra d'originalité que dans la finesse de ses flagorneries, écrivain scandaleux qui pervertit la jeunesse par les leçons d'une fausse philosophie, et dont le cœur fut le trône de l'envie, de l'avarice, de la malignité, de la vengeance, de la perfidie et de toutes les passions qui dégradent la nature humaine! à un Désilles, martyr prétendu de la liberté et vrai suppôt du despotisme, dont la mort fut la suite d'une

présomption d'étourdi (1). au lieu d'être un généreux sacrifice au bonheur de la patrie.

Bien mériter de la patrie^ c'est lui consacrer ses lumières, ses tr;ivanx, ses veilles, sa liberté, ses jours ; c'est lui faire de grands sacrifices en ne cherchant d'autre récompense que le plaisir et la gloire de la servir, et non tirer avantage des choses qui tendent au bien commun. Ainsi, le philosophe qui éclaire la nation sur ses droits, le législateur qui lui donne de bonnes lois, le magistrat qui les fait exécuter avec intégrité, l'orateur courageux qui épouse avec zèle la défense des opprimés, le guerrier qui expose sa vie pour repousser l'ennemi, le négociant généreux qui ramène l'abondance dans les temps de disette; voilà les bienfaiteurs de la patrie, et non le citoyen qui s'enrichit ou se distingue à faire fleurir les lettres, les arts, les sciences, et non le citoyen qui fait la guerre pour s'avancer en grade et cueillir des lauriers...

Si cet établissement subsiste, il servira aussi de réceptacle à la tourbe académique moderne, aux foncionnaires publics qui auront joué un rôle principal, aux valets de la cour qui auront mené la bande; et nous y verrons déposer avec pompe l'effigie d'un Motier, d'un Bailly, d'un Bouille, d'un Buffon, d'un Réaumur, d'un la Caille.

Enfin il servira de réceptacle à tous les petits ambitieux ayant de la fortime, dont ils priveront leurs héritiers pour la léguer à quelque intrigant qui s'engagera de leur procurer une niche. Aussitôt les cabales agiteront le Sénat; l'intrigue seule ouvrira les portes du temple de l'immortalité, et la récompense des vertus civiques sera le prix de l'adulation, des bassesses, d'une bourse d'or ou des faveurs d'une catin, comme les places à l'Académie.

Alors arriveront en foule la canaille sénatoriale et la canaille académique; alors seront placés au rang des bienfaiteurs de la patrie des fripons engraissés du sang des peuples pour la trahir; alors les Euimery, les Chapelier,

(1) Il s'étail flatté que tant qu'il serait à la bouche du canon des assiégés, ils n'y mettraient pas le feu. {Note de Murai.)

les Target, les Thonret, les Tronchet, Ifs Condorcet, les Pastoret, les Malowet, les Dandié, les Rpgnifîr, les Desmeuniers, les Piignon^ les Voidel seront mis au nombre des grands hommes.

Cet honneur, après lequel ils soupirent, ferait le désespoir d'une grande âme, et quel homme intègre pourrait consentir à ce que sa cendre reposât avec celle de pareils confrères?

Rousseau et Montesquieu rougiraient de se voir en si mauvaise compagnie, et l'Ami du Peuple en serait inconsolable.

Si jamais la liberté s'établissait en France, et si jamais quelque législature, se souvenant de ce que j';ii fait pour la patrie, était tenté de me décerner une place dans Sainte- Geneviève, je piote.^e ici h internent contre ce. sanglant affront; oui, j'aimerais mieux cent fois ne jamais mourir que d'avoir à redouter un aussi cruel outrage.

(N°497. — Du 22 juin 1791.) FUITE DD ROI ET DE LA FAMILLE ROYALE.

Toute la France se rappelle le discours ignoble que Louis XVI récita à l'Assemblée nationale, le 18 avril dernier, pour se plaindre en écolier de ce que le peuple de la capitale l'avait empêché d'aller à Saint Cloud, c'est-à-direà Bruxelles (^1 ). Toute la France se rappelle aussi cette fameuse

[l) Marat avait prévu dès avant celle époque les funeslo? projets du roi avec une ciairvovance k laquelle les événements n'allaient que trop donner raison. Voici ce qu'il écrivait dans son numéro du 27 mars : « Une armée ennemie de qualre-vingt mille bonimes campe sur nos frontières, presque enlièrement deparnies de troupes françaises, où le peu de régiments étrangers qui s'y trouvent ont ordre de livrer passage aux Autrictiiens. Les gardes nationaux des départements qui pourraient leur disputer l'entrée dans le royaume sont sans armes, sans miinilions, et soumis à des directoires totalement composés de suppôts de l'ancien régime. A l'instant que la famille royale sera enlevée, l'euDemi s'avancera

lettre écrite par son ordre à ses ministres dans les cours étrangères, et communiquée officiellement à l'Assemblée nationale pour faire parade de son prétendu civisme, se dire le défenseur de la liberté publique et le soutien de la Constitution, se plaindre des doutes des citoyens éclairés sur le peu de sincérité de ses sentiments, se récrier contre les bruits qui couraient qu'il n'était pas libre, déclarer qu'il n'avait point envie de partir, et protester qu'il est au milieu de ses enfants, de ses concitoyens, de ses amis, où le plaisir et l'amour le retienni ni.

A l'appui de ces protestations, il invoquait la vérité, la loyauté, l'honneur, la foi du serment. La foi du serment dans sa bouche 1 Souvenez-vous de Henri III et du duc de Guise

Peuples, voilà la loyauté, l'honneur, la religion des rois ; fiez- vous à leurs serments. Dans la séance du 19, Louis XVI riait des siens, et s'amusait de sa lettre ministérielle, au milieu du comité autrichien, avec Motier, Bailly, Cazalès, d'André et les autres chefs de la noire bande des conspirateurs, tout en se disposant à fuir : il devait s'esquiver en moine; sa femme prend les devants et veut monter dans un fiacre ; elle est arrêtée au moment où quelques chevaliers du poignard ouvrent la portière. Ramenée au château par un détachement de gardes patriotes, elle y répand la confusion et la consternation.

Léopokl et Gustave pressaient Louis XVI de fuir! L'Autrichienne supplie à genoux Motier de faire les derniers

yers Paris où l'Assemblée nationale et la municipalité traîtresse proclameront la soumission au monarque. Une partie de la garde nationale, les alguazils à cheval, les chasseurs des barrières, les gardes des ports et quarante mille brigands chassés dans nos murs, se joindront aux conspirateurs pour égorger le peuple ; et les amis de la liberté sans armes, sans argent, seront forcés de se soumettre à l'esclavage pour échapper à la mort. Ces scènes d'horreur commenceront dès que le roi, sa femme et son fils, auront pris la fuite : ainsi, c'en est fait de nous pour toujours, si nous les laissons aller à Saint-Cloud... C'en est fait de la liberté, c'en est fait de la patrie, si nous souffrons que la famille royale quitte les Tuileries. »

efforts. Le traître fait courir les espions de l'état-major. L'ordre est donné aux sergents-majors de la troisième division de choisir dans les bataillons, les ofificiers et les soldats les plus gangrenés parmi ceux qui ont fait serment d'obéissance aveugle; on leur prodigue l'or à pleines mains; et cette fois, pour le malheur de la patrie, le crime est couronné de succès; les chefs des conspirateurs et l'Autrichienne entraînent le roi vers le camp des ennemis : la nuit dernière, Louis XVI, en soutane, a pris la fuite avec le dauphin, Monsieur et le reste de sa famille. Ce roi parjure, sans foi, sans pudeur, sans remords; ce monarque indigne du trône n'a pas été retenu par la crainte de passer pour un infâme. La soif du pouvoir absolu qui dévore son âme le rendra bientôt assassin féroce, bientôt il nagera dans le sang de ses concitoyens qui refuseront de se soumettre à son joug tyrannique. En attendant, il rit de la sottise des Parisiens qui se sont stupidement reposés sur sa parole.

Citoyens, la fuite de la famille royale est préparée de longue main par les traîtres de l'Assemblée nationale, et surtout par les comités des recherches et des rapports. Pour ménager des intelligences entre les commandants contrerévolutionnaires de l'Alsace et de la Lorraine avec les armées des Capet fugitifs et des Autrichiens, il fallait écraser le parti patriotique. Aussi ces infâmes comités vous en ontils perpétuellement imposé sur les auteurs des troubles d'Haguenau, de Colmar, de Wissembourg, etc. Pour mieux vous tromper, il n'y a sorte de faux que n'aient commis Broglie, Pvegnier, Noailles, Voidel et autres scélérats vendus. C'est donc l'Assemblée nationale elle-même qui a préparé la réussite de l'invasion de ces provinces, ou plutôt qui a ouvert le royaume aux ennemis par les frontières. Tandis que le général parisien par ses machinations pour composer dVnnemis de la révolution les états-majors de tout les départements, et par les intelligences criminelles qu'il s'est ménagées par des espions et au dedans et au dehors, a tout fait pour paralyser les forces nationales et les mettre dans les mains du roi.

Citoyens, amis de la patrie, vous touchez au moment de

votre ruine. Je ne perdrai pas le temps à vous accabler de vains reproches sur les malheurs que vous avez attirés sur vos têtes, par votre aveugle confiance, votre fatale sécurité. Ne songeons qu'à votre salut.

Un seul moyen vous reste pour vous retirer du précipice où vos indignes chefs vous ont entraînés, c'est de nommer à l'instant un tribun militaire, un dictateur suprême pour faire main basse sur les principaux traîtres connus. Vous êtes perdus sans ressources si vous prêtez l'oreille à vos chefs actuels qui ne cesseront de vous cajoler jusqu'à l'arrivée des ennemis devant vos murs. Que dans la journée le tribun soit nommé; faites tomber votre choix sur le citoyen qui vous a montié jusqu'à ce jour le plus de lumières, de zèle et de fidélité : jurez-lui un dévouement inviolable et obéissfz-lui religieusement dans tout ce qu'il vous ordonnera pour vous défaire de vos mortels ennemis.

Voici le moment de faire tomber la tête des ministres et de leur subalternes, de Molier, de tous les scélérats de Tétat-major et de tous les commandants de bataillon antipatriotes, de Bailly, de tous les municipaux contre-révolutionnaires, de tous les traîtres de l'Assemblée nationale. Commencez donc par vous assurer de leurs personnes, s'il en est encore temps (I) Saisissez ce moment pour détruire l'organi.Nation de votre gaide nationale qui a perdu la liberté : dans ces moments de crise et d'alarmes, vous voilà abandonnés par tous vos officiers; qu'avez-vous besoin de ces lâches qui se cachent dans les moments de danger, et qui ne se montrent dans les temps de calme que pour insulter et maltraiter les soldats patriotes, que pour trahir la patrie? Faites partir à l'mstant des courriers pour demander main-forte aux départements; appelez les Bretons à votre secours; emparez-vous de l'arsentd, désarmez les alguazils à cheval, les gardes des ports, les chasseurs des barrières; préparez-vous à venger vos droits, à défendre

(1) Il y a mille à parier que Molier, tous les mouchards de l'état-major cl tous les commandants de balaillon anli-palrioles, onl pris lafuile avec le roi. [Note de Àlarat.)

votre liberté, et à extormuier vos implacables ennemis. Un tribun, un tribun militaire, ou vous êtes perdus sans ressource. Jusqu'à présent j'ai fait pour vous sauver tout ce qui était au pouvoir humain ; si vous négligez ce conseil salutaire, le seul qui me reste à vous donner, je n'ai plus rien à vous dire, et je prends congé de vous pour toujours. Dans quelques jours Louis XVI reprenant le ton d'un despote, dans un manifeste insolent, vous traitera de rebelles si vous n'allez vous-mêmes au-devant du joug. Il s'avancera vers vos murs à la tête de tous les fugitifs, de tous les mécontents et des légions autrichiennes ! Cent bouches à feu menaceront d'abattre votre ville à boulets rouges, si vous faites la moindre résistance; tandis que Mottié, à la tête des hussards allemands, et peut-être des algunzils de l'armée parisienne, viendra vous désarmer; tout ce qu'il y a parmi vous de chauds patriotes seront arrêtés, les écrivains populaires seront traînés dans les cachots, et l'ami du peuple dont le dernier soupir sera pour la patrie et dont la voix fidèle vous rappelle encore à la liberté, aura pour tombeau un four ardent. Encore quelques jours d'indéeision et il ne sera plus temps de sortir de votre léthargie, la mort vous surprendra dans les bras du sommeil.

(N° 503. — Du 27 juin 1791.) SUR LE RETOUR DU ROI.

Le voilà ramené dans nos murs, ce brigand couronné, parjure, traître et conspirateur. Fourbe, sans honneur et sans âme, au milieu du cortège qui l'amenait prisonnier, il paraissait insensible à l'infamie d'être traîné dans un char chargé de criminels complices de ses forfaits, à l'infamie d'être exposé aux yeux d'une multitude innombrable de ses concitoyens, naguère ses esclaves. Tout autre en eiit péri de douleur et de honte; mais il ne connaît que les souffrances animales : tout le temps qu'il était entre les mains des soldats de la patrie, il ne cessait de leur de-

mander de ne point lui faire de mal, et il ne songeait qu'à leur demander à manger, surtout à boire.

A voir cet être dégradé, non moins lâche que stupide, qui croirait qu'il a pu causer de si vives alarmes à une nation nombreuse, puissante et guerrière? Hélas! ce n'est pas lui qui causait nos transes, mais les légions innombrables de valets, de suppôts, de satellites, d'espions, d'assassins, de brigands, attachés à ses destinées, auxquels il a promis, s'il est vainqueur, toutes les dignités, toutes les richesses de l'État, le partage de nos fortunes et l'empire sur nos personnes. Ennemis d'autant plus redoutables qu'ils osent moins se montrer et qu'ils se couvrent du masque de l'amitié. Dans cette classe, doivent être rangés presque tous nos mandataires, tous les représentants du peuple, tous ces fonctionnaires publics, ces fonctionnaires infâmes auxquels nous avons confié la défense de nos droits, de nos biens, de notre liberté et de nos personnes, qui tournent contre nous nos propres armes, et qui ne travaillent qu'à nous remettre aux fers tout en assurant qu'ils ne s'occupent qu'à nous rendre libres et heureux.

(N^SIS. —Du 7 juillet 1791.)

SUR LA CONDUITE DE L'ASSEMBLÉE APRÈS LE RETOUR DU ROI. — LE MASSACRE DU CHAMP DE MARS.

J'ai comparé l'auguste Assemblée aune garce prostituée à Louis XVI... D'ignares écrivains ont eu la folie de l'eucenser, de prôner la pureté du civisme qu'elle a fait briller dans nos dernières crises. Les insensés ! C'est ce temps précisément qu'elle a choisi pour consommer ses plus affreux forfaits, pour miner la base de l'autel de la patrie.

Qui ne sent qu'au premier bruit de la fuite du monarque, il fallait nommer un tribun pour déployer les justes vengeances du peuple trop justement indigné. Elle a frémi d'eflroi quelques instants : revenue sur ces travers, le premier usage qu'elle a fait de son astuce a été d'endormir le

peuple, d'enchaîner ses fureurs et elle y est parvenue sans efforts j une fois assurée de sa docilité, elle a tout osé et n'a plus mis de bornes à ses attentats. Bientôt ont passé ces funestes décrets qui livrent sans défense la nation entière à la merci des agents et des suppôts du prince.

Sous prétexte de pourvoir à la sûreté de l'État et des frontières, elle a remis toutes les forces nationales dans les mains de quelques officiers généraux, créatures du despote et valets nés de la cour. Elle a fait taire dans les places fortes toutes les voix protectrices de la liberté individuelle et publique, pour y établir le gouvernement militaire, et laisse régner la loi martiale, c'est-à-dire le despotisme des satellites royaux

Après avoir enchaîné dans les places fortes et dans les camps tous les citoyens armés aux ordres des officiers du despote, elle enchaîne dans le reste de l'empire, tous les autres citoyens amis de la liberté, sous la main de la police, constituée arbitre suprême de leurs assemblées, avec plein pouvoir de les dissiper et de les empêcher de se réunir pour délibérer sur les dangers communs. On ose vanter ses soins paternels dans ces moments de détresse et d'alarmes; mais dans quel autre temps, juste ciel, eût-elle eu l'audace d'attenter de la sorte à la liberté? Enfin pour mettre le comble à ses noirs attentats, elle-même foule aux pieds ses propres serments de ne jamais porter atteinte à la liberté des autres peuples ; elle-même au mépris de ses décrets, fait marcher des troupes pour désarmer les Avignonais, réduits par ses honteuses manœuvres à se faire justice des traîtres de Carpentras, leurs barbares ennemis...

0 ma patrie! quel sort t'attend! quelle main secourable te retirera de l'abîme où t'a plongée l'aveuglement de tes enfants!

;;>;"5-20. — Du 16 juillet.) -,

Si les amis do la pairie avaient su aussi bien profiter de

leurs avantages que ses ennemis ont su tirer parti de leurs défaites, il y a longtemps que la liberté et le bonheur régneraient dans nos murs. Mais quelles chances peuvent avoir de pauvres citoyens sans chefs, sans guides, sans lumières, sans énergie, sans caractère, contre les serpents de la cour, les vipères du clergé, les renards du barreau, les caméléons des comités? Mes pauvres concitoyens, croyez en une fois dans la vie votre fidèle ami, vous serez éternellement dupes de ces scélérats, éternellement travaillés par l'anarchie et la misère, jusqu'à ce que vous ayez nommé un tribun militaire pour abattre les têtes criminelles.

(N" 521. — Du 17 juillet.)

0 peuple insensé! tu te dis souverain, et tes infidèles mandataires te traitent en esclave: tu as beau ne plus vouloir à ta tête un prince flétri par ses crimes et couvert d'opprobre; malgré toi tu le reconnaîtras pour ton maître auguste; tu as beau crier que l'exécution des lois ne doit pas être confiée au plus audacieux violateur des lois, ce vil réfractaire sera seul à la tête de tes tribunaux et de tes administrations; c'est sur la foi de ce scélérat sans honneur et sans pudeur que reposeront dorénavant les soins du gouvernement, le sort de l'État et le salut public; il aura beau corrompre tes représentants, dissiper tes trésors, machiner ta ruine, tu verras en silence ses forfaits, tu respecteras sa personne : elle est sacrée ; ainsi l'ont ordonné tes infidèles délégués, qui lui ont vendu tes droits pour de l'or. Désormais il sera tout, et déjà tu n'es rien.

Si par hasard le ciel venait un jour à te donner des représentants fidèles, leur vertu sera toujours impuissante à faire ton bonheur; liés par le décret de leurs infâmes prédécesseurs qui métamorphose la Constitution en contrat entre eux et leur maître. Tu n'auras plus le droit de perfectionner tes lois, tu Hcî pourras même plus y toucher, sans voir à l'instant ton vil agent pensionné t'opposer ses ser-

ments, te dictei' ses volontés, ot te signifier qu'ayant juré de maintenir la constitution telle qu'elle est, il ne souffrira point qu'on y touche. Aujourd'hui que tu as souffert lâchement, malgré mes cris, que ses suppôts lui remissent tous les ressorts de l'autorité, toutes les forces de la nation, te voilà enchaîné par tes propres mains! Déplore désormais ton aveuglement et gémis sur le sort qui t'attend. Mais non; reprends gaiement tes chaînes, efface par tes bassesses, tes velléités d'être libre; prosterne-toi aux pieds du despote; renverse l'autel de la patrie, et danse autour de ses débris, comme tu dansais naguère sur les ruines de la [îastille; c'est le seul rôle qui convient à ton avilissement, à ta lâcheté.

Tirons celte conséquence, que tirera avec nous tout bon conservateur : c'est que la hberté naissante qu'avait conquise un essaim d'indigents sans armes, a été étouffée dans son berceau, sous les auspices de la garde parisienne, par les prétendus pères de la patrie, chargés de la cimenter. Or il est démontré par l'ensemble de leurs odieux décrets, qu'ils ont non-seulement donné au monarque tous les moyens d'opérer la contre-révolution, mais qu'ils lui ont ménagé toutes les occasions possibles de l'opérer impunément.

(N" 522. — Du 18 juillet 1791.)

Ineptes et lâches citoyens, quelle digue avez vous opposée au torrent débordé du despotisme législatif et municipal? Quelle mesure avez -vous prise pour le faire rentrer dans son lit? Quel parti allez-vous prendre pour punir enfin ces lâches prévaricateurs, ces traîtres, ces éternels conspirateurs? Des pétitions? Eh! que sont vos plaintes, vos griefs, vos représentations, qu'ils sont en possession de dédaigner, qu'ils lisent quelquefois pour la forme, et qu'ils mettent aussitôt au rebut? Ce sont des coups et non des paroles qu'il leur faut pour les rappeler au devoir. Vous vous vantez d'avoir dans votre sein quarante tyrannicides qui ont fait vœu de périr pour le salut de la patrie.

Qu'altendenl-ils pour se montrer? Que la patrie ne soit plus et que vos oppresseurs aient noyé ses enfants dans leur rang? Ah ! s'il y avait dans nos murs deux seuls Scévola, il y a longtemps que la liberté y serait cimentée à jamais : un seul coup de poignard dans le cœur de Motier eût foudroyé à l'instant ses légions de satellites, glacé d'effroi ses complices, atterré le Sénat, le conseil, la cour, et permis au peuple de reprendre l'empire et d'abattre sous la hache vengeresse les têtes criminelles des chefs de ses plus mortels ennemis. Fais des motions, rédige des pétitions, épuisetoi en vains discours, peuple babillard et stupide, fais retentir les airs de tes plaintes, de tes gémissements, de tes sots projets; tandis que tu t'agites en enfant, vois le perfide qui commande tes légions asservies flatter la vanité de tes plus vigoureux sujets, te les enlever et les associer à la garde de tes oppresseurs (1).

Mes pauvres citoyens, ce n'est pas avec des mots que vous réduirez des hordes de scélérats conjurés contre votre bonheur, de scélérats acharnés à votre perte. S'ils étaient les plus forts, ils vous égorgeraient sans pitié! C'est donc de les poignarder sans miséricorde. Que Chapelier, Rabaut, Éuiery, Duport, Bureaux de Pusy, Barnave, Desmeuniers, Malouet, Goupil, Thouret, Target, Fréteau, Prugnault, Regnault, Sieyès, Dupont, d'André, Montlausier, Bailly, Molier, ne sont-ils pas les premières victimes! Peut-être suffirait-il à votre salut de ces sanglants sacrifices.

(N" 52'f. — Du 20 juillet.)

Le sang des vieillards, des femmes et des enfants massacrés autour de l'autel de la patrie, fume encore, il crie ven-

(1) Motier n'a-t-iipas eu l'adresse d'eugueuser les forts de la halleeties porte-piques du faubourg Saint-Antoine, en leur faisant monter la garde à l'Assemblée nationale? Et ces bonnes gens n'ont-ils pas eu la bêtise de se laisser séduire par leur solte vanité? {Note de Marat.)

geance, et le législateur infâme vient de donner des éloges et des actes de remercîments publics à leurs cruels bourreaux, à leurs lâches assassins (1)... Après avoir consommé cet horrible massacre, Bailly, ce fourbe insigne, à la tête de ses municipaux, accourt au Sénat déplorer les événements malheureux qu'il a prémédités

Non contents d'anéantir les sociétés patriotiques, ces scélérats attentent encore à la liberté de la presse; ils anéantissent la déclaration des droits, les droits de la nature. Lâches citoyens, l'apprendrez-vous sans frémir ? ils déclarent perturbateurs du repos public tout opprimé qui, pour se soustraire à la tyrannie, se fera une arme de son désespoir et conseillera le massacre de ses oppresseurs; ils déclarent perturbateurs du repos public tout citoyen qui, dans les émeutes, criera aux satellites féroces de baisser ou de poser les armes; métamorphosant de la sorte en crimes l'humanité même des citoyens paisibles et les cris de la frayeur, les cris de la défense naturelle.

Infâmes législateurs, vils scélérats, monstres altérés d'or et de sang, brigands sacrilèges, qui trafiquez avec le monarque de nos fortunes, de nos droits, de notre liberté, de nos vies, vous avez cru frapper de terreur les écrivains patriotes et les glacer d'effroi à la vue des supplices. Je me flatte qu'ils ne molliront pas. Quant à l'ami du peuple, vous savez depuis longtemps que tous vos décrets attentatoires à la déclaration des droits ne sont pour lui que des torche-cul. Que ne peut-il rallier à sa voix deux mille hommes déterminés! Pour sauver la patrie, il irait à leur tête arracher le cœur de l'infernal JMotier au milieu de nos nombreux bataillons d'esclaves, il irait brijler dans son palais le monarque et ses suppôts, il irait vous empaler sur vos sièges et vous ensevelir sous les débris embrasés de votre antre. Juste ciel! que ne peut-il fiiire passer dans l'âme de ses concitoyens les feux qui dévorent la sienne ! que ne peut-il laisser aux tyrans du monde entier un

(1) Allu$ioa au massacre du Champ de Mars.

exemple effrayant de vengeances populaires ! 0 ma patrie ! reçois les accents de ma douleur et de mon désespoir (1) !

(N° 559. — Du 27 août 1791.)

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