PUBLIQUE
Sîécessité de sentir enfin le prix d'un moment.
Mettre à prix par un décret les têtes des Capets fugitifs, traîires et rebelles, six millions sur chaclne, serait le vrai moyen de s'assurer de ces conspirateurs, de faire déserter les régiments ennemis avec armes et bagages, de mettre fin à toute guerre étrangère, d'épargner la dilapidation des biens nationaux, et d'éviter l'eti'usion du sang des patriotes (I). Rien de plus efficace que cette mesure pour rendre
(l) Trente millions une fois payés en épargneraient à la nation sept à
à l'État la liberté, la paix et le bonheur : il y a deux ans que je la propose, tout homme sensé doit en sentir la justesse; c'est pour cela même que l'Assemblée l'a constamment repoussée. Le moment est venu de la faire enfin décréter. Sollicitez-la à grands cris, amis de la patrie, et soyez sûrs que ce ne sera pas sans succès; car aujour l'hui vos représentants vont quand on les pousse.
Une autre mesure non moins urgente est de décréter l'ouverture des arsenaux pour armer sans délai les citoyens amis de la révolution. C'est au ministre de la guerre à solliciter un décret à ce sujet; nous verrons bientôt s'il est vraiment patriote; car dans un moisi! ne doit pas y avoir dans le royaume un seul gaide national qui ne soit armé.
C'est à la commune à faire armer immédiatement tous les bons citoyens de la capitale, et à les faire exercer au maniement des armes pour mettre Paris en état de défense contre les coups de désespoir des ennemis, s'ils étaient assez osés pour jouer leur reste.
C'est à elle aussi à pousser le jugement des traîtres détetenus à l'Abbaye, et à prévenir qu'on n'arrache au glaive de la justice l'état-major des Suisses, sous prétexte du danger de se brouiller avec les douze cantons, si l'on refusait de leur remettre ces prisonniers
La patrie vient d'être retirée de l'abîme par l'effusion du sang des ennemis de la révolution, moyen que je n'ai cessé (l'indiquer comme le seul efficace. Si le glaive de la justice frappe enfin les machinateurs et les prévaricateurs, on ne m'entendra plus parler d'exécutions populaires, cruelle ressource que la loi de la nécessité peut seule commander à un peuple réduit au désespoir, et que le sommeil des lois justifie toujours (I).
Les commissaires de la commune ont déjà mis en pra-
huit cents qui seront dilapidés en frais de guerre; ils épargneraient la mort à cinq cent mille braves citoyens, des années de souffrance et de désastre au peuple, et ils avanceraient d'autant le ri-jine de la justice et do la liberté. (Note de Murât.)
(I) Si par ces paroles Marat tait pressentir les massacres de septembre,
tique plusieurs mesures que j'ai recommandées comme indispensables au triomphe de la liberté : telles la tenue en otage de la famille Gapet, la suppression des papiers contrerévolutionnaires, la poursuite rigoureuse des ennemis publics, la proscription des accapareurs, des marchands d'argent, et ils se sont signalés par plusieurs autres beaux traits de civisme. Ils marchent à merveille. S'ils continuent avec la même énergie jusqu'à ce que la Constitution soit réformée par la Convention nationale, si les ministres se montrent tous patriotes, et si le peuple les surveille avec sollicitude, je regarderai le salut public comme assuré, je dormirai sur les deux oreilles, et je ne reprendrai la plume que pour travailler à la refonte de la Constitution. Et de fait quel autre tâche me resterait-il à remplir ? Je faisais la guerre aux mandataires infidèles du peuple, aux traîtres à la patrie, aux fonctionnaires prévaricateurs, aux machinateurs, aux fripons de tous les genres ; mais les scélérats se cachent pour ne plus se montrer ou pour se montrer citoyens paisibles et soumis aux lois. C'est tout ce que je pouvais désirer.
(N« 080. — Du 19 août 1792.)